Le coup de gueule du patron des bus Iveco contre la Mairie de Paris et la SNCF

Challenges Challenges - il y a 4 mois

Pierre Lahutte, président de l'Italien Iveco qui fabrique des cars et bus en France, fustige la Mairie de Paris et la SNCF, qui achètent des véhicules étrangers dans des pays à bas coûts. Les responsables français des achats "n'ont pas la même conception nationale que les allemands". Un manque flagrant de patriotisme économique.

"La Mairie de Paris fait venir des bus électriques chinois, c'est choquant". Pierre Lahutte, le président d'Iveco (poids-lourds de CNH Industrial, ancien groupe Fiat) ne cache pas sa colère. Ce français, patron d'un groupe italien qui fabrique une bonne partie de ses cars et bus en France, fustige les pouvoirs publics hexagonaux "qui s'acoquinent avec des industriels chinois dont l'activité est archi-subventionnée en Chine. Ouvrir en grand les portes aux industriels chinois, c'est du n'importe quoi, des décisions naïves !". 

L'industriel, qui se veut le chantre du "made in France" souligne en plus que les batteries chinoises "n'ont pas vu leurs émissions réellement mesurées. On ne sait même pas comment les traiter en cas d'incendie". Avec son franc-parler politiquement peu correct, Pierre Lahutte s'en prend à la "gabegie". La Mairie de Paris n'est pas seule dans le collimateur du président d'Iveco. Il s'en prend aussi à la SNCF, qui choisit pour ses autocars des "produits achetés avec l'argent public dans des pays à bas coûts. C'est une aberration totale".

Des coûts salariaux bien plus lourds qu'en Europe de l'Est

En marge d'une conférence ce mardi à Paris sur le thème "Rouler français", le dirigeant rappelle que produire un car Iveco à Annonay (Ardèche) coûte en frais salariaux  "35.000 euros, soit 20.000 de plus qu'en Europe de l'Est, par exemple" ! 

Bref, les pouvoirs publics doivent choisir: soit ils font preuve de patriotisme industriel et pensent à sauvegarder une filière sur le long terme, soit on liquide les dernières usines françaises de poids-lourds! C'est le tissu industriel de la France qui est "en jeu", martèle le patron d'Iveco, qui  réalise 3,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires en France, avec 6.000 salariés et huit usines, dont trois ont reçu le label "Origine France garantie" (produits conçus en France avec un taux d'intégration locale de plus de 50%).

L'activité cars et bus d'Iveco est en grande partie tricolore. Elle est née de l'association en 1999 à 50-50 des cars et bus Renault et de ceux d'origine italienne. Et, en 2003, Iveco a repris la totalité de l'activité, y compris l'ancienne entité du carrossier des Deux-Sèvres Heuliez. "Nous avons 235 fournisseurs dans l'Hexagone et chaque autocar ou bus génère deux emplois (un direct, un indirect sur une année) et fait rentrer 10 à 20.000 euros dans les caisses de l'Etat", souligne le patron. 

Le problème, c'est que "nombre de grands groupes publics lancent des appels d'offres où le prix est déterminant à 70% sans souci de la fiabilité des véhicules à long terme, ce qui élimine les produits français".  Les acheteurs français "n'ont pas la même conception nationale que les allemands", regrette Pierre Lahutte. Même s'il y a une "prise de conscience", notamment à la RATP, reconnaît-il.

Promouvoir le made in France... d'un groupe italien

Fils d'agriculteurs picards, Pierre Lahutte veut promouvoir le "made in France" d'un groupe transalpin, qui, à cause de l'histoire, est le seul héritier de l'ancienne production de cars et bus tricolores. L'homme a d'ailleurs de la constance dans ses prises position. En octobre 2012, dans une interview à La Tribune, celui qui n'était à l'époque que le vice-président de l'activité cars et bus d'Iveco lançait un cri d'alarme: "si les coûts ne baissent pas, il y a un gros risque sur l'activité en France". Il se plaignait déjà de ce que ses concurrents allemands remportaient des appels d'offre en France avec des véhicules le plus souvent fabriqués...en Europe de l'Est ou en Turquie. 

Iveco, qui affirme détenir  62% du gâteau des autobus dans l'Hexagone, se spécialise de plus en plus dans des produits plus écologiques, hybrides ou roulant au gaz naturel. La firme fabrique aussi des trolleybus (électriques avec des câbles). Le diesel est effectivement en chute libre, constituant moins de 50% du marché marché français aujourd'hui.  Iveco a exporté dernièrement de France ces cars et bus "écologiques", soit 151 autobus au gaz naturel vers l'Azerbaïdjan, 120 hybrides achetés par Milan et 49 trolleybus par Bologne, en Italie.  Pour sensibiliser les politiques, il a décidé de mettre à disposition des candidats à la présidentielle 2017 (en  location) des cars produits à Annonay !

Alain-Gabriel Verdevoye

Source : www.challenges.fr
Crédits photo : LOIC VENANCE / AFP
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