Libéraliser les lignes autocars, pour quoi faire?

(Sipa)

leJDD.fr leJDD.fr - il y a 33 mois

François Hollande s'est fait lundi sur France Inter l'avocat du projet de loi Macron pour la croissance, bientôt examiné au Parlement. Il a pris en exemple la libéralisation du transport par autocar pour satisfaire "tous les besoins". Explications.

Des autocars pour désenclaver le territoire. Le projet de loi Macron, qui arrive à l'Assemblée nationale le 26 janvier, s'emploie à développer le transport par autocar en revoyant la réglementation actuelle. En améliorant la mobilité des personnes, le gouvernement espère créer des "dizaines de milliers" d'emplois et permettre aux Français de récupérer 700 millions d'euros de pouvoir d'achat. Jusqu'à présent, l'offre était très encadrée pour ne pas faire de l'ombre au secteur ferroviaire : les lignes "longue distance", c’est-à-dire traversant plusieurs régions françaises, ne peuvent être qu'internationales. Se rendre à Strasbourg depuis Paris, par exemple, ne peut se faire que si l'autocar a pour destination l'Allemagne. De même pour un Paris-Turin, qui peut faire étape à Lyon. C'est ce qu'on appelle le régime de "cabotage".

L'exécutif veut en finir avec ce système et "libéraliser" le secteur. Bercy compte ainsi faire voyager d'ici un an cinq millions de personnes, contre "environ 110.000 voyageurs en 2013, soit 0,0005% du nombre total de voyages longue distance", selon les chiffres de l'Autorité de la concurrence publiés en février dernier. A titre de comparaison, l'Allemagne, qui a ouvert son marché l'an dernier, compte 8,2 millions de voyageurs et le Royaume-Uni, dont le marché est déréglementé depuis les années 1980, 30 millions.

Les nouvelles régions vont-elles "restreindre l'offre"?

Le projet de loi veut donc exploiter les lignes nationales en complément du réseau ferré. En effet, celui-ci "ne satisfait pas tous les besoins", a jugé jeudi sur France Inter François Hollande. Aujourd'hui, le réseau de transport interrégional par autocar en France dessert 61 villes. Cela ne représente que 175 liaisons. Parmi les plus fréquentées recensées dans le rapport de l'Autorité de la concurrence : Paris-Lille, Orléans-Bordeaux, Bordeaux-Tours... Des trajets déjà réalisables en train, plus ou moins facilement. Mais la réforme permettra surtout de "créer des liaisons qui n'existent pas aujourd'hui et qui sont nécessaires", explique au JDD.fr Michel Seyt, président de la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV). Cette organisation professionnelle soutient cette loi "ambitieuse et courageuse". "L'exemple flagrant est Bordeaux-Lyon", cite le responsable. "Pour faire ce trajet aujourd'hui en train, il faut passer par Paris. Cela prend du temps et coûte de l'argent. En bus, la liaison sera de cinq heures et le prix, bien inférieur." D'autres liaisons entre métropoles régionales pourraient ainsi être rapidement concernées, comme Lyon-Nantes ou Rennes-Bordeaux.

François Hollande, lui, a pris jeudi matin sur France Inter un autre exemple. "Quand vous voulez aller de Clermont-Ferrand à Périgueux, même avec un bon réseau ferré, c'est pas facile. Quelques fois même on vous demande de remonter vers Paris", a expliqué le chef de l'Etat. Par l'autoroute, les villes ne sont en effet situées qu'à 250 km l'une de l'autre. Mais appartenant à deux régions différentes, l'Auvergne pour Clermont-Ferrand, l'Aquitaine pour Périgueux, aucun trajet en autocar n'est actuellement prévu. La loi Macron pourrait y remédier.

En revanche, d'autres questions se posent encore, notamment en raison de la nouvelle carte des régions. Ainsi, un trajet entre Clermont-Ferrand et Lyon, qui feront partie en 2016 de la nouvelle région fusionnant l'Auvergne et le Rhône-Alpes, sera-t-il concerné par l'ouverture de ce marché "interrégional"? C'est l'une des questions que se pose encore Michel Seyt. "Nous ne souhaitons pas que les transports soient limités à des liaisons interrégionales, sinon cela va considérablement restreindre l'offre", prévient le président du FNTV. Pour y remédier, l'Autorité de la concurrence recommandait de retenir un autre critère, en permettant à ce nouveau régime d'être ouvert aux liaisons de plus de 200km, tandis que les autres continueraient de relever de la compétence des régions. Le gouvernement n'a pas tranché. Le dialogue se poursuivra au Parlement.

Arnaud Focraud

Source : http://www.lejdd.fr/Economie/Liberaliser-les-lignes-autocars-pour-quoi-faire-710652

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