Trains de nuit : pourquoi Transdev n'est pas intéressé

afp / jean-francois monier

Les Echos Les Echos - il y a 14 mois

Dans son appel à manifestation d’intérêt, l'Etat ne propose aux opérateurs ferroviaires que les liaisons déficitaires. Les délais sont trop courts et les informations sur les lignes proposées, lacunaires voire fausses.


Il ne suffit pas de consulter, encore faut-il intéresser, et tout au moins ne pas dissuader les candidats potentiels. Ce qui ne semble pas être le cas pour le transfert (potentiel) au privé des trains de nuit.

En effet, l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour ces trains dont l’Etat a décidé de ne plus financer l’exploitation[1] vient d’être publié ( voir le document[2] ). Et déjà, une certitude se fait jour : Transdev ne tient pas à figurer sur la liste des pré-sélectionnés. Du moins, dans l'état actuel du dossier. Explications.

1- L'Etat ne propose que les liaisons déficitaires

En effet, le ministère des Transports a exclu du périmètre de cette consultation les trois liaisons d’aménagement du territoire que sont Paris-Briançon, Paris-Rodez et Paris-Latour-de-Carol qui restent dans le giron de SNCF Mobilités. Ce sont justement trois des quatre les lignes que le rapport de la commission Duron, rendu l'an passé, proposait de maintenir ( voir la carte des trains de nuit établie par le site ferrocarta.net[3] ).

" En privant de financement public les dix autres liaisons pourtant toutes fortement déficitaires, le ministère des Transports n’avait pas passé un message fort en faveur du maintien des trains de nuit et, plus largement, d’une politique favorable au rail en France", commente le groupe codétenu par la Caisse des Dépôts et Veolia.

2- Des délais trop courts

L'AMI ne laisse que deux mois aux entreprises ferroviaires intéressées pour présenter une offre complète. A savoir : le 31 mai 2016 à 17 heures. Ceci, alors que, "de nombreuses interrogations subsistent quant aux conditions effectives d’accès au réseau et à l’exploitabilité des liaisons concernées", souligne Transdev.

Trains de nuit : les lignes déficitaires proposées

Paris-Savoie : 723 km jusque St-Gervais-les-Bains, 688 km jusque Bourg-St-Maurice. Recettes d'exploiation 2014  : 6,9 millions d'euros.
Paris-Nice / Briançon : 891 km jusqu'à Briançon et 1.116 km jusqu'à Nice. Recettes d'exploitation 2014  : 18,5 millions d'euros.
Paris-Toulouse-Cerbère / Latour-de-Carol : 968 km jusqu'à Cerbère 876 km pour Latour de Carol. Recettes d'exploitation : 11,6 millions.
Luxembourg / Strasbourg - Nice / Cerbère dite "Quadritranche"  : 1730 km de voie. Recette d'exploitation 2014 : 16,8 millions d'euros.
Paris-Toulouse / Rodez  : 1098 km de voie. Recette d'exploitation 2014 : 13,9 millions d'euros.
Paris-Hendaye : 1098 km de voies. Recette d'exploitation 2014 : 6,8 millions d'euros

3- Des informations lacunaires

Le ministère des Transports "n’assure ou ne garantit ni le transfert du personnel ni la mise à disposition du matériel roulant (et) des données fondamentales telles que les résultats de trafic et le niveau de charges par ligne actuels ne sont pas fournies". Quant aux rares données qui le sont, elles s'avèrent "tantôt parcellaires, tantôt agrégées au-delà du périmètre de l’AMI, leur exactitude est sujette à caution au point que le Ministère ne la garantit pas".

La description des lignes comporte des erreurs grossières "susceptibles d’induire en erreur d’éventuels candidats", comme les tensions d’électrification dans le Sud-Est du pays.

Enfin, la possibilité que les collectivités territoriales puissent répondre à l’AMI et se substituer à l’Etat dans le financement des trains de nuit avait été un temps évoquée. Cette possibilité n'est" même plus mentionnée".

Dans un entretien publié en mars par "Les Echos", le PDG de Transdev[4] , Jean-Marc Janaillac, déclarait au sujet des trains de nuit : "Il semble d'ores et déjà impossible que le transfert de ces lignes à un opérateur privé se fasse en juillet, comme les pouvoirs publics le souhaitent". Aujourd'hui, et dans l'état actuel du dossier, "Transdev (...) s’interroge sur l’opportunité même de répondre à l’AMI". Le groupe va toutefois se rapprocher du ministère pour obtenir plus d'information sur les lignes mises en concurrence "en particulier les résultats de trafic et le niveau de charge par ligne."

Jean-Michel Gradt

Source : http://www.lesechos.fr/industrie-services/tourisme-transport/021815415359-trains-de-nuit-pourquoi-transdev-nest-pas-interesse-1211436.php

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