Patrick Rocca, futur repreneur de la SNCM?

AFP

Challenges Challenges - il y a 19 mois

La décision des juges ne tombera que le 20 novembre à 13H30 mais les jeux semblent déjà faits. Dans l’entourage des candidats à la reprise de la SNCM, c’est d’ailleurs la stupeur même si ce dossier n’en est pas à son premier rebondissement:

Mercredi, au cours de l’audience au tribunal de commerce de Marseille où étaient auscultées les quatre offres des candidats, le procureur Brice Robin a clairement désigné celle de Patrick Rocca. Il en a écarté deux: celle de Christian Garin, présentant à ses yeux trop de zones d'ombre et, contre toute attente, celle de Corsica Maritima. Ce consortium regroupant une centaine d’entreprises corses mené par François Padrona, était arrivé tardivement dans la course mais apparaissait comme l'un des candidats les plus sérieux.

Pas vraiment convaincu, le procureur a pointé du doigt le fait qu’il y avait trop de partenaires impliqués sur le dossier, s’interrogeant sur leur capacité à gérer la compagnie: « quand on va au cinéma tout seul, c’est facile, à quatre cela devient compliqué et à 130 c’est ingérable », a-t-il ironisé, raconte un témoin de l’audience. « Patrick Rocca est clairement sorti favori, confirme Pierre Maupoint de Vandeul, responsable syndical CFE-CGC de la SNCM. Outre le Procureur, les juges commissaires se sont aussi prononcés en sa faveur ainsi que la représentante des AGS, le régime des garanties de salaires, ce qui nous a surpris », poursuit le représentant syndical sans vouloir pour autant se prononcer sur les candidats officiellement.

Un profil plutôt sulfureux

Dans l’entourage de la SNCM, ce choix étonne surtout du fait du profil, plutôt sulfureux de Patrick Rocca: dans une récente enquête, Médiapart raconte ainsi comment ce puissant chef d’entreprise corse, qui possède des affaires dans les transports, l’immobilier et le traitement des déchets a été condamné à dix mois de prison ferme pour détention d’arme, en juin 2010. Puis, quatre ans plus tard, à trois mois de prison avec sursis pour abus de biens sociaux.  « Le procureur a d’ailleurs fait référence à ces faits, précise un représentant d’un candidat écarté, mais il a considéré que c’était de l’histoire ancienne et qu’il fallait se tourner vers le futur. Il a toutefois eu cette remarque incroyable en fin de séance, l’enjoignant à l’avenir à ne plus confondre son patrimoine avec celui de son entreprise !».  

A Marseille, certains ont une explication plus politique du dossier et pointent les liens de l’entrepreneur corse avec avec Paul Giacobbi (PRG), le président du conseil exécutif de Corse, candidat à sa réélection en décembre. La compagne du chef d’entreprise, Delphine Orsoni, figurant en huitième position sur la liste du député de Haute-Corse.

En attendant la décision du tribunal une autre échéance pèse sur la SNCM: demain doit avoir lieu une réunion à Bruxelles avec la Collectivité territoriale de Corse au sujet de la future délégation de service public (DSP). Car sans feu vert de la Commission européenne, la SNCM[1] restera dans le flou quant à ses garanties de ressources futures.


Pauline Damour

 

References

  1. ^ SNCM (www.challenges.fr)

Source : http://www.challenges.fr/entreprise/transports/20151105.CHA1309/patrick-rocca-futur-repreneur-de-la-sncm.html

Partager

Laisser un commentaire :