Les transports en commun préparent l'après-diesel en regardant vers la Suède

Les Echos Les Echos - il y a 20 mois

Les réseaux du pays sont déjà alimentés en grande partie par des énergies renouvelables, comme le biogaz.Göteborg a choisi pour expérimenter les bus électriques une voie différente de celle explorée par la RATP à Paris.


Plus un seul bus diesel à Paris en 2025 : le mot d'ordre de la RATP, qui vise notamment, par ses commandes, à donner un élan décisif à la filière du bus électrique, est ambitieux. Mais, vu de Suède, il semblerait presque timide ! En pointe dans la lutte contre la pollution, le pays a déjà fait chuter à 9 % seulement la part de ses transports publics fonctionnant encore au diesel. Et il continue de jouer les pionniers.

A Stockholm, par exemple, 93 % des bus, des trains et des métros sont alimentés par de l'énergie renouvelable, et, globalement, le niveau d'émission de gaz à effet de serre par habitant a été réduit de 35 % entre 1993 et 2010. Pour les bus, les responsables locaux ont misé massivement sur les biocarburants. Chez Keolis, le groupe français qui exploite un peu plus de la moitié des lignes de la capitale suédoise, l'intégralité du parc de 950 bus circule à l'éthanol, au biodiesel ou encore au biogaz, produit à quelques encablures du centre-ville.

Dans une usine de retraitement des eaux située sous une colline, les kilomètres de galeries creusés dans la roche brune donnent au site des airs de décor pour un film de James Bond. La puanteur qui emplit l'atmosphère rappelle pourtant la fonction du lieu. Une partie des eaux usées y est méthanisée dans des grosses cuves, appelées « digesteurs ». Le gaz obtenu est ensuite envoyé par pipeline à l'un des dépôts de bus de Keolis, où il est directement injecté dans les réservoirs.

Partenariat avec Volvo

Göteborg, l'autre grande ville de Suède, n'est pas en reste : 14 % du trafic est assuré par de l'énergie fossile, et l'objectif est de descendre à 5 % en 2025. Afin d'y parvenir, les autorités locales expérimentent, au-delà des biocarburants, le recours à l'électrique, en partenariat avec Volvo.

Lancée en juin dernier, la ligne 55, qui passe au coeur de la ville, fonctionne ainsi avec 7 bus hybrides et 3 bus 100 % électriques. A bord, la réduction du bruit du moteur rappelle l'ambiance sonore d'un tramway. Surtout, l'absence d'émission de gaz polluants a permis d'installer le terminus à l'intérieur d'un petit bâtiment. « Le premier arrêt de bus "indoor" au monde », se flatte-on à Göteborg. Les passagers attendent le prochain départ à l'abri des intempéries, en sirotant une boisson dans le café attenant s'ils le souhaitent. L'extension de ce principe laisse envisager des arrêts au sein de centres commerciaux ou de bâtiments administratifs, un gain de confort à même de renforcer l'attractivité des transports urbains.

Ces expérimentations, comme celles menées à Paris par la RATP ou dans d'autres villes européennes, sont suivies de près par les élus français désireux de « verdir » leur réseau de bus. Jean-Pierre Farandou, le patron de Keolis, leur conseille toutefois la patience avant d'investir : « Nous sommes en pleine rupture technologique, il reste encore beaucoup d'incertitudes. »

Deux options sont en effet sur la table, ayant chacune leurs avantages, leurs contraintes et un certain flou sur leur potentiel réel. La recharge rapide de la batterie, la solution testée à Göteborg, nécessite des arrêts courts mais réguliers, du fait d'une autonomie réduite à quelques kilomètres seulement. Elle suppose également le déploiement d'infrastructures au terminus de la ligne ou tout au long de celle-ci pour les recharges, infrastructures qui s'intègrent plus ou moins bien dans le paysage urbain.

Problème de recyclage

C'est notamment cette dimension qui a poussé la RATP à choisir la seconde voie, celle de la recharge lente, effectuée durant la nuit dans les ateliers, avec des batteries plus puissantes ayant une journée d'autonomie. Mais elles sont également beaucoup plus lourdes. Et posent, à terme, un problème de recyclage. D'où la nécessité d'expérimenter, comme le font Suédois et Français, avant de lancer des investissements massifs.

À noter
Dans la solution électrique, le niveau réel d'autonomie des batteries, ainsi que le surcoût par rapport au diesel, reste difficile à cerner.

Lionel Steinmann, Les Echos

Source : http://www.lesechos.fr/journal20151023/lec2_industrie_et_services/021417669516-les-transports-en-commun-preparent-lapres-diesel-en-regardant-vers-la-suede-1168372.php#xtor=CS1-25

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