Uber, machine à brûler du cash

liberation.fr liberation.fr - il y a 29 mois

Il ne se passe plus une journée sans qu’il ne soit question d’Uber et de ses services qui «disruptent» violemment le secteur du transport de particulier urbain. Cette fois, c’est un éclairage financier sur les comptes de la société auquel s’est livrée l’agence Bloomberg[1].

Start-up non cotée la plus valorisée au monde, à hauteur de 50 milliards de dollars (44 milliards d’euros – devant Airbnb autour de 25 milliards de dollars et l’entreprise de sécurité informatique Palandir autour de 20 milliards), Uber générerait un chiffre d’affaires annuel de l’ordre de 415 millions de dollars (372 millions d’euros) mais pour des pertes encore supérieures, à hauteur de 470 millions de dollars.

On ne connaît pas la période à laquelle se réfère le document que s’est procuré Bloomberg. Un document qui sert à Uber de prospectus pour vendre à des investisseurs potentiels des obligations convertibles pour une valeur de 1 à 1,2 milliard de dollars. Autre chiffre mentionné dans ce document, l’application de transports urbains californienne et ses différents services (UberX, UberPool, UberPop, etc.) connaîtrait aujourd’hui une croissance de 300% par an. Un rythme de développement susceptible d’expliquer la valorisation faramineuse de l’entreprise née en 2009.

Les chiffres cités dans ce document montrent que les pertes d’Uber ne cessent de se creuser au fur et à mesure de son expansion tous azimuts. Un schéma courant avec les start-up, que l’on a récemment pu observer avec Spotify, la première plateforme de musique par abonnement d’origine suédoise. En 2014, le numéro un mondial du streaming qui doit compter à partir d’aujourd’hui avec la concurrence nouvelle et féroce d’Apple Music – le service équivalent créé par la firme à la pomme – aura triplé ses pertes à 162,3 millions d’euros.

Expansion en Chine

Profitant de l’effet de réseau pour grossir à toute vitesse – plus une plateforme compte d’utilisateurs, meilleurs sont ses services –, Uber est lancé dans une course de vitesse afin d’accroître l’écart avec les autres services concurrents. C’est la fameuse loi du «winner takes all» qui s’est déjà vérifiée dans de nombreux secteurs (Google dans les moteurs de recherche, Amazon dans le commerce électronique, etc.). Déjà présent dans plus de 300 villes dans le monde, Uber mène actuellement l’offensive en Chine où la start-up expérimente son service de transport partagé uberPool. «Il y a de vieux chiffres qui circulent qui ne reflètent pas notre activité actuelle», a expliqué dans un courrier électronique cité par Bloomberg Nairi Houarda, la porte-parole de la société basée à San Francisco, en Californie.

C’est le gestionnaire de fonds chinois Hillhouse Capital Management qui est en charge de l’opération de commercialisation de ces obligations convertibles. En cas d’introduction en Bourse de la société que certains observateurs estiment probable dans les prochains mois, ces obligations convertibles pourront être échangées contre des actions à prix préférentiel. L’énorme «cash burner» (littéralement «brûleur de cash») qu’est Uber négocie également d’après Bloomberg un prêt de deux milliards de dollars auprès de différentes banques de Wall Street après avoir déjà plus tôt dans l’année récupéré 1,6 milliard de dollars via une opération similaire d’émission d’obligations convertibles menée par une filiale de la banque d’affaires américaine Goldman Sachs.

Développement de la conduite automatisée

Il faut dire qu’au-delà du développement de ses services partout dans le monde – Uber réfléchirait même à s’implanter à Cuba –, la start-up est en pointe dans la recherche sur de nouveaux modes de transport… sans chauffeur ! C’est la raison pour laquelle Google, qui a investi plusieurs centaines de millions de dollars dans la société via son fond de capital-risque Google Venture, s’intéresse beaucoup à ses activités de R&D, très proches de ses recherches sur la Google Car.

Selon le fondateur de Microsoft, Bill Gates, aujourd’hui à la tête de la plus puissante fondation humanitaire au monde, Uber serait et de très loin l’entreprise mobilisant le plus d’argent sur les nouveaux programmes de conduite automatisée, soit un programme de deux milliards de dollars. Lors d’une récente conférence du Financial Times à laquelle il était invité, il a expliqué que «le véritable rubicon à franchir était celui des véhicules entièrement autonomes».

A l’entendre, Uber ne serait pas (encore) une si grande révolution que ça et se contenterait pour le moment d’une «réorganisation dynamique du travail. La vraie révolution, a-t-il expliqué lors de cette conférence à Londres, c’est lorsque l’activité sera opérée entièrement par la machine». L’avènement d’un robotariat[2] qu’a décrit le consultant Bruno Teboul de Keyrus dans le dossier que Libération a récemment consacré à l'«uberisation»[3] de la societé est la nouvelle frontière dans laquelle se projette déjà le fondateur de Microsoft. A l’entendre, la question n’est déjà plus tant de savoir comment réguler le métier de taxi dans le nouveau monde des applications géolocalisées que la question de sa disparition, inéluctable selon lui.

Christophe Alix

References

  1. ^ l’agence Bloomberg (www.bloomberg.com)
  2. ^ robotariat (www.liberation.fr)
  3. ^ «uberisation» (www.liberation.fr)

Source : http://www.liberation.fr/economie/2015/06/30/uber-machine-a-bruler-du-cash_1340349

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