Mais qui est Marfina, ce groupe espagnol qui pourrait détrôner Keolis à Montbéliard ?

Mobilettre Mobilettre - il y a 5 mois

Notre récit d’un appel d’offres très révélateur des tensions contemporaines entre les logiques de proximité et de marché.

C’est un suspense franc-comtois à la sauce catalane. Exploitant des transports de Montbéliard depuis quarante ans, KPM (Keolis Pays de Montbéliard) devrait logiquement laisser la place demain soir, lors d’un conseil d’agglomération extraordinaire, à un quasi inconnu sur le marché hexagonal, Marfina, sorti vainqueur de la procédure d’appel d’offres à laquelle participait aussi Transdev. Mobilettre emploie prudemment le terme «devrait», car l’hypothèse fait grand bruit aussi bien localement qu’au sein des deux groupes, marris de se faire éconduire par un concurrent étranger et dans l’espoir que la tendance s’inverse in extremis. L’Europe, c’est bien quand on gagne à l’extérieur, c’est moins bien quand on perd à domicile…

Concrètement, plusieurs élus s’émeuvent de la situation et pressent le président de l’agglomération de reporter l’attribution du contrat. Pas simple, d’autant que le préfet, responsable du contrôle de légalité, doit donner son aval à une telle décision.

Si la holding Marfina, immatriculée en Catalogne, environ 500 millions d’euros de chiffre d’affaires, est inconnue au bataillon en France, sa marque Moventia vient de s’illustrer au sein du groupement Smoovengo qui a vaincu JC Decaux sur le marché du renouvellement des Vélib parisiens. Vieux groupe familial, Marfina est l’un des trois principaux opérateurs de transport public espagnols, avec Alda et Avança, à la fois dans l’urbain, l’interurbain et les mobilités partagées. Bien placé en Catalogne (en banlieue de Barcelone et sur la desserte de son aéroport, à Lérida et à Sitges notamment), il exploite aussi le réseau de Pampelune, et à l’étranger s’est déjà projeté à Helsinki.

Mais pourquoi diable aller à Montbéliard? Certes, le modèle contractuel de la DSP est assez similaire de la concession espagnole (avec les investissements en matériel roulant en moins), et la volonté des élus locaux de proposer des services d’autopartage et de vélopartage correspond bien aux efforts de diversification du groupe. Mais de là à affronter le sortant historique et son challenger Transdev…

En réalité, Marfina semble avoir bien analysé la situation, évalué une certaine lassitude des élus, désireux de booster leurs services de mobilité, et profité de l’élargissement du PTU à 72 communes, qui modifie de fait la donne en matière de réponses. Impossible de connaître à ce stade les différences d’offres financières; le groupe espagnol a-t-il réduit au minimum ses coûts de structure pour faire une offre mieux-disante?

Une partie du réseau est interurbaine, et selon nos informations Marfina aurait conclu un accord avec un opérateur local qui attesterait de sa volonté de s’ancrer solidement dans le territoire. La tactique, plutôt maligne, devrait mettre un peu d’animation dans la profession, car les actuelles entreprises sous-traitantes de KPM, inquiètes, sonnent le tocsin de la mobilisation…

Gilles Dansart

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