Isabelle Barrière, PDG d'une société de transports : une femme dans un monde d'hommes

La dépêche La dépêche - il y a 9 mois

Illustration : Isabelle Barrière, une femme dynamique, bien dans ses baskets./Photo DDM Chantal Longo.

L'invitée de la semaine : Isabelle Barrière chef d'entreprise.

Depuis 2014, Isabelle Barrière a pris les rênes de l'entreprise familiale dont elle est devenue le P-DG. Elle est également présidente de l'association professionnelle des transports de voyageurs régionale, qu'elle représente au niveau national. Isabelle Barrière, 43 ans et maman de deux enfants est l'archétype de la femme chef d'entreprise d'aujourd'hui. Présidente-directrice générale de la Société Autocars Barrière depuis 2014, elle s'est imposée sans complexe dans l'univers plutôt machiste des transports de voyageurs.

Dans le cadre de la Journée internationale des droits de la femme le 8 mars, elle nous parle de son métier, nous raconte son parcours de femme au sein de l'entreprise et nous livre son ressenti sur les rapports homme-femme.

Vous avez pris la succession de votre père depuis 2014 avec le titre de P-DG. Ce sont de lourdes responsabilités ?

L'entreprise familiale a été créée en 1923 par mon arrière-grand-père. Quand mon père a pris sa retraite officielle en 2014, j'ai pris la relève avec mon frère Mathieu. Je suis présidente, lui directeur générale. Mon boulot consiste à gérer le côté politique de l'entreprise tandis que mon frère gère plutôt la logistique.J'ai également pris des responsabilités au niveau régional puisque je suis la présidente de l'association professionnelle des transports de voyageurs Midi-Pyrénées dont je suis la représentante au niveau national. Nous travaillons actuellement à la fusion avec la grande région qui devrait se faire au mois de mars. Ce sont des responsabilités bien sûr mais ça fait partie du travail. Combien avez-vous d'employés actuellement et combien de femmes ?

L'entreprise emploie 90 salariés et 80 chauffeurs, dont 25 % sont des femmes. Chez les conducteurs, la féminisation date du début des années 2000 et maintenant, c'est bien intégré.

Mais au début, c'était dur ?

En effet, au début ce n'était pas évident. Mais curieusement, ça venait des femmes et des clichés profondément enracinés. À cause des préjugés, les femmes se mettaient des freins toutes seules et les premières ont essuyé les plâtres car c'est un métier très masculin. Les premières conductrices de bus n'ont pas été bien accueillies car elles étaient peu nombreuses ; deux ou trois au début. Un homme face à une femme adopte deux comportements, soit un paternalisme exagéré, soit il fait le paon. Dans les deux cas, c'est agaçant. Maintenant elles sont une vingtaine et les mentalités ont changé. C'est passé dans les mœurs

Votre arrivée à la direction a-t-elle été bien acceptée par les employés de l'entreprise ?

Pour moi, ça se passe très bien et ça n'a jamais posé de problème, car j'ai toujours évolué dans ce milieu. Je travaille dans l'entreprise depuis les années quatre-vingt-dix. À l'époque j'avais 20 ans, j'étais jeune, j'étais la fille du patron et la seule femme. Entre les chauffeurs et le rugby, j'ai toujours évolué dans un milieu d'hommes. La moyenne d'âge était de 40 ans mais les chauffeurs étaient habitués à ma présence et je crois qu'inconsciemment j'ai adapté mon comportement au profil qui m'entourait. Quand j'ai pris la direction il y a eu un round d'observation. Il a fallu faire ses preuves. Mais mon père a bien fait les choses en y allant progressivement. Il m'a fait confiance et s'est effacé petit à petit. Au fur et à mesure, les employés m'ont acceptée et je suis reconnue dans la profession au même titre qu'un homme. Et puis avec mon frère on a la chance de travailler en binôme et c'est plus facile.

À votre avis, est-ce que les mentalités ont évolué dans le bon sens ?

Avant pour prétendre diriger une entreprise de transport, il fallait savoir conduire. Moi je n'ai jamais passé le permis de transport en commun car ce n'est pas indispensable pour moi. Le transport n'est plus de l'artisanat. Le métier a évolué et est devenu plus professionnel. La profession travaille depuis de longues années sur les problèmes homme-femme, en fait dès le moment où il y a eu pénurie de chauffeurs hommes et que nous avons constaté qu'il y avait beaucoup de femmes au chômage. D'autre part, les femmes ont des qualités complémentaires de leurs homologues masculins. Elles sont plus sensibles, plus psychologues aussi, notamment dans le transport enfant. De plus, en général, elles sont souvent plus bosseuses que les hommes et ont moins de problèmes d'ego.

On parle beaucoup de différence au niveau des salaires, qu'en est-il chez vous ?

À travail égal, il n'y a pas de différence. Là où ça se passe mal c'est quand il y a des hiérarchies importantes dans des grandes entreprises. On s'est posé la question de la parité mais c'est toujours compliqué pour les femmes. Les carriéristes décident de ne pas faire d'enfant pour évoluer. Pour les femmes c'est toujours un chemin un peu long.

Quel est votre ressenti par rapport à la place de la femme dans la société ?

On est toujours dans les préjugés, alors que ce problème devrait se régler dès l'enfance, que ce soit au sein de la famille, à l'école, dans les clubs de sport. À l'école, c'est toujours la maman qu'on appelle en premier. Ma fille voulait jouer au rugby mais elle a été mal acceptée. Il y a encore trop de réflexes liés au sexe. Les filles sont des princesses, les garçons des superhéros. Je suis sûre que si ma mère ne m'avait pas élevé comme elle l'a fait je n'en serais pas là et je la remercie pour ça. Il y a un travail de fond à faire dans la société. On aura gagné quand cette journée des femmes aura disparu.

Gisèle Dos Santos

Source : http://www.ladepeche.fr/article/2017/03/06/2530014-une-femme-dans-un-monde-d-hommes.html

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