Transdev affiche ses nouvelles ambitions

Mobilicités Mobilicités - il y a 3 mois

Illustration : Le PDG de Transdev, Thierry Mallet. © DR

Le groupe a présenté des résultats 2016 contrastés même si son endettement est en baisse. Ainsi, l'activité régulée a connu une amélioration significative mais ses services commerciaux – autocar longue distance, taxis – plombent son résultat. Transdev mise sur l'amélioration de sa compétitivité et l'innovation pour gagner de nouveaux marchés en 2017 comme Lille.

"Une année 2016 correcte. Très bonne dans le transport public. Plus contrastée dans les services commerciaux", a résumé le PDG de Transdev, Thierry Mallet à l'occasion de la présentation des résultats du groupe. Le chiffre d'affaires (CA) s'établit à 6,7 milliards d'euros, en "légère hausse" (+1%), une évolution qui tranche avec les années précédentes où il était question de stagnation ou pire de décroissance.

Autre motif de satisfaction, le recul de la dette de 148 millions d'euros, à 592 millions, soit une division par trois depuis 2012. "Cela nous laisse une marge de manœuvre pour se développer", a souligné Thierry Mallet. Transdev s'est donné pour objectif d'atteindre une croissance de 5% sur tous ses métiers d'ici à 2020.
 
Des activités BtoC en souffrance
 
Mauvais nouvelle, le résultat opérationnel courant est en baisse, et s'élève à 124 millions en 2016. Si l'amélioration des activités régulées et contractées, qui représentent 85% du CA du groupe, est significative par rapport à 2015 (+25 millions d'euros), en revanche, l'évolution est négative sur le BtoC (-25 millions) et les "efforts sur les nouveaux produits" (-23 millions).
 
Transdev souffre notamment d'une "concurrence frénétique" de son service de taxis aux États-Unis, et de l'autocar longue distance en France. "Les acteurs sont prêts à tout pour gagner des parts de marché", a souligné Thierry Mallet. Or, ce n'est pas la stratégie choisie par Transdev qui a fait de la "croissance rentable" une priorité. Le résultat net part du groupe est ainsi en léger retrait à 66 millions d'euros en 2016, soit 1% du CA.
 
Des contrats emblématiques gagnés
 
L'année 2016 a notamment été marquée par le gain de contrats pour un montant total de 200 millions d'euros. Par exemple,

Artois-Gohelle, 6e périmètre de transport urbain en France, qui représente un chiffre d'affaires cumulé de 440 millions d'euros sur sept ans. "C'est le plus gros contrat offensif gagné depuis la fusion" Veolia-Transdev, a souligné le directeur financier du groupe, Marcos Garcia. A l'étranger, le groupe a notamment remporté le contrat de bus de la région d'Amsterdam (AML) qui prévoit d'acquérir une centaine de véhicules électriques à la fin de l'année 2017, et au total, 250 à partir de 2021, soit 90% du parc. Avec le réseau d'Eindhoven, le groupe français disposera de la plus large flotte zéro émission d'Europe, et se positionne ainsi comme le leader du bus électrique sur le continent.
 
En 2016, Transdev a également réalisé deux acquisitions importantes : Urbis Park, 4e opérateur de stationnement en France avec 70.000 places gérées. Le groupe figure désormais à la troisième place avec 130.000 places, ce qui lui permet de proposer aux autorités organisatrices, une offre élargie de mobilité. En outre, Transdev a pris le contrôle à 100% de Harbour City Ferries (Australie) qui réalise 80 millions d'euros de chiffre d'affaires par an.
 
L'actionnaire historique, la Caisse des dépôts, a racheté 20% des parts de Veolia et est monté au capital de Transdev à hauteur de 70%. Les deux entités comptent développer des projets communs dans le domaine de la ville durable (smart city). Aujourd'hui, le groupe est à la recherche d'un nouvel actionnaire pour remplacer Veolia qui détient encore 30% du capital. Pour Thierry Mallet, l'idéal serait de trouver un partenaire financier et un opérateur industriel "qui va nous aider à progresser dans les nouvelles mobilités". Un constructeur automobile peut répondre à ce profil, a admis le PDG.
 
Des appels d'offres en bataille
 
Autre objectif en 2017, être conquérant pour gagner de nouveaux contrats. En France, le groupe est candidat pour la liaison CDG Express, le Grand Paris Express, et à plus brève échéance, à Caen et Lille. Pour ce dernier marché, la Métropole européenne de Lille a déclaré l'appel d'offres infructueux fin 2016. Transdev, qui est opposé au sortant Keolis, a remis sa nouvelle offre le 31 janvier. L'enjeu est de taille : en cas de victoire, ce serait le réseau le plus important exploité par l'opérateur. Cependant, le groupe n'est pas prêt à remporter ce contrat à n'importe quel prix...
 
