Ce que révèlent les chiffres des cars Macron

Mobilettre Mobilettre - il y a 2 mois

Deux leaders à touche-touche et des stratégies désormais bien distinctes: voici les deux principaux enseignements que l’on peut tirer des chiffres officiels (source Arafer) du premier trimestre 2017 sur les services librement d’organisés (SLO, dits cars Macron), et des informations que nous avons pu recueillir en complément, car le régulateur respecte la confidentialité de certaines informations.

Passons sur un premier communiqué de presse de Flixbus abusivement victorieux: en une petite heure l’entreprise allemande est passée de 800000 passagers transportés sur la période à 600000, soit «environ 45% du total». L’approximation «environ» a sa petite importance symbolique, car selon nos informations, Ouibus a atteint quant à lui 590000 passagers. On peut donc dire que les deux concurrents, en volume, sont à égalité aux environs de 44%. Sur cet indicateur de volume de l’offre, Isilines est bien distancé.

La stratégie Ouibus consiste clairement à densifier son offre, notamment par des fréquences accrues. Il n’est donc pas étonnant que la filiale de la SNCF alliée à Starshipper fasse désormais la course en tête sur le nombre de départs: 44% du total, contre 34% à Flixbus et 19% à Isilines. Flixbus a quant à lui choisi un maillage fin, avec de très nombreuses villes desservies (deux tiers du total, 56 villes en exclusivité), au détriment de la fréquence.

Si le taux global de remplissage s’améliore un peu (44% selon la nouvelle méthodologie qui prend en compte les passagers internationaux), l’augmentation des tarifs a connu une pause par rapport au dernier trimestre, même s’il faut la moduler: les lignes en concurrence avec d’autres modes bénéficient de tarifs globalement plus bas.

Vers l’équilibre économique, mais lequel?
Réunis à Lille jeudi 15 juin par le réseau Réunir (les PME de l’interurbain) pour une table ronde conclusive en présence de Bernard Roman, président de l’Arafer, les dirigeants des trois opérateurs de SLO ont débattu de façon constructive sur l’avenir de leurs activités, tout en échangeant quelques piques discrètes, notamment sur la question de l’équilibre économique. «Nous l’atteindrons en 2018», a promis Yvan Lefranc-Morin de Flixbus. «Mais que signifie l’équilibre économique si l’on n’envisage pas celui des sous-traitants?», a rétorqué en substance Roland de Barbentane de Ouibus, lui-même confronté aux difficultés de trésorerie de quelques adhérents de Starshipper. «Je ne peux pas garantir l’équilibre ligne par ligne, mais de façon globale Flixbus et ses partenaires seront à l’équilibre en 2018», a confirmé Yvan Lefranc-Morin, imité par Hugo Roncal, d’Isilines, très mécontent des rumeurs sur une nouvelle réduction du nombre d’opérateurs… qui se ferait à ses dépens. «Nous maintenons notre stratégie de rationalisation, et nous serons à l’équilibre en 2018», a-t-il affirmé avec force.

Difficile de faire le juge de paix. Le marché est loin d’être stabilisé, et la férocité de la concurrence conduit à des tensions persistantes sur les tarifs et les adaptations d’offres qui rendent toute projection bien difficile. L’été 2017 sera de grande importance: si la reprise économique se confirme, et si leurs stratégies respectives sont efficaces, les opérateurs pourraient enfin trouver un peu d’air dans une activité sensible à tous les signaux.

Les appétits de l’Arafer
Bernard Roman l’a révélé à Lille, jeudi 15 juin, lors de cette conférence Mobilité organisée par Réunir (lire ci-dessus): il a proposé à la ministre Elisabeth Borne que l’Arafer devienne le régulateur des activités de covoiturage (BlaBlaCar). Selon nos informations, il aurait également suggéré de se voir attribuer dans ses compétences le contrôle des activités aériennes et aéroportuaires.

Gilles Dansart

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