InOui, le pari risqué de la SNCF

Ville, Rail & Transports Ville, Rail & Transports - il y a 7 mois

Diffusée le vendredi 26 mai, à cause d’une fuite qui a mis en fureur la direction de la SNCF, l’info a fait le buzz le samedi et dimanche du pont de l’Ascension.

  Buzz largement négatif, l’entreprise n’ayant pas eu le temps de donner le mode d’emploi d’une décision qui ne va pas de soi. Tout le week-end on a hésité entre abandon du TGV et simple lancement d’une nouvelle marque… « TGV reste TGV » tweete Rachel Picard. Sasn doute, mais que vient alors faire inOui dans l’affaire ? La présentation officielle du lundi 29 mai a permis de rattraper tant bien que mal une affaire mal partie, d’expliquer la stratégie de l’entreprise et de montrer la livrée et le logo des trains dédiés au nouveau service. Les trois lettres de TGV sont tojours présentes sur les matériels. En tout petit. Le logo TGV argenté, qui s’était fait de plus en plus discret au fil du tempos, disparaît. Le logo inOui s’affirme en gris et rouge sur le fond blanc des motrices, et en blanc et rouge sur le fond noir du bas des remorques.

« On va donc continuer à prendre le TGV, insiste Guillaume Pepy : on monte toujours dans le TGV, on est dans le TGV ». Pas question d’entraver un usage depuis tant d’années installé. Mais, ce qui devient accessible commercialement, ce qu’on va acheter, c’est un billet inOui, pour un ensemble de services garantis par le nouveau label. Cela commence quasiment tout de suite, le 2 juillet, avec l’ouverture de la nouvelle ligne Paris - Bordeaux. Puis Paris - Lyon va suivre. Pas étonnant, c’est la relation qui a servi, avec succès, de laboratoire aux nouveaux services. Puis, à la fin de l’année un peu plus tard ce sera Lille. Strasbourg suivra et fin 2018, Rennes, Marseille, Lille, Metz et Nancy. Au bout du compte, iDTGV disparaissant, ne devraient plus subsister que Ouigo et inOui. Ouigo, qui représente 5 % de l’offre TGV aujourd’hui et doit en représenter 25 % en 2020. inOui devra alors, au bout d’un chantier de deux ans et demi, occuper les 75 % restant.

Sur chacune des lignes concernées, le changement de nom doit sanctionner un saut de qualité : aménagements intérieurs, qualité de service, Wi-Fi gratuit à bord. Tout un ensemble jusqu’à présent concocté dans l’entreprise sous le nom de code TGV Plus. Et, souligne Guillaume Pepy, le passage à inOui ne se traduira pas par une augmentation de tarifs. Certes, pour la première relation concernée, Paris - Bordeaux, ce sera le cas (10 euros de plus en moyenne), du fait du gain de temps d’une heure sur le trajet. Mais, pour la suite, la SNCF confirme la tendance à la stabilité des prix, et même à la baisse puisque, au cours des deux dernières années le prix moyen de la place TGV a baissé de 6 %.

La SNCF doit consacrer en tout 2,5 milliards d’investissements au déploiement du nouveau service. Le plus lourd vient des commandes de nouveaux trains (1,5 milliard), le digital (300 millions) ; mais il y a aussi la formatiode 500o agents, ou l’installation progressive des portiques de contrôle des billets sur les quais, qui, justement , doivent libérer les contrôleurs pour des missions d’accueil ou de conseil à bord. Et, véritablement, d’accompagnement du client, à qui, assure Rachel Picard, on ne manquera pas de souhaiter le jour venu son anniversaire. Ca se passe comme ça chez Mc Donald’s, et il faut croire qu’il y des gens qui aiment ça.

On comprend où veut en venir la SNCF. Face aux futurs concurrents, occuper grâce à Ouigo le marché de la grande vitesse low cost. Et, grâce à inOui, offrir le meilleur service. Avec l’ambition de faire connaître au voyageur une expérience inoubliable du voyage… On comprend, mais fallait-il pour autant, comme le dit Guillaume Pepy, « donner un nom à ce qui n’en avait pas » ?

Car le produit phare connu de tous en France et connu dans le monde entier, c’est le TGV. Guillaume Pepy le dit d’ailleurs, il vient en tête des inventions récentes préférées des Français, après le four à micro onde, le téléphone mobile et l’ordinateur portable… Certes, ce n’est au départ pas une marque, plutôt un simple sigle, et on a vu depuis des années les communicants ou les gardiens de la marque s’efforcer en vain de faire dire « TGV » quand les gens tout bonnement prennent « le TGV ». C’est un peu cet échec que sanctionne le nouveau nom. Faute d’avoir pu imposer dans l’usage « TGV », pourtant marque déposée, on se résout à observer qu’il s’agit d’un nom générique. Comme frigidaire. Or ces trois lettres pourront aussi bien, avec la concurrence, désigner les trains et les services de la DB ou de Trenitalia en France. D’où la nécessité de lancer une marque...

Pas sûr que ce raisonnement soit imparable, d’autant que la concurrence n’est peut-être pas, dans la grande vitesse, un danger massif et menaçant. Et après tout, chaque voyageur aérien prend tout simplement l’avion et ce terme générique ne l’empêche pas de distinguer Air France, Emirates ou Lufthansa. Surtout, le nom retenu étonne. InOui, cela promet un voyage exceptionnel. Mais ce qu’on demande à la SNCF, est-ce de l’exceptionnel ? Ne s’agit-il pas, d’abord, de trains qui partent à l’heure, arrivent à l’heure, ne tombent pas en panne, offrent de bonnes correspondances, ne soient pas trop chers, et dont les tarifs soient clairs et compréhensibles par tous ?

Pas de chance, samedi soir, le TGV qui ramenait après la finale de la Coupe de France, les footballeurs et les supporters d’Angers dans leur ville est tombé en panne quasiment toute la nuit. « Inoui, comme on dit à la SNCF », se sont amusés les commentateurs…

F. D.


Source : http://www.ville-rail-transports.com/content/24434-InOui-le-pari-risqu%C3%A9-de-la-SNCF

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