Pourquoi ils choisissent l’autocar

julien duriez

La Croix La Croix - il y a 12 mois

De plus en plus de voyageurs optent pour le car plutôt que le train ou le covoiturage pour voyager en France. Ils acceptent d’y passer plus de temps mais payent jusqu’à dix fois moins que le prix d’un billet de train.

Le dernier appel pour le car pour Saint-Brieuc retentit dans la gare routière de Paris-Gallieni. Gwendoline, 23 ans, et son ami viennent de choisir leurs sièges dans le grand autocar rouge de la compagnie Isiline en grande partie vide, et attendent sagement que le chauffeur démarre.

Employée dans une boutique de vêtements à Rennes, la jeune femme a assisté la veille à un concert dans la salle parisienne de l’Olympia. C’est la première fois qu’elle voyage en car pour rentrer dans la capitale bretonne. Sa motivation ? Les prix bas affichés par la compagnie nouvellement créée par le groupe Transdev, également propriétaire des bus Eurolines. « Pour deux, ça nous revenait à 360 € en train. On paye dix fois moins en car ! »

Les voyages en car sont plus longs, mais moins chers. Le prix moyen au kilomètre d’un trajet en bus revient à 4,5 centimes/km, contre 6 centimes/km pour le covoiturage et 10 centimes/km pour les billets de train les plus accessibles, calcule France Stratégie dans un rapport.

La contrainte des bouchons

Dans un tremblement de tôles, l’autocar pour Rennes entame une marche arrière, avant de prendre la route vers la sortie. Arrivée prévue dans cinq heures, si la circulation ne retarde pas les voyageurs.

Patrick, 32 ans, observe distraitement la manœuvre. Cet employé dans la restauration attend le car pour Tours. De son petit sac à dos, dépasse un drapeau bleu-blanc-rouge. « Hier, je suis allé voir France-Russie au Stade-de-France. C’était un beau match. Mais il est temps de rentrer à la maison. »

À l’ouverture de la ligne vers sa ville, opérée aujourd’hui par quatre des cinq principales compagnies à avoir investi le marché (FlixBus, Isilines, Megabus, Ouibus et Starshipper), les billets les moins chers coûtaient 5 €. « C’est trois ou quatre fois moins que le train, a calculé Patrick. On a sauté sur l’occasion ! »

7 000 passagers par jour

Pour s’occuper pendant les quatre heures de trajet, Thierry prévoit d’écouter de la musique, de dormir un peu. Les compagnies proposent souvent des prises électriques et le wi-fi à bord, avec plus ou moins d’efficacité selon les bus et les compagnies. « Ce qui change par rapport au train ou au covoiturage, c’est aussi l’espace entre les sièges », estime Damien, chauffeur depuis janvier 2016 pour la compagnie Starshipper. Il vient de garer son car Porte Maillot, à Paris, après un trajet sans encombre depuis Angers.

> A lire : Démarrage encourageant pour les cars « Macron »[1]

Danielle, retraité de 80 ans, est montée à Angers. Une fois sa valise récupérée dans la soute du grand car blanc, elle se presse pour retrouver son fils qui l’attend au bout du parking. C’est déjà une habituée, quelques mois seulement après l’ouverture de la ligne par Starshipper, une compagnie qui regroupe des dizaines de petites compagnies françaises d’autocars.

Sur les cinq derniers mois de 2015, les autocars ont transporté 770 000 personnes, soit 7 000 passagers par jour, rapporte l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer). C’est encore peu par rapport au TGV (50 millions de voyageurs en 2014) ou au covoiturage (7 millions de voyageurs sont passés par le site de voyageurs Blablacar la même année).

Une autre manière de voyager

Les voyageurs interrogés mardi 30 mars décrivent des cars en grande partie vides, un sentiment confirmé par les chiffres de l’Afer, qui indique un taux de remplissage de 32 %. Mais le nombre de passagers de cars augmente très régulièrement. Et à l’approche des vacances de Pâques et de l’Euro de football, l’avenir est prometteur. Les déçus du covoiturage qui ne peuvent pas se payer de billets de train pourraient de plus en plus se tourner vers l’autocar, confirmant alors l’essor de ce nouveau marché.

Certains prendront peut-être même goût à cette nouvelle manière de voir la route. « J’aime prendre le car. Ça me rappelle mon pays, l’Argentine, où les voyages, même très longs, se font beaucoup par la route », témoigne Oscar, éducateur de 56 ans de retour de Lille, où sa fille fait des études. Sans le car, je ne pourrai pas autant voyager ».

« Je peux lire un livre en entier au cours du trajet entre Saint-Brieuc à Paris, ajoute Vincent, photographe de 36 ans, habitué des trajets en autocar à travers l’Europe. Sept heures, vous imaginez ? Jamais je n’ai autant de temps devant moi. »

Julien Duriez

Source : http://www.la-croix.com/Economie/France/Pourquoi-ils-choisissent-l-autocar-2016-04-01-1200750577

Partager

Laisser un commentaire :