Macron : «On ne peut pas dire que cette loi...

liberation.fr liberation.fr - il y a 32 mois

Macron : «On ne peut pas dire que cette loi n’existe pas et qu'elle est fourre-tout». Le ministre de l'Economie était auditionné par les députés de la commission chargée de décortiquer son texte, qui va de l'extension du travail dominical à la réforme des professions réglementées.

Panique dans les rangs de la commission spéciale chargée de décortiquer la «loi Macron». Ses 70 membres n’auront, mi-janvier, qu’une semaine (dimanche inclus !), pour reprendre le texte avant le débat dans l’hémicycle à partir du 26 janvier. Le projet de loi sur la croissance et l’activité[1] est pourtant un morceau consistant de 106 articles, qui touche à des domaines extrêmement variés de l’économie française.

Emmanuel Macron, auditionné ce mardi soir par la commission spéciale, se défend, lui, de sauter du coq à l’âne. «Ce texte a sa cohérence», vante le ministre de l’Economie qui ambitionne de «redonner des chances dans différents secteurs d’activité économique, déverrouiller autant que possible, recréer des droits». S’il conteste avoir compilé des mesures, Macron évite aussi de vendre «la grande réforme qui débloquerait l’économie française. Je n’y crois pas.» Pas de prétention excessive ni d’abus de modestie. Il vante sa «philosophie pragmatique», presque un tic de langage dans la bouche du ministre.

Pourtant de la libéralisation du transport en autocar[2] à la réforme de la justice prud'homale,[3] en passant par celle des professions du droit[4] et le statut d’avocat en entreprise, l’extension du travail dominical[5], la régulation des concessions autoroutières, le renforcement de l’épargne salariale, le développement du logement intermédiaire, le raccourcissement des délais pour le passage du permis de conduire ou encore le renforcement du contrôle sur les travailleurs détachés, on frise la liste à la Prévert des «blocages» auquel entend s’attaque le projet de loi. «Je ne détaillerai pas tout ce soir», «je ne veux pas être exhaustif», s’excuse d’ailleurs Macron, escorté par son directeur de cabinet, son dircab adjoint et un conseiller juridique qui lui glissent des fiches à la chaîne pour répondre aux députés sur une série de points techniques.

Sur le statut d’avocat en entreprise, Macron «ouvert à la discussion»

Les crispations tournent toutefois autour de deux points du texte : le travail du dimanche et les professions réglementées. La possibilité pour les maires d’autoriser le travail dominical non plus cinq mais douze dimanches par an dans les commerces et la création de zones touristiques internationales (ZTI), «d’intérêt national sur le plan touristique et économique», font notamment «l’objet de beaucoup de préoccupations», concède Macron. Qui promet de «trouver un équilibre, avec plus d’emploi et plus de justice». Pour rassurer sa gauche qui s’étouffe après avoir combattu la loi Mallié de 2009, il insiste sur la compensation prévue pour les salariés qui devra être fixée par accord de branche. «Un élément de justice et de progrès», vante-t-il.

Quant aux professions réglementées, il promet de ne «pas casser ce qui fonctionne : on préserve les fondamentaux de ces professions, on en supprime aucune, on ne baisse pas le niveau de qualification.» «Nous avons mené ce travail avec Christiane Taubira», ajoute Macron, bien que la Garde des Sceaux ait, la semaine dernière, fait part de ses interrogations, voire de ses réserves, notamment sur le statut d’avocat en entreprise. Sur ce point, le ministre de l’Economie s’est montré devant les députés particulièrement «ouvert à la discussion» et prêt à «poser des limites à ce statut».

Le ministre devra sans doute faire davantage pour lever les inquiétudes, à droite comme à gauche. Si le socialiste Jean-Yves Caullet applaudit un texte qui dessine une voie médiane pour «progresser en France autrement que par la rupture ou le Grand soir», l’EE-LV Michèle Bonneton s’inquiète de la «mise en concurrence entre route et rail» avec l’ouverture du secteur des autocars et dénonce «une remise en cause de pans entiers de la loi Alur» de l’ex-ministre du Logement Cécile Duflot. La droite critique, elle, l’absence de «réforme d’ampleur». «Pas de réforme fiscale, rien sur le coût du travail, les retraites, les réformes de structure de la puissance publique», déplore l’UMP Jean-Frédéric Poisson qui soupçonne Bercy de «se soumettre aux injonctions de Bruxelles» en ayant négocié «un peu plus de déficit contre un peu de dérégulation». Une fois n’est pas coutume, la communiste Jacqueline Fraysse le rejoint en accusant le gouvernement de «répondre aux injonctions libérales de Bruxelles». «Votre texte n’est pas un fourre-tout, il est cohérent : il invite nos concitoyens à accepter des reculs sociaux majeurs» et organise «la marchandisation de toute la société», poursuit la députée PCF.

«On ne peut pas dire que cette loi n’existe pas et en même temps que c’est un fourre-tout», rétorque Macron, qui balaie «l’idée d’un troc avec Bruxelles, façon Pétrole contre nourriture, cela n’a pas de sens.» Quant à voir la gauche de la gauche refuser de toucher aux professions réglementées, le ministre s’amuse de ce front renversé : «Je vous vois là défendre une nouvelle forme de prolétariat !»

Laure EQUY

Source : http://www.liberation.fr/politiques/2014/12/16/macron-on-ne-peut-pas-dire-que-cette-loi-n-existe-pas-et-qu-elle-est-fourre-tout_1165214

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