Les nouveaux défis de Nantes Métropole

La tribune La tribune - il y a 24 jours

Réputée pour sa qualité de vie et son attractivité, la métropole nantaise se redimensionne pour accompagner son dynamisme démographique. Les défis urbains veulent éviter l'asphyxie et préserver le bien-être des habitants.

« L'attractivité, c'est bien mais absorber 6.000 habitants par an... Derrière, les équilibres urbains sont difficiles à tenir », explique l'écologiste Pascale Chiron, vice-présidente de Nantes Métropole en charge du logement social.

« On fait de la dentelle. On reconstruit la ville sur la ville, mais comment maintien-t-on ou améliore-t-on la qualité de vie des habitants, les transports et les services de proximité ? »

C'est tout l'enjeu de la septième ville de France, signataire d'un plan climat quantifié pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre de -30 % en 2020 et de - 50 % en 2030. Pour la première fois, les écologistes ont obtenu qu'il soit inscrit dans l'élaboration du prochain plan de déplacement urbain 2018-2027.

Les Busways, ces véhicules en site propre desservant le centre-ville et le sud de l'agglomération, vont être remplacés par des versions électriques. Dans le cadre du programme européen mySMARTLife, des expérimentations sont menées pour optimiser les consommations énergétiques, l'isolation des bâtiments, l'utilisation des matériaux... ou gagner de l'espace.

Une densification territoriale

Selon les prévisionnistes, la métropole devrait, d'ici 2030, compter 680 000 habitants, soit près de 75.000 de plus qu'aujourd'hui. Une croissance démographique essentiellement portée par son solde naturel.

« Ce sont principalement des jeunes qui veulent vivre ici après leurs études et les plus de 60 ans qui restent », indique Fabrice Roussel, vice-président de Nantes Métropole.

« 75.000 nouveaux habitants, ça veut aussi dire être en capacité de proposer 45.000 nouveaux emplois sur le territoire et des formations », ajoute-t-il.

En ce sens, suite à la récente labellisation I-Site Next, décrochée par l'Université de Nantes, l'École centrale, le CHU de Nantes et l'Inserm qui devrait donner une plus grande visibilité internationale au territoire, la métropole vient de décider de doubler le budget enseignement recherche. La présidente de Nantes Métropole, Johanna Rolland, ne s'en cache pas. Elle veut amplifier le mouvement pour redessiner la ville et lui donner une véritable dimension européenne.

À travers l'actuelle restauration du Musée des Beaux-Arts, la création d'une nouvelle gare SNCF multimodale bordée d'un écrin de verdure où sera bannie la voiture, le transfert du Marché d'intérêt national (MIN) pour libérer l'espace nécessaire à l'édification du futur CHU et d'un pôle santé sur l'île de Nantes en cours de réhabilitation, l'aménagement des bords de Loire, la création d'un nouveau franchissement sur le fleuve, etc.

Près d'un an d'investissement pour les transports

« La métropole fait des choix structurants et stratégiques pour donner un vrai coup d'accélérateur. Les questions de transport sont révélatrices du moment où l'on est », explique Johanna Rolland au regard du renouvellement des premières rames de tramway, lancées en 1985, devenues obsolètes et exiguës.

La collectivité vient ainsi de mettre la main à la poche à hauteur de 230 millions d'euros pour acquérir 61 rames de tramway pouvant accueillir 20 % d'usagers supplémentaires, de décider la construction d'un centre technique pouvant accueillir des rames de 45 mètres, d'un pôle d'échanges multimodal, d'un parking relais, etc. à l'horizon 2020-2021. C'est presque l'équivalent d'un an d'investissements pour la collectivité. Dans moins de quinze ans, plus de 270.000 déplacements quotidiens supplémentaires sont attendus sur la Métropole, s'ajoutant aux 2,3 millions de déplacements actuels, tous modes confondus recensés. Le défi est non négligeable. D'autant que la place de la voiture reste forte (63%).

Résultat, certains habitants du nord de l'agglomération refusent des emplois au sud et inversement.

