Circulation alternée : les transports en commun, une alternative sous pression

Les Echos Les Echos - il y a 5 mois

La SNCF a connu plusieurs pannes géantes consécutives en Ile-de-France. Vieillissant, le réseau doit composer avec une fréquentation en forte hausse.


C'est ce qui s'appelle avoir la poisse : la SNCF a essuyé ces derniers jours une série de pannes qui ont affecté des centaines de milliers de voyageurs sur le réseau d'Ile-de-France, au moment même où les pouvoirs publics encourageaient la population à utiliser les transports en commun, à la suite de la mise en place de la circulation alternée[1] dans la capitale pour diminuer la pollution.

Après un arrachage de caténaire, le trafic au départ et à l'arrivée de la gare du Nord à Paris[2] , la plus fréquentée d'Europe, a été totalement interrompu durant une grande partie de l'après-midi de mercredi. Les perturbations touchaient aussi bien les trains grandes lignes, comme les Thalys et les Eurostar, que les trains de banlieue ou les RER. Les circulations sur la partie nord du RER B, qui relie notamment la capitale à l'aéroport de Roissy - Charles de Gaulle, ont elles, été interrompues mardi et mercredi[3] à la suite d'un autre arrachage de caténaire. Le trafic a repris presque normalement ce jeudi mais c'est maintenant la ligne H qui fait les frais d'un autre arrachage de caténaire.

Vétusté des infrastructures

Ces problèmes soulignent la vétusté des infrastructures en Ile-de-France. La caténaire arrachée sur le RER B a plus de 70 ans d'âge et certaines pièces, dont les stocks ont été épuisés, ont dû être fabriquées sur place et sur mesure, a indiqué la SNCF.

Face à cela, le groupe public ne reste pas l'arme au pied : il va consacrer l'an prochain 800 millions aux chantiers de rénovation du réseau francilien, soit trois fois plus qu'il y a quatre ans. Mais ce coup d'accélérateur reste insuffisant pour rattraper les décennies de sous-investissement dans la modernisation du réseau. De surcroît, les travaux sont également contraints par la nécessité de perturber le moins possible le trafic. Durant les interventions de nuit, les équipes n'ont que quelques heures pour avancer et les interruptions totales de circulation pendant la journée (comme sur des portions des RER A et C en été ou durant tout un week-end gare de Lyon au printemps 2017) doivent demeurer exceptionnelles pour rester tolérables pour les usagers. Conséquence, de l'aveu même de la SNCF, le vieillissement du réseau francilien va se poursuivre malgré l'augmentation du volume des travaux, et pour que l'âge moyen des infrastructures revienne au niveau de 2015 il faudra attendre... 2025.

Fréquentation en hausse

Dans le même temps, malgré les retards et les incidents, la fréquentation ne cesse d'augmenter. En 2016, à la suite du dézonage du passe Navigo[4] , le nombre de passagers devrait même bondir de 6,8 %. Et cette hausse de la fréquentation, parce qu'elle accroît notamment le temps de montée et de descente des passagers à chaque arrêt, accroît mécaniquement les risques de retard. Un point de fréquentation en plus entraîne 0,2 point de régularité en moins, ont constaté les statisticiens de la SNCF en Ile-de France. Ce qui vient écrêter les gains générés par les travaux.

Dans ces conditions, la politique menée par la Mairie de Paris pour limiter la circulation automobile dans la capitale est questionnée par de nombreux observateurs, y compris par la Cour des comptes elle-même. « Il est nécessaire de veiller à ce que la politique d'encouragement à l'usage des transports collectifs n'ait pas pour effet d'accroître le trafic sur les tronçons ferroviaires déjà saturés et de dégrader encore une qualité de service déjà considérée comme critique par les usagers, en particulier par les habitants les plus éloignés du coeur de l'agglomération », écrivait l'institution dans son rapport annuel en février dernier.

De manière plus ponctuelle, la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, a d'ailleurs demandé au préfet de police de suspendre la circulation alternée, dont il venait d'annoncer la reconduction pour jeudi, « t ant que la situation ne sera pas revenue à la normale » sur le réseau ferré francilien.

@lionelSteinmann[5] [6]

Source : http://www.lesechos.fr/industrie-services/tourisme-transport/0211571902805-les-transports-en-commun-une-alternative-sous-pression-2048864.php

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