Le transport routier fait sa révolution au gaz

Les Echos Les Echos - il y a 9 mois

Illustration : Transporteurs et entreprises manifestent un réel engouement pour les poids lourds au gaz naturel pour véhicule (GNV).

La motorisation des poids lourds au gaz semble être la seule technologie de substitution au diesel, à la fois performante, propre et rentable.

C'est une petite révolution technologique et écologique qui se prépare dans le transport routier de marchandises. Depuis peu, transporteurs et entreprises manifestent un réel engouement pour les poids lourds au gaz naturel pour véhicule (GNV), cantonnés jusqu'ici aux camions d'ordures ménagères. Cette motorisation se décline sous trois types de carburant : le gaz naturel liquéfié (GNL), le gaz naturel comprimé (GNC) capté sur le réseau du gaz de ville et le biogaz (biométhane), issu de la méthanisation des déchets alimentaires et végétaux.

Ainsi, le groupe de transport Jacky Perrenot s'équipe progressivement de 200 semi-remorques au GNL et au GNC et de 50 porteurs au GNC, à la suite d'une commande qualifiée d'« historique » auprès du constructeur Iveco. De son côté, Carrefour va doter ses transporteurs de 200 semi-remorques et porteurs au biogaz d'ici à fin 2017, pour livrer ses magasins à Paris, Lille, Lyon, Marseille et Bordeaux. Saint-Gobain Distribution Bâtiment France, distributeur de matériaux de construction, portera de 50 à 80 unités cette année sa flotte de camions GNV pour ses livraisons de chantier à Paris. « On assiste à une accélération des commandes de camions au gaz lié notamment à l'intérêt croissant des transporteurs routiers. La France devient le premier marché des poids lourds GNV en Europe », estime Clément Chandon, responsable Emea du développement des véhicules au gaz d'Iveco. « Depuis quinze ans, l'évolution de la technologie a permis de diviser par deux le surcoût industriel de ces véhicules », ajoute Julien Darthout, délégué général du Club Demeter, association d'entreprises qui planche sur la logistique durable.

Verrous technologiques
Les constructeurs les plus avancés ont surtout fait sauter « trois verrous technologiques » sur la puissance, l'autonomie et la compatibilité de la motorisation au gaz avec les boîtes de vitesses robotisées des poids lourds. Du coup, les camions GNV deviennent plus compétitifs vis-à-vis de leurs homologues au diesel. Les derniers modèles ont une puissance comparable de 400 ch. L'autonomie a été accrue à 400 kilomètres pour les véhicules au GNC et à 600 kilomètres pour ceux au GNL dont les modèles avec double réservoir peuvent faire jusqu'à 1.200 kilomètres ! La rentabilité semble aussi au rendez-vous. « Le surcoût à l'achat de 40 % en moyenne par rapport à un camion diesel est compensé par le prix du gaz moins élevé, car peu taxé, que celui du gasoil », explique Pascal Megevand, cogérant de Transport Megevand Frères, à l'initiative du projet Equilibre (associant 6 PME de transport), qui promeut par des expérimentations la transition énergétique du transport routier vers le gaz. Propres et silencieux, les véhicules GNV répondent aussi au durcissement de la réglementation des villes sur les livraisons urbaines. « Ils réduisent de 95 % les émissions de particules fines (NOx...) et de 10 à 15 % celles de CO2 que l'utilisation du biogaz permet d'abaisser davantage de 80 % ! » assure Julien Darthout. Seul problème : les poids lourds GNV nécessitent une infrastructure de recharge encore insuffisante sur le territoire.

Station de recharge
Néanmoins, le réseau tend à se développer et les initiatives à se multiplier. Sous l'impulsion de Lyreco, distributeur de fournitures de bureau, deux de ses prestataires TC Transports et Rave Transports ont investi un million d'euros pour créer une station de recharge au GNC à Digoin (Saône-et-Loire). Une vingtaine de semi-remorques s'y ravitaillent depuis fin 2016 pour livrer 17 plates-formes régionales du distributeur. De même, Carrefour créera cette année 9 stations de biogaz en coopération avec GNVert et Air Liquide pour les camions GNV de ses transporteurs. « Le gaz est la solution adéquate pour des poids lourds plus propres. Elle est plus simple et moins coûteuse que l'électrique ou l'hybride dont l'offre est quasi inexistante », conclut Julien Darthout.

Bruno Mouly

Source : https://www.lesechos.fr/thema/0211857096321-le-transport-routier-fait-sa-revolution-au-gaz-2072397.php

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