« Que ce soit pour des postes en intérim, des CDD ou des CDI, tous les jours, nous avons des refus. Quand ils acceptent, ils reviennent nous voir en disant qu'ils ne souhaitent pas renouveler... Les gens ne parlent plus en distance acceptable mais en temps de trajet. Quand ils ajoutent les coûts de carburant, les difficultés de garde d'enfants... le déséquilibre vie privée/vie professionnelle est tel qu'ils abandonnent. C'est dommage, on prive de compétences les secteurs de l'industrie et de l'informatique qui souffrent de pénurie », raconte Virginie Estève-Struillou, directrice de deux agences de services en ressources humaines Randstad, à Nantes et Ancenis.

« Nous ne sommes plus dans le métro-boulotdodo des années 1950. L'étalement urbain, la diversification des motifs de déplacement ou encore l'émergence du tourisme urbain nous obligent à revoir notre offre de transport pour nous adapter aux nouveaux besoins des usagers, notamment en termes de mobilité nocturne, ce qui n'est pas sans incidence sur le dialogue social », observe Alain Boeswillwald, directeur général de la TAN (Société d'économie mixte des transports en commun de l'agglomération nantaise).

L'économie et l'écologie en priorité

« Nous sommes face à trois grands enjeux », précise Bertrand Affilé, vice-président de Nantes Métropole en charge des transports et vice-président de la TAN.

« Faire face à l'augmentation de la fréquentation, gérer la saturation sur certaines lignes de tram, de Chronobus et du Busway et favoriser les déplacements en rocade, de périphérie à périphérie... pour éviter de repasser par le centre-ville. »

Dans une agglomération où l'on construit 6.000 logements neufs par an, l'espace est une denrée rare. À l'instar du Marché d'intérêt national, deuxième de France après Rungis, qui sera transféré en 2018 de l'île de Nantes à Rézé, à la périphérie sud de l'agglomération pour libérer de l'espace pour le futur CHU. Ce chantier « d'exception » illustre, à lui seul, les ambitions et les défis économiques, urbains, écologiques et territoriaux de la septième ville de France.

« Il démontre la capacité du territoire à transformer des contraintes en opportunités », remarquait Pascal Bolo, président du MIN et vice-président de Nantes Métropole en charge des finances et de l'évaluation des politiques publiques, à l'occasion de la pose de la première pierre du MIN, le 17 mars dernier.

Porté par Nantes Métropole, l'investissement s'élève à 143 millions d'euros. Dont 9,5 millions amenés par l'État dans le cadre du pacte État-Métropoles, voulu pour « conforter les métropoles dans leur développement durable, leurs démarches innovantes et leur rôle dans l'alliance des territoires ». Le MIN, c'est tout cela à la fois. Outre le transfert de 109 entreprises et 1200 emplois, il s'agit de faire naître ici le premier pôle alimentaire territorial du grand Ouest sur 55 hectares et de faire émerger une dynamique de filière. Acteur économique et écologique, le MIN sera recouvert par 32.000 m2 de panneaux photovoltaïques produisant 5GWH par an, soit la consommation de 2.000 foyers, qui lui permettront d'être « le plus autonome possible ».

« On ne peut plus aménager la ville comme avant sans prendre en compte la transition énergétique, sans production d'énergie renouvelable », se satisfait Julie Laernoes, vice-présidente de Nantes Métropole en charge des transitions énergétiques et du développement durable.

Le MIN sera, de fait, la plus puissante installation solaire en toiture du Grand Ouest. Nantes entre dans une nouvelle dimension. La ville aurait tout d'une grande, sauf peut-être... un aéroport digne d'une métropole européenne. Dont le projet de transfert vers Notre-Dame-des-Landes demeure suspendu à l'évacuation de la ZAD (Zone d'aménagement différée) promise par Manuel Valls... Une décision encalminée par le débat des présidentielles, qui avait mis la ville sens dessus dessous au cours de l'hiver.

Un autre défi pour l'alliance des territoires

Crédits photo : DR

Source : http://www.latribune.fr/regions/smart-cities/les-nouveaux-defis-de-nantes-metropole-675865.html

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