Un an après, les « autocars Macron » affichent un bilan en demi-teinte

Le Figaro Le Figaro - il y a 7 mois

Un an après la libéralisation du marché des liaisons par autocar, 1430 emplois ont été créés, contre 22.000 annoncés par la commission d'étude des effets de la loi Macron, en janvier 2015. Cinq millions de personnes ont emprunté l'autocar pour se déplacer.

Les autocars[1] parviennent-ils à séduire les Français? Au premier abord, il semble que oui. En un an, cinq millions de passagers ont été transportés grâce à la libéralisation des liaisons nationales, selon la Fédération Nationale des Transports de Voyageurs[2]. À titre de comparaison, seuls 110.000 voyageurs ont emprunté le réseau de cars longue distance en 2014, grâce au cabotage des lignes internationales. Le secteur a ainsi réalisé un chiffre d'affaires de 40 millions d'euros en onze mois, selon les dernières données de l'Arafer (Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières).

«Nous sommes partis d'un marché inexistant», souligne Yvan Lefranc-Morin, directeur général de Flixbus France au Figaro. «Aujourd'hui, nous sommes très satisfaits: le taux d'occupation de nos autocars est de 60% en moyenne.» Dans l'Hexagone, Flixbus a ainsi transporté 2,3 millions de passagers, soit 47% du nombre total de voyageurs. De son côté, Ouibus a acheminé 2 millions de voyageurs. Même constat chez Isilines. En un an, 900.000 personnes ont emprunté les autocars de la filiale du groupe Eurolines.

Le profil type du voyageur? Des jeunes, âgés entre 18 et 35 ans, mais également des seniors. «Les jeunes ont des contraintes budgétaires fortes, mais des contraintes de temps moindres», explique le directeur général de Flixbus France. «Nous constatons que de nombreuses femmes choisissent également l'autocar car elles s'y sentent plus en sécurité: elles représentent 60% des passagers.» «Nous observons que de plus en plus de familles et de groupes voyagent en autocars», indique de son côté Hugo Roncal, directeur général d'Isilines et Eurolines, au Figaro. Le directeur général de Ouibus, Roland de Barbentane, relève également que «le panel de voyageurs s'agrandit». «Cette première année correspond à un “effet wow”», assure-t-il.

Un marché encore loin d'être mature
Si ce premier bilan semble particulièrement positif, il convient néanmoins de le nuancer. D'une part, le nombre d'opérateurs a été divisé par deux. Trois acteurs agissent désormais dans l'Hexagone: Ouibus (SNCF), Flixbus et Isilines-Eurolines (Transdev). Megabus et Starshipper ont en effet été éclipsés. «Le marché ne pouvait pas fonctionner avec un tel nombre d'acteurs», analyse Yvan Lefranc-Morin.

En outre, si le marché s'est concentré très rapidement, il n'est pas encore mature. La fréquentation des passagers se concentre, principalement, en période de vacances scolaires. Les compagnies sont donc loin d'être rentables[4]. «Nous sommes tous, encore, dans une phase d'investissements», confie le patron de Flixbus France à demi-mot, sans vouloir préciser si l'entreprise dégage des bénéfices. «La concentration a pour logique de rationaliser le marché.»

Sur le front de l'emploi, des résultats mitigés
Résultat, les espoirs placés par l'ancien ministre de l'Économie, Emmanuel Macron, sur le front de l'emploi semblent reportés. Du moins à court terme. En douze mois, 1430 emplois ont été créés: 600 emplois chez Flixbus, 350 chez Isilines et 500 pour Ouibus. Des chiffres qui se révèlent inférieurs aux prévisions réalisées par le rapport de France Stratégie, réalisé en janvier 2015[6]. L'institut rattaché à Matignon estimait en effet qu'une augmentation de l'offre de 50% entraînerait la création nette de 22.000 emplois.

Des calculs trop optimistes? Ils se fondent sur des observations réalisées au Royaume-Uni... dans les années 1980 avec le «Transport Act»[7]. Un contexte bien spécifique, puisque la Grande-Bretagne a opté, à ce moment-là, pour une politique ferroviaire où les petites gares étaient tour à tour fermées, pour des raisons économiques. Or la France ne s'inscrit pas actuellement dans ce cas de figure. Interrogé par France 2[8], Yves Crozet[9], professeur à Science Po Lyon et spécialiste des transports, estime que le chiffre avancé par France Stratégie est hasardeux. «On est sur un calcul de coin de table avec des résultats à la louche», confie-t-il. Dans l'immédiat, il n'est donc pas certain que les «autocars Macron» créent autant d'emplois qu'escompté.

Lignes autocars spécialement dédiées au ski, service de vidéo à la demande... Les trois opérateurs prévoient néanmoins de déployer leurs offres. «L'année 2017 sera une année d'embauches», affirme Roland de Barbentane. «Dans les années qui viendront nous devrions atteindre 10 à 15 millions de voyageurs, par an: la création d'emplois sera proportionnelle.»

Source : http://www.lefigaro.fr/societes/2016/10/06/20005-20161006ARTFIG00146-un-an-apres-les-autocars-macron-affichent-un-bilan-en-demi-teinte.php

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