Vélib’, Vélo’v, Velhop… Les vélos séduisent les villes

La-Croix.com La-Croix.com - il y a 6 mois

Illustration : Le Yelo. Lancé dès 1974 à La Rochelle : 49 stations et 300 vélos. / Yelo

Les candidatures à l’appel d’offres de Paris pour de nouveaux vélos libre-service à Paris doivent être déposées mardi 7 février. De Paris à Bordeaux, en passant par La Rochelle, la petite reine fait l’objet de politiques volontaristes de développement qui façonnent, avec leurs cyclistes, le paysage urbain.

« Excepté les matins où il pleut vraiment à verse, la bicyclette est devenue mon unique moyen de transport public, dit Matthieu, 38 ans, employé de banque à Paris alors qu’il sort un Vélib’(le vélo en libre-service parisien) de sa station Place de la Nation. J’ai l’impression de revivre la ville. » Matthieu évoque « le sifflement de l’air dans les oreilles » quand il descend le boulevard Diderot vers la gare de Lyon, les odeurs de croissants d’une boulangerie, les rires des passants…« C’est comme si je m’étais réapproprié la rue », dit-il.

Une pratique devenue très populaire

Pauline, avec son casque rose fluo, parle plus du côté pratique de la chose. Cette étudiante originaire de la région nantaise a découvert la pratique du vélo à Paris en imitant nombre de ses camarades. « Cela me permet de ne pas perdre de temps et de garder la forme », dit-elle.

Près du pont d’Austerlitz, un petit peloton de cyclistes attend sagement au feu même si certains bravent l’interdit du rouge… « Avant on se sentait un peu seul », sourit Paul, 57 ans, adepte quotidien de la petite reine depuis son adolescence.

Depuis leur lancement en 2007, les Vélib’ font partie ici du paysage. « En 1976, le vélo représentait 0,2 % des déplacements des Parisiens contre 5 % aujourd’hui, indique Frédéric Haran, enseignant chercheur en économie et urbanisme à l’université de Lille (1). Il n’y avait que 12 000 cyclistes par jour dans les rues, et l’on en compte 300 000 à 350 000 aujourd’hui. »

Pionnière : La Rochelle

La Mairie de Paris, qui investit 150 millions d’euros sur son plan vélo 2015-2020, dit vouloir arriver à 15 % de part modale des déplacements quotidiens à cette échéance.

Si Vélib’, par sa taille (18 000 vélos), est emblématique des politiques de développement de la pratique du vélo, il n’en est pas le pionnier. La bicyclette municipale a comme un air iodé en France. Le premier service de prêt à grande échelle date de 1976. C’était à La Rochelle. « Nous avons aujourd’hui 800 vélos, dont 300 en libre-service et 150 en location », dit Brigitte Desveaux, conseillère municipale dans la ville de Charente-Maritime qui se revendique comme la deuxième ville cyclable de France, toutes tailles confondues, avec 14 % de part des déplacements en centre-ville.

À 78 ans, Daniel, instituteur retraité, se souvient d’un port autrefois saturé par la présence des voitures et aujourd’hui devenu « plus serein » grâce au flux calme des vélos et des piétons. « On parle d’une ville apaisée, dit-il, et ce n’est pas un vain mot. »

Un trafic en croissance de 26 % à Lyon en 2016

Il faudra attendre 2005 et le Vélo’v de Lyon pour que les systèmes de vélos en libre-service prennent une autre dimension. « La grande innovation a été de placer des stations tous les 300 mètres, dit Frédéric Héran. C’est une distance maximale pour que les gens qui ne trouvent pas une bicyclette à une station acceptent d’aller à la suivante. » Le succès du Vélo’v (4 000 vélos) ne se dément pas non plus.