A un horizon plus lointain (2020-2021), le groupe, qui a des activités ferroviaires notamment outre-Rhin, regarde de près l'ouverture à la concurrence dans les TER. "Je ne suis pas favorable à un grand soir, mais à une ouverture progressive et concertée avec tous les acteurs comme cela s'est fait en Allemagne", a glissé Thierry Mallet qui a d'ores et déjà indiqué qu'il comptait défendre cette position auprès de l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP).
 
A l'étranger, Transdev compte également remporter des marchés dans plusieurs pays où le groupe est déjà présent – Allemagne, États-Unis, Australie, Pays-Bas et Suède. L'opérateur vise également le Moyen-Orient, et notamment Doha au Qatar où il a répondu à l'appel d'offres pour le métro automatique.
 
Un travail sur l'offre isilines
 
L'année 2017 sera également consacrée à la poursuite de ses efforts en matière de compétitivité, en particulier, sur les services commerciaux comme celui des taxis aux États-Unis. Le groupe, concurrencé par Uber, est contraint de réajuster son offre, voire de vendre ses activités comme à Denver où son service n'avait pas atteint la taille critique.
 
Idem en France sur son activité d'autocar longue distance isilines-Eurolines. Transdev, qui souhaite maintenir cette offre, table aujourd'hui sur un équilibre en 2019. Tout le problème porte sur le cash qui aura été consommé entre-temps. C'est pourquoi le groupe, qui s'est lancé le premier en juillet 2015, a concentré son activité sur "les lignes les plus créatrices de valeur" au lieu de multiplier les dessertes, et les pertes comme ses concurrents. Résultat, un tiers de l'offre seulement concerne des lignes régulières ; un tiers, les trajets du week-end et un tiers, le saisonnier.
 
En outre, Transdev réclame une concurrence loyale entre les acteurs. Fin 2016, le groupe a ainsi saisi l'Autorité de la concurrence à l'encontre de la SNCF pour abus de position dominante de sa filiale OUIBUS. Le groupe, qui a été auditionné fin mars 2017, demande des mesures conservatoires afin que la SNCF ne puisse plus recapitaliser OUIBUS.
 
Un futur de la mobilité plus performant
 
Enfin, Transdev s'est fixé pour objectif d'accélérer dans le domaine de l'innovation. Cela passera par une ouverture de plus en plus importante de son département Digital Factory sur l'extérieur, a expliqué Thierry Mallet. Transdev envisage ainsi l'acquisition d'entreprises comme de technos, d'investir dans des start-up, mais aussi de nouer des partenariats. Par exemple, le contrat de recherche signé avec Renault-Nissan en février 2017 consiste à développer de solutions de mobilité avec des voitures autonomes. Dans ce cadre, Rouen va lancer l'expérimentation d'un service de transport à la demande (TAD) avec des voitures électriques ZOE autonomes.
 
Le groupe mise d'ailleurs sur le développement du TAD pour optimiser les réseaux de transport public. Par exemple, l'offre Chronopro vise à répondre à la problématique des derniers kilomètres dans les zones d’activités. Des rotations sont organisées avec des minibus pour acheminer les voyageurs jusqu’à leur entreprise à partir d'arrêts positionnés à proximité de lignes fortes de transport collectif. Déployé à Vitrolles en août 2016, ce service a permis d'augmenter la fréquentation de 42% tout en baissant le temps de trajet moyen de 48% et surtout le nombre de kilomètres produits de 84%, selon Transdev.
 
Le groupe va également poursuivre le Living Lab eBus avec ses clients et partenaires, constructeurs et universitaires qui lui a notamment permis de tester des bus électriques dans toutes les conditions d'exploitation. L'enjeu final ? Dimensionner et opérer de façon optimale des flottes de véhicules électriques. En particulier, Transdev a mis au point un logiciel qui permet de modéliser le fonctionnement d'une telle flotte qui prend en compte les différentes problématiques comme la gestion de la recharge – retours au dépôt, temps de conduite, etc...
 
Enfin, l'innovation sera connectée. Transdev mise sur développement de solutions MaaS (Mobility as a service) qui consistent à offrir – en un seul abonnement, sur une seule plate-forme et via une seule application mobile – toutes les offres de transport disponibles dans une agglomération. Une version bêta a été lancée à Helsinki. L'appli Moovizy, déployée à Saint-Étienne, représente aussi une première étape vers cette mobilité tout-en-un.  Pour y parvenir, tout l'enjeu est d'avoir accès aux données des différents opérateurs – publics comme privés.

Ainsi, le groupe a lancé, début 2017, Catalogue avec La Fabrique des mobilités, une plate-forme open data et open source destinée à agréger toutes les données transport disponibles. Si l'outil devient le "Wikipédia de la donnée de transport", comme le souhaite le directeur de la performance et du digital de Transdev, Yann Leriche, le groupe pourra alors proposer de nouveaux services qui amélioreront l'expérience client.

 
Florence Guernalec

Source : http://www.mobilicites.com/011-6058-Transdev-un-leader-accrocheur.html

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