Autocars Macron : 12 euros les 376 kilomètres !

Mobilicités Mobilicités - il y a 15 mois

La recette moyenne par voyageur s'élève à 3,2 euros pour 100 kilomètres en 2015. Ce chiffre établi par l'Arafer, qui publie le 21 mars 2016 ses premières données sur le marché, reflète l'intensité de la guerre des prix à laquelle se livrent les six acteurs de ce nouveau marché.

 Par ailleurs, leurs autocars ont circulé en moyenne avec deux tiers de leur sièges vides, preuve d'une offre abondante. Autant de signes annonciateurs d'une rationalisation prochaine du secteur.

C'est parti sur un rythme de 7000 voyageurs par jour. Avec déjà 770 400 voyageurs transportés en cinq mois de rodage en 2015, l’autocar libéralisé est-il en passe de connaître en France le même succès exponentiel qu’en Allemagne avec 3 millions de personnes en 2012 pour la première année d’ouverture, puis 8,2 millions en 2013 et 20 millions en 2014 ?

C’est la question que pose l’Arafer. Son Observatoire des transports et de la mobilité a publié, le 21 mars 2016, des données économiques établies à partir de chiffres recueillis auprès des six opérateurs durant les cinq premiers mois d’activité : Eurolines (28 % des liaisons opérées), isilines (23%) Flixbus (24%), Starshipper (12%) Ouibus (8%) Megabus (5%).

Des opérateurs qui ont parfaitement joué le jeu, se félicite l’Arafer. Garante du secret des affaires, l'autorité de régulation n’a pas vocation à publier les performances individuelles des acteurs et n'établira pas de classement sur ce marché où le nombre de lignes est passé de 36 à 148 au dernier trimestre 2015. "En tout cas, la part de marché de chacun n'est pas corrélée au nombre de liaisons opérées", précise Anne Yvrande-Billon, vice-présidente de l'Arafer.

Des prix cassés

L’autre explication de ce succès est tarifaire. L’autocar est actuellement le mode de transport absolument imbattable en France. Avec une recette moyenne, c’est-à-dire un prix moyen du billet  "de 3,2 euros pour 100 kilomètres", le consommateur peut difficilement trouver un moyen de transport moins cher.

Rapporté à  la distance moyenne constatée, "le passager moyen parcourt en autocar 376 kilomètres pour 12 euros", résume Nicolas Quinones-Gil le responsable de l'Observatoire de l'Arafer.

"L’autocar est moins cher que le train et même plus concurrentiel que le covoiturage", souligne Anne Yvrande-Billon. Pour ce dernier mode de transport, le prix moyen conseillé est de 6,5 euros par passager pour 100 kilomètres.

Mais cette période, extrêmement favorable pour le porte-monnaie du consommateur, ne devrait pas durer éternellement, car elle n’est pas financièrement soutenable pour les autocaristes. Leur recette moyenne s’effrite avec l’augmentation de la longueur des trajets : de 3,7 euros au 100 kilomètres par passager sur des distances de moins de 250 kilomètres, elle  tombe à 3,1 euros entre 500 et 750 kilomètres.

Un CA limité

Cela se traduit dans les données économiques collectées. En 2015, le chiffre d'affaires cumulé des opérateurs s’est élevé à 9,3 millions d’euros dont 7,6 millions pour le dernier trimestre 2015. Soit sur cette dernière période, une recette moyenne mensuelle de 2,5 millions d’euros par mois pour les six opérateurs, ce qui est peu.  La compétition ne remplit pas leurs caisses et aura du mal à couvrir avant longtemps le coût d'achat des autocars neufs.

Logique, car sur ce marché neuf, ils se livrent à ce stade à une course à la part de marché avant l'inévitable rationalisation. Tous les acteurs en ont conscience, en particulier ceux qui débarquent dans l’autocar comme Ouibus. "C’est toujours un effort pour un nouvel entrant de s’installer, la compétition est féroce. Ce sera forcement déficitaire au départ, car tout le monde investit pour essayer d’être un des vainqueurs sur un marché qui se consolidera forcément. Mais nous estimons être le deuxième, derrière isilines, et peut-être à égalité avec Flixbus", expliquait voici une semaine Matthias Emmerich, le directeur performance et sécurité de SNCF Mobilités. 
 
En attendant, l'autocar crée des emplois, mais moins que ce que le gouvernement a pu annoncer. Sur la base des données transmises par les six opérateurs, le solde  est d'"environ 1000 emplois créés depuis août 2015, note l'étude, les chauffeurs représentent 81 % des emplois totaux“.

Deux tiers de sièges vides

Un autre indicateur d'importance semble annonciateur de cette rationalisation et d'un resserrement de l'offre. En 2015, les autocars Macron ont circulé en moyenne avec plus de deux tiers des sièges vides. En effet le taux de remplissage n'a pas dépassé un tiers. Mais ce "coefficient d'occupation est passé de 29% au troisième trimestre à 32% au quatrième, souligne Pierre Cardo, président de l'Arafer. Nous pouvons supposer qu'il s'améliorera au fur et à mesure que le service sera connu et que l'offre s'adaptera.

Une avalanche de données

Deux liaisons ont émergé en termes de fréquentation. Paris-Lille et Paris-Lyon ont fait le plein au quatrième trimestre 2015. Sur ces deux destinations déjà bien desservies par le TGV, les autocaristes ont respectivement transporté 874 et 771 voyageurs par jour. Il faut dire que l'offre y est abondante car cinq autocaristes s'y livrent bataille (tout comme sur Paris-Rennes).

La concurrence frontale n'est pas une règle. Les opérateurs s'affrontent directement sur 197 liaisons soit près de 30% de l'offre.

Dans le top 10 des fréquentations, Paris-Lyon et Paris-Lille se détachent nettement des autres liaisons qui suivent comme l'indique ce tableau.

Ces dix liaisons les plus empruntées concentrent 51 % de la demande totale, dont 24% pour les deux premières.

Le premier bilan de l'Observatoire de l'Arafer fournit pléthore de données sur le marché photographié par l'Arafer. Au 31 décembre 2015, ce marché était constitué d'une offre de 148 lignes proposant, à travers près de 350 départs quotidiens, 689 liaisons distinctes pour desservir 136 villes françaises dans 69 départements.

Cette offre, qui résulte des stratégies de développement décidées par chaque opérateur, permet le maillage des grandes métropoles régionales, auquel s’ajoute la possibilité de desservir des zones attractives (littoral, montagne, gares TGV, aéroports...), sans pour autant devoir passer par Paris. Seules 11% des liaisons commercialisées ont comme origine ou destination Paris.“

Ce qui n'est pas contradictoire avec une demande importante en volume à destination et au départ de la capitale.

Les prochaines études de l'Observatoire rendront compte progressivement de la mise en place des liaisons de moins de 100 kilomètres pour lesquelles l'Arafer a reçu 121 déclarations de liaisons au 21 mars 2016. 28 ont fait l'objet d'une demande d'interdiction ou de limitation de la part d'une autorité organisatrice.

Quatre liaisons de moins de 100 kilomètres sont déjà commercialisées, une cinquantaine pourraient l'être, suite à l'expiration du délai de saisine.

Deux nouveaux opérateurs devrait apparaître à la faveur de l'ouverture de ce segment de marché  : Migratour et Frethelle.

Marc Fressoz


References

  1. ^ Contactez l'auteur (www.mobilicites.com)

Source : http://www.mobilicites.com/011-4836-Autocar-Macron-en-2015-le-voyageur-moyen-a-pu-parcourir-376-km-pour-12-euros.html

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