Autocar : la bataille des liaisons de moins de 100 kilomètres

KENZO TRIBOUILLARD/AFP

La Croix La Croix - il y a 15 mois

La loi autorise les autorités organisatrices de transport, comme les régions, à demander l’annulation ou la limitation de liaisons de moins de 100 kilomètres. Mais la décision revient à une autorité de régulation.

À trois cents mètres près, l’opérateur Isilines aurait déjà pu ouvrir une ligne entre Rennes et Saint-Brieuc. « C’est une liaison de 99,7 km, qui se situe sur notre ligne Paris-Saint-Brieuc via Orly, Le Mans et Rennes, dit Isabelle Pons, porte-parole de la filiale du groupe Transdev. Elle est très régulièrement demandée auprès de nos conducteurs puisqu’elle n’est pas commercialisée à ce jour. »

Fin décembre, Isilines a donc demandé l’autorisation de commercialiser cette desserte à l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer). Mais la région Bretagne en a décidé autrement : elle a exercé une saisine, autrement dit un veto, qui doit être examinée l’Arafer.

La loi Macron a en effet institué un garde-fou pour rassurer les autorités organisatrices de transports (AOT), essentiellement les régions : en deçà de 100 kilomètres, les autocaristes doivent demander une autorisation auprès de l’Arafer et les AOT peuvent s’y opposer, ou demander une limitation de fréquences, pour préserver leurs propres réseaux comme les TER… C’est l’Arafer qui a, dans ce cas-là, le dernier mot.

Au total, ce sont 120 demandes de telles liaisons qui ont été déposées, dont près de 50 n’ont fait l’objet d’aucune saisine. Pour le reste, l’Autorité n’a rendu que quatre avis, deux en faveur des autocaristes, deux en faveur des AOT…

« Les lignes de moins de 100 km peuvent être un enjeu de la bataille des autocars »

« La région des Pays de la Loire attend une décision concernant la ligne Nantes-Angers» de ses TER, indique Alain Hunault, président de la commission transports, mobilité et infrastructures de la collectivité.

« Sur cette liaison très concurrentielle et qui bénéficie de l’autoroute, dit-il, les tarifs si artificiellement bas pratiqués par l’autocar mettent en difficulté l’équilibre financier des trains régionaux.» De même, la région voudrait voir limiter les dessertes entre Le Mans et Angers à des horaires non concurrentiels avec ses TER.

« Les lignes de moins de 100 km peuvent être un enjeu de la bataille des autocars, dit Yves Crozet, professeur à l’université de Lyon et membre du laboratoire d’économie des transports. De petits opérateurs locaux peuvent tenter de se positionner sur de tels marchés prometteurs. »

Le spécialiste estime aussi que de nombreuses AOT peuvent avoir l’idée de remettre à plat les offres de transports existantes : « Elles peuvent être tentées d’expérimenter des autocars qui ne leur coûtent rien à des tarifs attractifs pour remplacer des bus subventionnés ou des TER parfois peu remplis. »

> Lire aussi : Loi Macron, les autocars pourraient changer la manière de voyager des Français[1]

Michel Waintrop

Source : http://www.la-croix.com/Economie/France/Autocar-bataille-liaisons-moins-100-kilometres-2016-03-31-1200750293

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