La Ville de Paris dénie toute responsabilité dans les bus chinois

Challenges Challenges - il y a 11 mois

Illustration : Pierre Lahutte, président d'Iveco, fustigeait mardi l'acquisition de bus chinois. (C) AFP

La Ville de Paris affirme n'avoir aucune responsabilité dans l'achat d'autobus. Pierre Lahutte, président d'Iveco, fustigeait mardi l'acquisition de bus chinois. Au mépris du "made in France".

Ça n'a pas tardé. La Ville de Paris "n’a aucune responsabilité dans l’achat des bus circulant pour les transports collectifs à Paris", s'insurgeait mercredi une porte-parole. La Ville répond ainsi aux attaques de Pierre Lahutte, président d'Iveco, qui fustigeait mardi dans Challenges sa politique d'achats. "La Mairie de Paris fait venir des bus électriques chinois, c'est choquant", soulignait ainsi le patron du groupe italien (poids-lourds de CNH Industrial, ancien groupe Fiat). 

"Aucun bus qui circule sur le territoire parisien n’est acheté par la municipalité. Les achats sont de la responsabilité du Syndicat des Transports d’Ile-de-France (STIF), dirigé par la Région Ile-de-France et constitué, en plus de la Région, de représentants de la Ville de Paris et des 7 autres départements", précise la Ville de Paris. Ces achats "sont réalisés par les opérateurs de transport (RATP, SNCF, Optile en Ile-de-France)", ajoute la porte-parole.  "La RATP a fait le choix d’expérimenter plusieurs bus venant de plusieurs pays et origines (France, Pologne, Espagne et Chine). Ceci est un choix de la RATP sous le contrôle et le financement du STIF", assure toutefois la Ville.

Pierre Lahutte fustigeait les pouvoirs publics hexagonaux, "qui s'acoquinent avec des industriels chinois dont l'activité est archi-subventionnée en Chine. Ouvrir en grand les portes aux industriels chinois, c'est du n'importe quoi, des décisions naïves !". L'industriel, dont l'activité cars et bus est fortement implantée dans l'Hexagone, s'en prenait aussi à la SNCF, qui choisit pour ses autocars des "produits achetés avec l'argent public dans des pays à bas coûts. C'est une aberration totale".  En ce qui concerne les autocars de la SNCF, tout comme pour les cars dits "Macron" affrétés par la filiale de la SNCF, la "Ville n’a aucune responsabilité sur ces matériels roulants", ajoute la Ville de Paris.

20.000 euros de plus par car

En marge d'une conférence ce mardi à Paris sur le thème "Rouler français", le dirigeant d'Iveco rappelait que produire un car Iveco à Annonay (Ardèche) coûte en frais salariaux  "35.000 euros, soit 20.000 de plus qu'en Europe de l'Est, par exemple" ! Bref, les pouvoirs publics doivent choisir: soit ils font preuve de patriotisme industriel et pensent à sauvegarder une filière sur le long terme, soit on liquide les dernières usines françaises de poids-lourds! C'est le tissu industriel de la France qui est "en jeu", martelait Pierre Lahutte. Iveco  réalise 3,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires en France, avec 6.000 salariés et huit usines, dont trois ont reçu le label "Origine France garantie" (produits conçus en France avec un taux d'intégration locale de plus de 50%).

L'activité cars et bus d'Iveco est en grande partie tricolore. Elle est née de l'association en 1999 à 50-50 des cars et bus Renault et de ceux d'origine italienne. Et, en 2003, Iveco a repris la totalité de l'activité, y compris l'ancienne entité du carrossier des Deux-Sèvres Heuliez. "Nous avons 235 fournisseurs dans l'Hexagone et chaque autocar ou bus génère deux emplois (un direct, un indirect sur une année) et fait rentrer 10 à 20.000 euros dans les caisses de l'Etat", soulignait le patron. Le problème, c'est que "nombre de grands groupes publics lancent des appels d'offres où le prix est déterminant à 70% sans souci de la fiabilité des véhicules à long terme, ce qui élimine les produits français".  Les acheteurs français "n'ont pas la même conception nationale que les allemands", regrettait enfin Pierre Lahutte. Même s'il y a une "prise de conscience", notamment à la RATP, reconnaissait-il.

Alain-Gabriel Verdevoye

Source : www.challenges.fr
Partager

Laisser un commentaire :