Le big bang des transports bouscule les régions, PME & Régions

richard damoret/rea

Les Echos Les Echos - il y a 23 mois

Rapport Duron sur les Intercités, loi Macron sur les autocars, LGV... les régions sont à l'aube de bouleversements qui inquiètent certains élus.


Echarpes tricolores, banderoles et, en guise de pancarte, un ticket de train géant estampillé « Train de la colère ». Ce vendredi 19 juin une cinquantaine d'élus de l'Allier et du Cher ont pris le train Montluçon-Paris de 6 h 52. Objectif : clamer haut et fort leur inquiétude face à la future donne ferroviaire. Mercredi, c'est le sénateur-maire (Les Républicains) de Sète, François Commeinhes, qui avait franchi la porte du ministère des Transports. Les élus sont sur les dents. Le 3 juillet le gouvernement tranchera le sort des trains d'équilibre du territoire (TET), ces Intercités vieillissants et, le plus souvent, insuffisamment fréquentés et rentables. Suivra-t-il les recommandations du rapport Duron qui prône un allègement des dessertes, notamment des trains de nuit et des « transversales » du centre et du sud-ouest de la france ? Vers Lyon, d'autres se frottent les mains a contrario : la loi Macron va autoriser les autocaristes à se déployer librement. Les lignes reliant les métropoles régionales seront les plus convoitées.

Des réformes territoriales en passant par la loi Macron ou le sort des TET, le big bang des transports va forcément faire des territoires gagnants et des perdants. «  On va construire une France à deux vitesses avec des métropoles et des grandes villes mieux desservies et des zones rurales, des villes moyennes isolées  », s'alarme Caroline Cayeux, maire de Beauvais, présidente de l'association Villes de France (villes moyennes). Les élus pointent les conséquences économiques de certaines décisions. Sète (Hérault) ne sera plus desservis par 3 des 5 trains quotidiens Bordeaux-Nice. «  Dans notre région touristique, l'impact économique sera évident. Et ça tombe mal au moment ou nous bâtissons un pôle multimodal », se désole François Commeinhes. D'autant que parfois, le sentiment d'isolement est déjà là. «  Notre ligne transporte chaque jour de 2.000 à 3.000 habitants travaillant à Paris. Déjà de plus en plus de trains ne s'arrêtent plus », assure Jean-Pierre Door, maire (Les Républicains) de Montargis.

Nuancé, le rapport Duron s'efforce de limiter les zones blanches, visant plutôt les régions où les Intercités font doublon avec les TER. Il préconise aussi quelques remplacements par autocar. Mais pour les élus la desserte ne sera jamais aussi fine. Sans compter le paradoxe écologique apparent à l'heure de la COP 21.

« Le contribuable paie deux fois ! »

Le télescopage avec la carte de France à treize région n'arrange rien. Certaines villes, déjà déchues de leur statut de capitales régionales, redoutent de perdre des trains. «  En Midi-Pyrénées, en Picardie, des villes ne seront plus reliées aux capitales », soupire Caroline Cayeux. D'autant que la réforme territoriale redistribue les compétences en matière de transport. Les régions, déjà gestionnaires des TER, auront en charge l'intermodalité et peut-être la gestion des autocars - jusqu'ici départementaux - et des Intercités. Il s'agit sur le papier de supprimer des doublons, comme la ligne Aix-Marseille, ou des incohérences tarifaires. «  Au final, l e contribuable paie deux fois ! C'est une bonne chose qu'une seule autorité organise la complémentarité et gère la concurrence », assure Bruno Gazeau, le président de la FNAUT (Fédération nationale des usagers des transports collectifs).

Mais les élus, eux, suspectent l'Etat de faire des économies au passage. «  En remplacement, il faudra augmenter la cadences des TER. Or ils sont bien plus subventionnés que ne le sont les TET », rappelle François Commheines. Qui, comme d'autres, plaide pour des délégations de service public, en anticipant l'ouverture à la concurrence prévue pour 2019.

Laurence Albert

Source : http://www.lesechos.fr/journal20150622/lec2_pme_et_regions/021129072582-le-big-bang-des-transports-bouscule-les-regions-1130302.php

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