Libéralisation de l'autocar : le gouvernement dresse un bilan flatteur

©cristophe recoura

Mobilicités Mobilicités - il y a 20 mois

Éviter une bataille de chiffres. Ce 1er mars, le régulateur du secteur des autocars avait prévu de publier deux chiffres dans sa newletter : le nombre de passagers transportés par autocar entre cet été et la fin décembre 2015 sur les nouvelles lignes intérieures, et le  nombre de lignes exploitées.

Des chiffres établis avec un décalage, mais fondés sur les déclarations transmises par les opérateurs au régulateur et que celui-ci agglomère à travers son Observatoire, tout en protégeant le secret des affaires. Des données censées être fiables pour autant que les déclarants soient sincères.

Un mélange des lignes

Mais, la veille, le 29 février, France Stratégie, l'ex-Commissariat au plan rattaché à Matignon, a fait fuiter les conclusions de son rapport consacré à six mois de libéralisation de l'autocar. Il établit un bilan assez flatteur pour le consommateur ainsi qu'en termes d'emplois créés.

Mais les résultats et leur base de calcul - mélange entre lignes intérieures et cabotage - rendent sceptiques les experts et l'Arafer sur la méthode utilisée par France Stratégie. En clair, les chiffres que le régulateur s'apprêtait à rendre public auraient contredit ceux de l'organisme.

Aussi pour éviter la confusion, l'Arafer a préféré remettre la divulgation de ses données à mi-mars.

Pour l'instant, il faut se contenter du premier bilan établi par France Stratégie qui agglomère les lignes interieures et les dessertes par cabotage, et a sans doute procédé par extrapolation. A prendre avec quelques pincettes. "Sur la base des données fournies par les compagnies d'autocar, six mois après l'ouverture (à la concurrence), 1300 emplois directs auraient été créés et environ 1,5 million de passagers transportés", souligne ce rapport de France Stratégie, qui utilise le conditionnel.

Les données concernent uniquement les lignes de plus de 100 kilomètres, les autres étant soumises  à l'autorisation de l'Arafer en cas de saisine d'une autorité organisatrice.

Un état des lieux des acteurs
 
Au total, "734 paires de villes" de métropole bénéficient d'une desserte directe, en dehors des liaisons  d'initiative publique. Ce qui fait dire aux auteurs du rapport que le réseau "se développe à un rythme rapide et comparable à ce qui a été observé en Allemagne après la libéralisation" de janvier 2013.

France Stratégie recense sept acteurs principaux sur les lignes intérieures et les lignes internationales qui donnent lieu à du cabotage. Le marché est dominé par quatre acteurs dont deux, l'allemand FlixBus et Isilines, filiale de Transdev, centrés sur le territoire métropolitain et qui desservent chacun plus de 35% des paires de villes.

Les deux autres, Alsa, compagnie espagnole, et Eurolines, filiale de Transdev desservent à la fois la France et l'étranger. Ils couvrent environ  30% des paires de villes.
 
Deux autres acteurs, Ouibus, filiale de la SNCF, et Starshipper, association d'opérateurs locaux, desservent chacun un peu plus de 10% des paires de villes. Le britannique Megabus occupe lui une position plus en retrait (8% des paires de villes).

Une concurrence à effets variables

Les experts de France Stratégie minimisent l'impact des autocars Macron sur la fréquentation des liaisons ferroviaires. Pour eux, les autocars paraissent "davantage en concurrence avec le covoiturage ou la voiture personnelle qu'avec les services ferroviaires".
 
Il n'empêche que le prix pratiqués par les opérateurs d'autocars concourent à conforter dans l'opinion le sentiment que le train est cher, ce qui n'est pas bon pour l'image du rail et son développement à terme. 

"D'après nos relevés (...) le prix moyen au kilomètre d'un trajet en bus (4,5 cts/km) est presque toujours inférieur à celui du covoiturage (de  l'ordre de 6 cts/km) et toujours bien inférieur au prix minimal d'un trajet similaire en train (10 cts/km pour les billets les moins chers)", note France Stratégie.

Mais sur les trajets de moins de 100 kilomètres qui seront autorisés par l'Arafer, "TER et autocars interurbains seraient  exactement sur les mêmes créneaux",  prévient cependant France Stratégie.
 

Marc Fressoz

Source : http://www.mobilicites.com/011-4748-Les-autocars-ont-transporte-X.html

Partager

Laisser un commentaire :