La révolution de la voiture autonome passe par le partage

Le Devoir Le Devoir - il y a 3 mois

Illustration : Si les véhicules autonomes ne sont pas mis au service de plusieurs utilisateurs à la fois, le nombre de déplacements pourrait grimper en flèche, ce qui ne réglerait rien au problème des bouchons de circulation.Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Une étude démontre que le remède à la congestion routière repose sur la lutte contre l’auto solo.

Pour plusieurs, le rêve de la voiture autonome, c’est celui de posséder un véhicule permettant de se déplacer sans avoir à prendre place derrière un volant. Mais pour que cette révolution du transport puisse se matérialiser, il faudra justement que les consommateurs renoncent à posséder leur propre voiture intelligente pour privilégier le transport en commun.

C’est ce que révèle un rapport publié en mai dernier[1] par l’Institut des politiques de transport et de développement (ITDP), une organisation internationale à but non lucratif, et l’Université de Californie à Davis (UC Davis). Il s’agit de la première étude à quantifier les impacts des changements qui pourraient bouleverser le monde du transport à l’horizon 2050.

Combiner les révolutions

Dans leur rapport, les chercheurs démontrent que la multiplication des véhicules électriques constituerait une avancée importante et que l’avènement des voitures autonomes le serait tout autant, mais que la solution consiste à jumeler ces deux révolutions, en y ajoutant la notion de partage.

 

« L’idée voulant que chaque citoyen ait besoin de son propre véhicule pour chaque déplacement est un désastre pour les villes, affirme Jacob Mason, chercheur à l’ITDP et coauteur de l’étude. Si les véhicules ne deviennent pas majoritairement partagés par des passagers effectuant le même trajet d’ici 2050, nos villes vont être étouffées par la congestion. »

Trois scénarios

L’étude de l’ITDP et de UC Davis a comparé trois scénarios susceptibles de refléter le monde du transport à l’échelle de la planète d’ici 2050.

Le premier est celui du statu quo, dans lequel nous continuerions à utiliser des véhicules à combustion au rythme actuel. Dans le deuxième scénario, les voitures électriques seraient beaucoup plus répandues d’ici 2030 et les véhicules autonomes deviendraient majoritaires d’ici 2040, mais la mentalité de l’auto solo demeurerait bien ancrée.

Finalement, le troisième scénario décrit un monde dans lequel les véhicules seraient à la fois électriques et autonomes, mais également partagés de manière efficace et jumelés aux modes de transport actif, comme la marche et le vélo.

Atteindre la cible de Paris

Les auteurs expliquent que, dans le deuxième scénario, la multiplication des voitures électriques et autonomes ferait diminuer les émissions de GES — à condition que l’approvisionnement en électricité se décarbonise —, mais que le nombre de véhicules sur les routes demeurerait le même que dans le premier scénario (2,1 milliards en 2050).

Le troisième scénario permettrait quant à lui de réduire les émissions de CO2 de 80 % par rapport au statu quo, tout en réduisant de 75 % le nombre de véhicules sur les routes.

Le rapport précise qu’en utilisant des véhicules à la fois électriques, autonomes et partagés, les États parviendraient vraisemblablement à atteindre la cible de l’Accord de Paris, qui vise à limiter la hausse des températures à 2 degrés Celsius par rapport au niveau préindustriel. Le deuxième scénario n’offrirait pas les mêmes garanties.

Limiter les déplacements

Le développement rapide de l’électrification des transports et des technologies entourant la voiture autonome fait miroiter un monde dans lequel la sécurité routière et la fluidité de la circulation augmenteraient drastiquement. Mais si ces véhicules ne sont pas mis au service de plusieurs utilisateurs à la fois, le nombre de déplacements pourrait lui aussi grimper en flèche, ce qui ne réglerait rien au problème des bouchons de circulation, indique l’étude.

Et lorsque les auteurs parlent de véhicules partagés, ils ne pensent pas à des voitures Uber transportant une personne à la fois, mais bien à des voitures ou à des minibus permettant à plusieurs passagers d’aller du point A au point B.

Changer les comportements

Le troisième scénario semble donc avantageux à tous points de vue : moins de véhicules sur les routes, moins de pollution et moins de coûts d’entretien des infrastructures routières. Pour devenir réalité, il nécessite toutefois une intervention musclée des gouvernements, qui devront décourager les consommateurs d’acheter leur propre véhicule électrique autonome, tout en accélérant le développement de services de transport partagés, comme des flottes de minibus autonomes.

Les pouvoirs publics ne devront donc pas seulement s’adapter à l’évolution rapide des technologies, laisse entendre l’étude, mais également s’attaquer à l’attachement de millions de citadins pour leur véhicule personnel.

Source : http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/504172/transport-la-revolution-de-la-voiture-autonome-passe-par-le-partage

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