Un nouveau souffle pour les transports publics

Mobilités Magazine Mobilités Magazine - il y a 3 mois

Illustration : Thierry Mallet ©JF Deroubaix

Tout en poursuivant les chantiers sur l’ouverture à la concurrence du rail, Thierry Mallet, élu president de l’UTP (Union des Transports Publics et Ferroviaires) le 8 juin dernier, entend redorer l’image du transport public en l’ouvrant aux nouveaux acteurs de la mobilité.

Mobilités Magazine : Après avoir effectué une bonne partie de  votre carrière chez Suez, vous avez été nommé en quelques mois Pdg de Transdev et président de l’UTP. Comment expliquer cette ascension fulgurante dans le secteur du transport ?
 
Thierry Mallet : J’ai été élu à la présidence de l’UTP le 8 juin dernier, neuf mois jour pour jour après avoir été nommé Pdg de Transdev. Je prends cette présidence dans le cadre d’une alternance de gouvernance après Keolis. Ce système, en place depuis 2009, est vertueux. Il permet d’éviter l'appropriation de l'UTP par une composante tout en garantissant une continuité des politiques. A ce titre, je voudrais rendre hommage à mon prédécesseur Jean-Pierre Farandou (Pdg de Keolis, Ndlr) qui a mené à bien les Etats généraux de la mobilité durable, un travail que nous allons fertiliser durant les deux prochaines années. 
 
M. M. : Quels seront les chantiers prioritaires de votre mandat à la tête de l’UTP ?

T. M. : Les Français consacrent en moyenne une heure par jour à leurs déplacements. Une des premières priorités est donc de donner un nouveau souffle aux transports publics et de redorer leur image. Cela passe par l’ouverture aux nouvelles mobilités. Grâce à l’évolution des statuts de l’UTP, les acteurs de la mobilité durable (opérateurs de stationnement, de vélos libre-service, auto-partage, services digitaux, taxis, etc.), qui exercent des activités en lien avec le transport public collectif de voyageurs urbain ou ferroviaire, peuvent désormais participer aux travaux de certaines de nos commissions en tant que membres partenaires, avant de devenir membres adhérents. Toujours lors de l’assemblée générale extraordinaire du 8 juin, l’UTP a en outre décidé de créer une nouvelle commission baptisée : « Nouvelles mobilités, villes de demain », présidée par Marie-Claude Dupuis, directrice Stratégie, Innovation et Développement du groupe RATP. Nous allons travailler sur les « déserts de mobilité », ces zones périphériques où il n’y a pas de transport public et où il faut deux voitures par foyer pour se déplacer.
 
Une autre priorité est la défense du modèle économique du transport public avec deux idées clés : la consolidation du Versement Transport (VT) et le retour à la TVA à 5,5 %. Si le gouvernement actuel n’a pas prévu de supprimer le VT, je préfère néanmoins que l’on prenne les devants en discutant avec le MEDEF qui avait soufflé l’idée de supprimer le VT à certains candidats à la présidentielle (François Fillon, Ndlr). Concernant la baisse de la TVA, ce serait un signal fort donné au transport public. Cette marge de manœuvre supplémentaire – de l'ordre de 300 millions d'euros par an –  n'aurait pas forcément pour objectif de baisser les prix, mais d'améliorer le service, en particulier dans les zones peu denses, qui sont complexes à desservir.

M. M. : Dans votre discours d’investiture, vous avez indiqué que l’UTP devrait s’attacher à poursuivre les chantiers engagés en matière de négociation de la convention collective de la branche ferroviaire. Où en sont ces chantiers aujourd'hui ? Que reste-t-il à faire ?

T. M. : Nous sommes l’Union des Transports Publics ET ferroviaires. L’accompagnement de l’ouverture à la concurrence du rail prévue en décembre 2019 pour l’open access et généralisée fin 2023 pour les TER, est donc une autre de nos priorités. Pour mieux préparer ce dossier important, la commission « Affaires ferroviaires » a été scindée en deux entités distinctes : une commission « Système ferroviaire », qui travaillera sur les sujets juridiques, techniques et économiques, et une commission « Affaires sociales » qui sera notamment chargée des questions sociales  et de sûreté. Concernant la convention collective nationale de la branche ferroviaire, nous  avons signé les volets champ, dispositions générales, contrat de travail, organisation du travail. Nous avons finalisé les discussions sur le volet relatif à la formation professionnelle, volet qui est actuellement ouvert à la signature des organisations syndicales. Il restera ensuite trois volets à élaborer et à négocier : la classification et la rémunération ; la prévoyance et le droit syndical. Cela représente encore dix-huit mois à deux ans de travail !
 
M. M. : L’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire est un sujet extrêmement sensible sur le plan social. Quels outils allez-vous utiliser pour préparer les esprits à cette échéance historique ?

 T. M. : Pour ce qui concerne les TER et les RER, l’ouverture du marché ferroviaire en France s’inscrit dans le cadre du règlement relatif aux obligations de service public. L’Obligation de Service Public (OSP) n’est pas liée au fait que l’opérateur soit public ou privé. Elle est définie contractuellement et en toute transparence dans un cahier des charges fixée par l'autorité organisatrice à l'opérateur, quel qu'il soit. On ne fait pas de la concurrence pour de la concurrence. L’objectif, c’est d’améliorer la qualité de service et de réduire le coût pour les clients-voyageurs comme pour les autorités organisatrices. Certes, nous sortons d’un monopole historique et beaucoup de choses vont être à créer, mais rien que nous n’ayons jamais fait dans d’autres secteurs. Dans le domaine urbain, la mise en concurrence pousse les opérateurs à se dépasser, à innover. Ce n’est pas un hasard si les entreprises françaises sont devenues les championnes internationales du transport public et si la Délégation de service public (DSP) est un modèle juridique qui s’exporte aussi bien. Par ailleurs, les pays, comme la Suède et l’Allemagne, où le transport ferroviaire est déjà libéralisé, seront autant de sources d’inspiration intéressantes.

L’ouverture à la concurrence sera un succès si elle est progressive et consensuelle. Nous avons déjà rencontré différents acteurs dont Régions de France, la DGITM qui prépare un projet de loi, les sénateurs Louis Nègre et Hervé Maurey qui élaborent une proposition de loi, l'Arafer et la direction générale du Trésor. Notre objectif : être en mesure de partager une position avec les autorités publiques pour engager ensuite un dialogue  avec les organisations syndicales, en particulier sur le volet social. L'UTP est favorable à une loi de préparation de l’ouverture à la concurrence afin qu'elle soit effective vers 2020-2021. Cela permettrait de s'appuyer sur des expériences limitées d'ouverture à la concurrence d’ici à fin 2023, date d'entrée en vigueur de la généralisation  de mise en concurrence, prévue par le quatrième paquet ferroviaire.

Marie-Noëlle Frison

Source : www.mobilitesmagazine.com
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