Gaz renouvelable : tous les feux sont au vert

liberation.fr liberation.fr - il y a 1 mois

Illustration : Station de méthanisation dans une exploitation agricole à Limoise (Allier), en juillet 2015. Photo Richard Damoret. RÉA

[Extraits] Le biométhane, ami du climat et prometteur en termes d’emplois et d’indépendance énergétique, conquiert entreprises et collectivités et arrive doucement chez les particuliers.

Dans l’imaginaire collectif, les énergies renouvelables se résument souvent au solaire, à l’éolien, à la production d’électricité. Mais saviez-vous que le gaz, lui aussi, peut être d’origine renouvelable (issu de ressources inépuisables, contrairement aux énergies fossiles et fissiles) ? Que ce gaz vert peut parfaitement servir à nous chauffer, cuisiner, produire de l’électricité ou faire rouler nos véhicules, et ainsi remplacer pétrole, gaz d’origine fossile, fioul ou nucléaire ? En France, la filière toute récente du biométhane, en plein essor, semble promise à un bel avenir. De plus en plus de collectivités et d’entreprises en consomment et voici qu’arrivent les premières offres pour les particuliers. Avec, à la clé, moult avantages.

Pourquoi est-il en plein essor ?
L’injection de biométhane dans le réseau de gaz, autorisée depuis 2011 seulement, croît très vite. En France, il existait 26 sites d’injection fin 2016 (contre 17 fin 2015) pour une production totale de 215 GWh, équivalent à la consommation de 18 000 logements ou 1 000 bus. En mars, on comptait déjà six sites de plus. Les pouvoirs publics ne sont pas étrangers à cette envolée. Ils voient dans cette énergie renouvelable de multiples avantages : baisse des émissions de gaz à effet de serre (GES), meilleure gestion des déchets, moindre dépendance du pays aux importations de gaz, complément de revenus pour les agriculteurs, créations d’emplois… La filière biométhane pourrait créer «de 2 000 à 3 000 emplois directs non délocalisables à l’horizon 2020», estimaient en février plusieurs gros acteurs, dont GRDF, le principal distributeur de gaz en France. Pour l’ensemble de la filière biogaz, le chiffre grimpe à «plus de 10 000 emplois de développement-construction et près de 5 000 dans l’exploitation et la maintenance». De quoi, au-delà des grands groupes comme Engie, profiter à des PME comme Chaumeca (Nord) ou Prodeval (Drôme). La filière étant toute jeune, le coût de production reste élevé (quatre à cinq fois le coût du gaz fossile importé). Pour l’aider à décoller, l’Etat la soutient en assurant aux producteurs de biométhane (agriculteurs, industriels, collectivités…) la vente de leur gaz à un tarif avantageux, garanti pour quinze ans. La loi de transition énergétique de 2015 fixe, elle, un objectif de 10 % de gaz renouvelable consommé en 2030. «Le potentiel, à terme, est encore bien plus élevé : on pourra remplacer quasiment tout le gaz naturel fossile par du biométhane, dont le coût est appelé à baisser», assure Christophe Bellet, chez GRDF. D’ici 2050, les déchets méthanisables pourraient fournir 56 % du gaz circulant dans le réseau de distribution national selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), voire 73 % selon GRDF. Ces deux acteurs ont demandé au cabinet d’experts Solagro d’étudier comment atteindre 100 % de gaz renouvelable en 2050 en France. Pas si irréaliste : à partir de 2020-2030, il sera possible de produire du biométhane à partir de biomasse sèche (notamment de bois, par gazéification), de microalgues ou d’électricité d’origine renouvelable («power to gas»).

La consommation suit-elle ?
En 2016, le biométhane ne représentait certes qu’un minuscule 0,05 % de la consommation française de gaz. Mais ce chiffre était en hausse de 146 % sur un an. Aujourd’hui, les consommateurs de gaz vert sont quasi exclusivement des collectivités et entreprises. Et son principal usage est le biométhane carburant, aussi appelé BioGNV. En plus des stations privatives, une quarantaine de stations publiques de gaz naturel pour véhicule (GNV) en proposent, selon l’Association française du GNV. Et les ouvertures se multiplient en 2017, notamment de la part d’Engie et de sa filiale GNVert. La ville de Lille fait rouler ses bus avec du gaz renouvelable produit par son propre Centre de valorisation organique (CVO) des biodéchets collectés auprès des ménages, espaces verts et cantines. Paris, où la RATP fait déjà rouler la ligne de bus 24 avec ce carburant, a lancé le 4 mai la collecte des déchets alimentaires des particuliers, pour produire compost et biogaz. L’accès des véhicules polluants aux centres-villes devenant un casse-tête, nombre de transporteurs routiers, mais aussi Ikea, Monoprix, Picard ou Biocoop, font désormais rouler leurs flottes de camions au BioGNV. Idem pour Carrefour, qui a inauguré en avril une station ad hoc en Seine-et-Marne, en partenariat avec Air Liquide, en attendant une dizaine d’autres dans l’année.

Coralie Schaub

Source : http://www.liberation.fr/futurs/2017/05/10/gaz-renouvelable-tous-les-feux-sont-au-vert_1568684

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