Les élus s’inquiètent du déficit persistant d’Autolib’

Les Echos Les Echos - il y a 6 mois

Concurrencé par les VTC, le service d’autopartage de Bolloré, voulu par la Mairie de Paris, pourrait perdre 120 millions d’euros.

«Nous allons lancer un audit d'Autolib', mais, de grâce, n'écrivez pas "un audit", plutôt "une étude" », suppliait il y a quelques jours un adjoint de la Mairie de Paris. C'est dire le malaise que la fragilité financière du système d'auto-partage de Bolloré inspire, y compris chez ceux qui y sont favorables. Au Conseil de Paris ce lundi 30 janvier, plusieurs élus demanderont des comptes à la Mairie, instigatrice du système, qui comprend aujourd'hui 82 collectivités locales.

Mi-décembre, le cabinet 6T, spécialisé dans les mobilités, affirme dans une étude qu'Autolib' risque de ne jamais être rentable, le modèle économique ne cessant de dériver. En 2013, les responsables du service avaient promis un point mort à 50.000 abonnés à l'année, puis 60.000 un an plus tard, et finalement 82.000 abonnés en 2015. Début décembre, Autolib' a même repoussé l'horizon de la rentabilité à 2017 ou 2018. Selon les experts, les recettes, fondées sur l'abonnement et une facturation horaire, augmentent avec la croissance du nombre d'utilisateurs mais moins vite qu'avant : « Le nombre de trajets par an a augmenté de 12 % entre 2015 et 2016, contre 29 % entre 2014 et 2015. » La plupart des utilisateurs apprécient, mais Autolib' pâtit de la concurrence des VTC. Les calculs anticipent un déficit pouvant atteindre 180 millions d'euros d'ici à 2023, soit un trou de 120 millions pour les collectivités, Bolloré n'étant engagé qu'à hauteur de 60 millions de pertes.

Maires de banlieue attentistes

Depuis, des maires de banlieue ont exprimé leur inquiétude, tel celui de Viroflay. Olivier Lebrun (LR) qui s'apprêtait à installer une station dans sa commune, a annoncé la suspension du projet. « Nous attendons de voir comment le syndicat va résorber le déficit, nous craignons une forte hausse du prix », explique la mairie. A Paris, il y a quelques jours, la présidente du groupe LR au Conseil de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet, ne décolérait pas : « Il faut restructurer le service, il n'est pas supportable que le contribuable parisien éponge la plupart des risques quand Bolloré se contente de 60 millions d'euros. » Même exaspération du côté de Danièle Simonnet, Front de gauche : « Une fois encore, nous butons sur l'opacité des services que privatise la Mairie. » L'élue, qui suspecte Bolloré de vouloir renégocier le contrat, réclame un rapport «vraiment indépendant».

Attaqué, le syndicat reconnaît que, « depuis un an, un usage plus raisonné d'Autolib' s'installe ». Mais il renvoie au même argument que la Mairie de Paris : Autolib' est un service public et ne doit pas répondre à une stricte rentabilité, qui ne rendrait pas compte de ses bienfaits pour la santé et l'environnement. En décembre, lors des pics de pollution, les locations ont augmenté de 40 %. Enfin, le syndicat étudie avec le délégataire des pistes de rationalisation : répartition des stations, optimisation des réservations, etc.

Matthieu Quiret

Source : www.lesechos.fr
Crédit photo : Les Echos
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