Le scénario de la mise en concurrence de la SNCF dans les régions reste à écrire

Les Echos Les Echos - il y a 5 mois

Illustration : Face à la grogne, voire à la colère générée dans plusieurs régions par les insuffisances récurrentes des dessertes régionales de la SNCF, cinq d'entre elles ont déjà demandé à bénéficier des premières mises en concurrence dès que le cadre juridique adéquat aura été mis en place. - Photo Philippe Huguen/AFP

Plusieurs régions sont prêtes à jouer les pionnières. Mais ces expérimentations, dont le principe est acquis, nécessitent le vote d'une loi dans un délai assez court.

Annoncée depuis des années mais sans cesse repoussée, la mise en concurrence de la SNCF pour l'exploitation des transports régionaux (TER) est devenue, depuis quelques mois, une perspective tangible. En juin dernier, l'Association des Régions de France a fait acter par le gouvernement le principe d'une expérimentation pour préparer l'ouverture du marché en 2023, date limite fixée par Bruxelles. Depuis, cinq régions ont fait connaître leur souhait de jouer les pionniers, du Grand Est à Provence-Alpes-Côte d'Azur (lire ci-dessous), en passant par les Pays de la Loire.

Problème : le cadre juridique de ces expérimentations fait aujourd'hui défaut et nécessite une loi, à voter dans un délai assez court. «  Vu les délais qui seront nécessaires pour lancer les appels d'offres et organiser la transition, il faudrait un texte d'ici à la fin de l'année, explique un cadre de Transdev, le groupe de transport public contrôlé par la Caisse des Dépôts, qui affiche de fortes ambitions sur ce marché. Sinon, il ne sera pas possible de lancer des expérimentations dès 2020. » Au risque d'aborder l'ouverture du marché sans beaucoup de recul. Reste à savoir si le gouvernement des urnes au printemps glissera ce dossier à haut risque dans ses priorités.

La question des transferts

Parmi les nombreux thèmes à traiter figure en effet celui, hautement sensible, du transfert des personnels hors du giron de la SNCF. Sur ce point, Transdev veut dédramatiser : « Il ne faut pas penser que cela passera par un "grand soir" social. Notre expérience, en Allemagne notamment, montre qu'on peut faire des économies en jouant sur l'organisation du travail, avec plus de polyvalence par exemple. Au-delà de cette question, il sera très important de définir les modalités de transfert du matériel roulant, d'accès aux dépôts, ou encore la place qui sera faite aux nouveaux entrants dans les gares, qui sont des éléments clefs du réseau d'infrastructure. »

L'attention se porte spontanément sur le sort réservé aux conducteurs, qui ont le pouvoir de bloquer les circulations. Ceux-ci ne seront pas les plus mal lotis, selon un syndicaliste : « Ils tireront toujours leur épingle du jeu, car leur compétence est recherchée. Leur rémunération devrait même augmenter, comme elle a augmenté partout ailleurs avec l'ouverture à la concurrence. » Les postes de vente de billets au guichet, en revanche, seront menacés. « Ce sont ceux sur lesquels les nouveaux entrants pourront jouer pour faire baisser la facture, en mettant l'accent sur la vente par Internet », redoute ce syndicaliste.

La SNCF, de son côté, n'entend pas perdre ces marchés. Récemment arrivé de Dalkia, Franck Lacroix, le patron de l'activité TER, a lancé un grand plan pour réduire la facture présentée aux régions et augmenter le nombre de voyageurs de 5 % à 10 % (il a reculé de 4,5 % depuis 2012). La méthode : industrialiser et généraliser les bonnes pratiques identifiées ici ou là. Et ne pas hésiter à proposer une desserte par autocar (il en circule déjà 1.300 par jour, contre 7.000 trains) si ce mode paraît le plus indiqué. Face à l'impatience manifestée par certaines régions, il lui faudra des résultats rapidement.

Lionel Steinmann

Source : http://www.lesechos.fr/industrie-services/tourisme-transport/0211750714418-le-scenario-de-la-mise-en-concurrence-de-la-sncf-dans-les-regions-reste-a-ecrire-2062819.php#xtor=CS1-26

Partager

Laisser un commentaire :