La RATP soigne CAF et les ACC

Mobilicités Mobilicités - il y a 9 mois

Illustration : L'usine française de l'espagnol CAF va fournir des locotracteurs innovants à la RATP. © CAF

La RATP vole au secours de plusieurs fournisseurs. Elle a attribué, le 3 février 2017, pour 222 millions d'euros de contrats qui vont permettre de sauvegarder l'emploi chez CAF France dans les Hautes-Pyrénées, aux ACC de Clermont-Ferrand ainsi qu'en Alsace chez Alstom.

Marqué par de batailles homériques entre fournisseurs, le secteur des transports ferroviaires est aussi capable de trouver une certaine harmonie pour éviter le chaos. Volontairement ou pas, la RATP vient, en tout cas, d'en donner la preuve avant les élections présidentielles et législatives. Ainsi, tout en répondant à des besoins propres, le groupe a distribué plusieurs contrats qui permettent d'éviter des plans sociaux dans différentes régions.
 
Une commande pour CAF  
 
Compétiteur malheureux face à Alstom dans une série de marchés (RER NG, trams d’Île-de-France, métro de Lyon, etc.), CAF France vient de voir cette mauvaise série s'arrêter. Le constructeur a annoncé, le 5 février 2017, avoir décroché auprès de la RATP un "marché [qui] porte sur une tranche ferme de 12 locotracteurs et une tranche conditionnelle allant jusqu’à 6 locotracteurs supplémentaires. Le montant maximal du marché est d’environ 65 millions d’euros". La décision de la RATP qui concerne le groupement CAF-CAF France a été prise lors de son conseil d'administration du 3 février. Elle l'a seulement officialisée le 6 février.

CAF France va être chargé de la conception et de la fabrication de locotracteurs électriques bimodes destinés aux trains de travaux sur les lignes RER de la RATP. Ils fonctionneront grâce à une alimentation par batteries ou par caténaire 1500V et "remplaceront des locotracteurs à traction diesel destinés aux convois de maintenance des infrastructures du RER", précise la RATP. "La mise en service de ce type de locomotives constituera une première mondiale sur un réseau ferroviaire lourd", souligne CAF France.
 
De quoi alléger les soucis du constructeur espagnol quant à l'avenir de son unique usine française située à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) où travaillent une centaine de personnes et qu’il s'emploie à "sauver et  pérenniser". La fabrication "débutera mi-2018 et s’étalera, pour la tranche ferme, sur 24 mois pour une première livraison au premier trimestre 2019", annonce l’industriel.

La RATP n’est pas mécontente de souligner sa responsabilité. "Ce marché va permettre de pérenniser une centaine d’emplois en France pendant trois ans sur le site de Bagnères-de-Bigorre et chez les sous-traitants mobilisés",  pointe-t-elle.

Les ACC sauvés du chaos

Le 3 février 2017, la RATP a également apporté un gros bol d’air à un industriel auvergnat en très mauvaise posture, les Ateliers de construction du Centre (ACC). Ce fournisseur basé à Clermont-Ferrand – qui dans le passé a déjà effectué une partie de la rénovation des rames MF77 de la ligne 13 – emploie tant bien que mal quelque 286 salariés. Ces derniers mois, l’entreprise publique a été soumise à de fortes pressions venues de toutes parts (manifestation de salariés, démarche de la direction, lobbying des élus) afin qu'elle apporte du travail aux ACC et sauve ainsi l'usine de la fermeture.

Signe du haut degré politique pris par ce le dossier, ce ne sont pas les ACC ni même la RATP qui ont annoncé la nouvelle, mais Laurent Wauquiez, le président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Dès le 3 février en fin de journée, il a fait connaître l’attribution par la RATP avec un cofinancement à parité du Stif, "d‘un marché de rénovation de 86 rames, dans le cadre d’une première tranche, pour un montant de 50 millions d'euros. Au total, ce seront 130 rames qui devraient être confiées à l’entreprise clermontoise. Ce sont ainsi quatre années de commandes qui sont garanties à l’entreprise et ses salariés",  indique dans un communiqué diffusé par son entourage. Laurent Wauquiez en profite pour rappeler qu'en 2016,  Auvergne-Rhône-Alpes a confié un "marché de rénovation de 16 rames TER 2N" pour "un montant de 20 millions d’euros".

La RATP a précisé, le 6 février, que ce "marché de rénovation" portera "au maximum sur les 130 trains MF77 des lignes 7 et 8 du métro parisien, pour un montant total qui pourrait atteindre à terme environ 82 millions d’euros". Cette rénovation est financée à parité par le Stif et la RATP.

Pour l’instant, la tranche initiale de 50 millions d’euros sur cinq ans, comprend deux types d’opérations : 
  • dès 2017, une remise à niveau technique de 15 rames de la ligne 8 (remplacement des planchers et des travaux de rénovation technique) ;
  • à partir de l’été 2018, les 71 trains de la ligne 7 bénéficieront de la même opération, ainsi que d’une rénovation des espaces voyageurs (remise à neuf de l’aménagement intérieur des rames).
"Ce marché va permettre de pérenniser 40 emplois directs chez ACC Ingénierie et Maintenance et 10 chez les sous-traitants mobilisés",  précise la RATP.

Le site d'Alstom Reichshoffen bien servi 

Rappelons que lors de ce même conseil d'administration du 3 février 2017, la RATP avec le Stif a distribué un marché de rénovation de rames de RER de 94,4 millions d'euros à Alstom.
 
Il est destiné à l'usine de Reichshoffen qui est l’un des sites français d’Alstom dont l’avenir est incertain. En 2007, le Stif et la RATP avaient déjà lancé une opération de rénovation de rames RER de la ligne B. L’usine alsacienne d’Alstom avait déjà été associée, mais le travail était partagé avec les ateliers de la RATP.
 
Marc Fressoz

Source : www.mobilicites.com
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