La loi Macron est-elle anti-écologique ?

La-Croix.com La-Croix.com - il y a 27 mois

Dans un entretien au Journal du dimanche l’ancienne ministre EELV Cécile Duflot reproche entre autres à la loi « pour la croissance et l’activité », dite loi Macron, de représenter « un net recul écologique ».

La loi Macron a beaucoup fait parler d’elle dans le domaine social. Mais la loi « pour la croissance et l’activité » qui sera discutée au parlement à partir du 26 janvier « est aussi un net recul écologique », assure l’ancienne ministre EELV Cécile Duflot dans une Tribune publiée par le Journal du dimanche en date du 4 janvier. Décryptage.

 « La loi va renforcer le transport routier, premier facteur d’émissions de gaz à effet de serre », assure Cécile Duflot.

* Que dit la loi ? L’une des mesures principales du texte prévoit de libéraliser le transport interrégional par autocar, jusque-là corseté par une réglementation très contraignante. Les motivations du ministre de l’économie ne sont pas environnementales. L’objectif de cette mesure est d’abord économique - le gouvernement en attend plus de 10 000 créations d’emplois - et social. Pour Emmanuel Macron, l’ouverture de nouvelles dessertes par autocar va bénéficier aux personnes les plus précaires - étudiants, seniors, familles modestes - qui n’ont pas les moyens de prendre le train et pour lesquelles le prix importe davantage que le temps de trajet.

* Quelles conséquences pour l’environnement ? Le bilan environnemental de cette disposition est discutable. Si ces liaisons par car viennent directement concurrencer des liaisons ferroviaires existantes, l’environnement n’y sera pas gagnant. De fait, en consommant du carburant, le transport routier émet beaucoup plus de gaz à effet de serre que le train.Cela dit l’autorité de la concurrence, dans un avis rendu en février dernier, considère que ces deux modes de transports - le car et le train - sont « plus complémentaires que concurrents ». L’autocar est plus souple d’utilisation et peut être rentable sur des trajets où le train est peu concurrentiel.

Reste à savoir si ces nouvelles opportunités de voyage vont susciter des déplacements qui, sans cela, n’auraient pas eu lieu. Ou si elles vont venir en substitution de déplacements en voitures individuelle. Dans ce dernier cas, l’environnement en sortirait gagnant. Surtout si les autocars mis en circulation répondent aux normes européennes les plus récentes en matière d’émissions polluantes. 

« Le texte contient des dispositions pour encourager l’exportation de centrales nucléaires », assure Cécile Duflot.

* Que dit la loi ? L’article 54 du projet de loi vise à renforcer l’avantage compétitif de la France sur le marché international du nucléaire, à l’heure où la concurrence s’y fait de plus en plus intense. « La promotion à l’export des technologies les plus sûres constitue un facteur différenciant sur lequel l’offre française peut se mettre en valeur », précise l’étude d’impact du projet de loi. Pour cela, le texte élargit les prérogatives de l’autorité de sûreté nucléaire, qui ne pouvait jusqu’à présent se prononcer que sur le niveau de sûreté d’un projet de centrale construite sur le territoire national. L’idée serait de lui permettre d’apposer son « label » sur les projets d’installations nucléaires vendues à l’étranger.

* Quelles conséquences pour l’environnement ? L’objectif de la loi est de soutenir à l’exportation la filière atomique française. Mais cet article porte-t-il pour autant atteinte, comme l’affirme Cécile Duflot, « à la transition énergétique française » ? Pas vraiment. Cette disposition ne change rien aux objectifs de la loi sur la transition énergétique en cours de discussion au parlement, qui prévoit une réduction de la part de l’atome de 75 à 50 % dans la production d’électricité en France mais ne dit rien des marchés à l’exportation.

Reste la question épineuse des rapports entre énergie nucléaire et climat, qui divise les environnementalistes eux-mêmes. D’un strict point de vue énergétique, le nucléaire a l’avantage de produire de l’énergie sans émettre de gaz à effet de serre, contrairement au charbon, au gaz et au pétrole. Pour tenter de limiter le réchauffement climatique à 2 degrés d’ici à la fin du siècle, les experts du Giec prônent dans leur dernier rapport le développement des sources de production d'électricité décarbonées, comme le solaire, l'éolien... et le nucléaire.Toutefois, les écologistes restent fermement opposés au nucléaire pour des raisons qui ne tiennent pas aux impératifs climatiques mais aux risques de prolifération, d’accidents, au manque de transparence et à la question lancinante des déchets radioactifs potentiellement dangereux pendant des millénaires.

EMMANUELLE RÉJU

Source : http://www.la-croix.com/Actualite/France/La-loi-Macron-est-elle-anti-ecologique-2015-01-04-1287889

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