Le dialogue social dans l’impasse chez Air France

kenzo tribouillard/ afp

Les Echos Les Echos - il y a 19 mois

La présentation du plan de restructuration en CCE lundi matin a été interrompue par l’irruption de manifestants et l’agression violente du directeur des ressources humaines.


La journée de lundi sera celle des occasions manquées pour Air France. Ce qui devait être une journée de mobilisation de l’ensemble des salariés contre le plan de restructuration aura finalement été gâchée par l’interruption brutale d’une poignée de manifestants lors du comité central d’entreprise et l’agression, devant les caméras du directeur des ressources humaines Xavier Broseta et d’autres membres de la direction.

Résultat, la manifestation pacifique et digne de centaines de salariés d’Air France, qui avait réussi à rassembler des pilotes, des personnels de cabines et des salariés du sol devant le siège de la compagnie, est passée au second plan. Et avec elle, le message d’unité que voulaient envoyer les syndicats. Mais encore, la présentation du plan de restructuration n’a pas pu se tenir dans son intégralité, privant ainsi les personnels et leur représentants d’informations très attendues sur les réductions d’effectifs et les fermetures de lignes.


Les 2.900 suppressions de postes confirmées

La direction d’Air France a juste eu le temps de confirmer le chiffre de 2.900 suppressions de postes[1] – 300 chez les pilotes, 900 chez les hôtesses et stewards (PNC) et 1.700 chez les personnels – prévus d’ici à fin 2017, dans le cadre d’une réduction de 10 % de l’offre long-courrier d’Air France, qui se traduira également par le retrait de 14 appareils long-courriers.

Cependant, aucune précision n’a été apportée concernant le déroulement de ces plans sociaux. Il faudra probablement attendre jusqu’en décembre avant d’avoir plus de détails, indique-t-on lundi de source proche du dossier, compte tenu des dispositions légales d’informations et de consultation des syndicats et de l’obligation d’organiser une étude de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC). La proportion des éventuels licenciements secs reste également à déterminer. Si la direction d’Air France a répété son intention de privilégier les départs volontaires sur les départs contraints, au moins pour les personnels au sol, tout dépendra de la capacité de leurs représentants à trouver un accord avec la direction sur les réductions de coûts attendues. C’est apparemment en bonne voie pour les personnels au sol. En revanche, les discussions semblent au point mort[2] avec les syndicats de personnels navigants commerciaux, comme avec les pilotes, après l’échec des négociations.

Annulation des premières livraisons de Boeing 787

La direction a également confirmé sa décision d’annuler les livraisons des cinq premiers Boeing 787 - un en plein propriété et quatre en location-vente - prévues pour 2017. Cet investissement n’a plus de justification économique en l’absence d’un accord avec les pilotes, explique-t-on de source proche du dossier. Compte tenu de l’arrivée de quelques Boeing 777, la flotte long-courriers d’Air France devrait ainsi passer de 107 appareils à 102 à l’été 2017.

Cependant, la direction a également confirmé que le plan de restructuration se déroulerait en deux phases,[3] les deux-tiers des mesures d’attrition étant prévues pour 2017. Ce qui laisse la possibilité de parvenir à des accords avant d’en arriver là. Ainsi, sur les 10 % de réduction de l’offre, 3 % seulement sont désormais irréversibles, puisqu’il s’agit de vols supprimés sur le prochain programme d’été, dont la commercialisation débute ce mois-ci. En revanche, les 7 % restants, et notamment toutes les fermetures de lignes envisagées n’interviendront pas avant 2017. Même chose pour les réductions d’effectifs, qui « seront proportionnelles à la baisse d’activité », a précisé le PDG[4] d’Air France, Frédéric Gagey. Soit un tiers des 2.900 postes en 2016 et les deux-tiers restant l’année suivante. De même, la réduction de la flotte se limitera à 5 appareils en 2016, les neuf autres étant prévus en 2017. Sauf si un accord survenait entre temps. Même chose concernant le non-renouvellement de l’accord de périmètre, qui s’achève au printemps 2016 et qui limite les possibilités de transfert d’activités à des filiales ou des partenaires. Ou encore l’accord dit de « balance », qui répartit la charge de travail entre Air France et KLM dans un rapport de deux tiers/un tiers. Tous ces acquis seront soient préservés, soit annulés, en fonction la possibilité de parvenir à un accord avec les pilotes.

Reprise des négociations sous conditions

Reste que pour l’heure, aucune réunion n’est programmée entre les syndicats de pilotes et la direction, qui s’est montré plutôt inflexible, vendredi dernier. Si Frédéric Gagey, le PDG d’Air France, se dit prêt à réouvrir le dialogue, ce sera « uniquement sur la base de propositions sérieuses et d’une vraie volonté d’aboutir », indique-t-on de source proche. Et ce ne sont pas les débordements de ce lundi matin, qui sont de nature à faciliter la reprise du dialogue.

Source : http://www.lesechos.fr/industrie-services/tourisme-transport/021379126305-le-dialogue-social-dans-limpasse-chez-air-france-1162385.php

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