Globalement, le trafic des vélos a explosé de 26 % l’an passé à Lyon, d’après les pointages de la métropole. « J’aime prendre les chemins de traverse, glisse Estelle, étudiante en droit. On ne se contente pas de rallier un point A à un point B et quand il y a trop de circulation sur les grands axes, on s’engouffre dans des petites rues qu’on ignorait. On a le sentiment de mieux cerner les contours de la ville, de rentrer dans une relation plus intime avec elle. »

Certains ont leur propre vélo mais d’autres pas, tel ce quadragénaire prudent, qui s’est remis en selle avec l’arrivée du Velo’v. « J’ai besoin d’être rassuré. Je ne veux pas me faire piquer mon vélo. Je ne sais pas changer un pneu crevé. Alors j’emprunte ceux de la ville. »

Des aménagements routiers consacrés au vélo

Le vélo ne cesse de gagner des mètres de bitume sur la voiture. « Aujourd’hui, 26 % de la voirie est aménagée pour permettre au vélo de circuler dans la ville », dit Claire Schreiber, chargées d’études au Club des villes cyclables, association qui rassemble des collectivités engagées pour le développement du cycle en ville. Au total, 87 services de vélos en longue durée ont été recensés par l’Ademe en France et une petite quarantaine de dispositifs de vélos en libre-service.

À la métropole bordelaise, où l’on se donne trois ans pour faire passer de 8 % aujourd’hui (11 % pour Bordeaux seule) à 15 % la part des déplacements à vélo, un plan de 70 millions d’euros a été adopté pour 2017-2020, entre aménagements urbains et extensions de stations. La collectivité mêle système de vélo en libre-service (le Vcub, avec 3 000 vélos) et prêt de vélos à longue durée.

Serge, commerçant de 40 ans, ne se déplace qu’en Vcub « Plus que le prix, c’est avant tout le côté pratique qui m’a convaincu d’abandonner la voiture, témoigne-t-il. C’est tellement agréable de pouvoir passer partout quand les rues sont saturées. » Léa, étudiante de 20 ans, a choisi depuis trois ans le Vcub en raison de l’exiguïté de son logement : « J’habite une échoppe avec un couloir étroit et je n’ai pas la place d’avoir un vélo à moi », dit-elle.

Faire baisser la voiture dans les villes

Selon le chercheur en économie et urbanisme Frédéric Héran, tous ces systèmes peuvent certes doper la pratique du vélo, mais ne font qu’accompagner une tendance dont le vrai déclencheur est la volonté des villes de faire baisser la circulation automobile. « Partout où la voiture régresse, le vélo gagne du terrain, affirme-t-il. Les systèmes de vélos en libre service ne fonctionnent pas sans une politique de modération de la circulation automobile. »

Strasbourg en est sans doute la meilleure illustration. Avec près de 15 % des déplacements à vélo, la ville bat le record en France en la matière. « Grâce à la bicyclette, la ville est redevenue un théâtre à ciel ouvert, dit Jean-Baptiste Gernet, adjoint au maire chargé des mobilités alternatives. Les gens sont davantage au contact de la rue, des boutiques, des rencontres de hasard. »

Une nouvelle philosophie de vie

Ici l’apaisement ne concerne pas que la circulation automobile. Audrey, 35 ans, est fonctionnaire de police et se déplace au quotidien à vélo pour se rendre à son travail. « Cela me procure un moment de détente avant le travail et un moment de décompression après », dit-elle. La jeune femme exerce son métier dans un quartier dit sensible de la ville, construit dans les années 1970. « Avant, il n’était pas question d’y circuler à pied ou à vélo, dit-elle. Depuis le début de son réaménagement et de l’intégration du vélo, les gens s’arrêtent à nouveau, la vie est plus paisible. » Strasbourg mise essentiellement sur les plus de 5 000 bicyclettes de prêts à longue durée, et bien moins sur les 600 en libre-service (les Velhop)… Le but est ici que chacun ait sa propre petite reine.

La dynamique pourrait être amplifiée par la possibilité, pour une entreprise, de verser des indemnités kilométriques à ses salariés. Mais aussi par les aides à l’achat de vélos à assistance électrique.

Michel Waintrop

Source : www.la-croix.com
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