Autocar : l’aéroport de Beauvais s’accroche à son juteux monopole

Les Echos Les Echos - il y a 2 mois

Pour l’heure, l’unique liaison par autocar entre Paris et l’aéroport de Beauvais reste le monopole d’une filiale de la Sageb, la société exploitant l’aéroport, détenue par la CCI de l’Oise et le groupe Transdev. - Philippe Turpin/Photononstop

Malgré le feu vert de l’Arafer, l’aéroport de Beauvais s’oppose par tous les moyens à l’arrivée de cars concurrents sur la desserte de Paris, avec l’aide de la mairie de Paris.

Est-il normal pour un aéroport desservant Paris de faire financer son activité par les usagers de l'unique moyen de transport public le reliant à la capitale ? Et ce en empêchant, par tous les moyens, d'autres opérateurs de desservir l'aéroport à moindre prix ? La réponse parait évidente. Et pourtant, ce curieux concept économique est le modèle défendu bec et ongle depuis vingt ans par les gestionnaires publics et privés de l'aéroport de Beauvais. Un modèle qualifié « d'atypique » par l'aéroport lui-même, qui lui a permis de devenir le troisième aéroport de Paris avec 4 millions de passagers, mais qui fait aujourd'hui eau de toutes parts, sous la pression des autorités - Cour des comptes, Conseil d'Etat et Arafer (Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières) - et des opérateurs de bus - Flixbus, Fréthelle et Ouibus - désireux de desservir l'aéroport de Beauvais depuis Paris.

Une ligne empruntée par deux millions de voyageurs

Pour l'heure, cette unique liaison autocar qu'emprunte la moitié des 4 millions de passagers de l'aéroport, reste le monopole d'une filiale de la Sageb, la société exploitant l'aéroport de Beauvais, détenue par la CCI de l'Oise et le groupe Transdev. La délégation de service public dont elle bénéficie[1] interdit à tout opérateur d'ouvrir une ligne concurrente à moins de 10 kilomètres du point de départ de l'actuelle navette, située Porte Maillot, à l'ouest de Paris. Avec un trajet à 15,90 euros, ses confortables bénéfices couvrent le coût des services aéroportuaires assurés à perte, afin de séduire les compagnies low cost, au premier rang desquelles Ryanair, qui assure 80 % du trafic.

85 millions d'euros de ristournes

L'aéroport de Beauvais peut ainsi afficher un compte d'exploitation « constamment bénéficiaire depuis 2000, sans recours[2] à aucune subvention d'équilibre ». Et ce tout en ayant renoncé à environ 85 millions d'euros de recettes aéroportuaires entre 2008 et 2014, « dont 78 millions au bénéfice de la seule compagnie Ryanair », selon un rapport de la Cour des comptes de juin dernier, qui a étrillé la gestion de le Sageb.

Feu vert de l'Arafer à la concurrence

Mais ce petit arrangement entre amis a pris un sérieux coup dans l'aile en mai, avec la décision de l'Arafer[3] d'autoriser Flixbus à desservir l'aéroport depuis le Cour des Maréchaux, à l'Est de Paris, située à plus de plus de 10 km de la Porte Maillot. La filiale française de l'opérateur allemand, créée dans la foulée de la loi Macron, promet 15 aller-retours par jour pour un tarif inférieur de 40 %. La filiale de la SNCF Ouibus et l'autocariste Fréthelle sont également prêts.

La mairie de Paris fait barrage

Mais malgré cette première victoire, un autre obstacle continue de se dresser sur la routes des autocaristes. Depuis janvier, un arrêté municipal de la Ville de Paris interdit aux autocars interurbains issus de la loi Macron de s'arrêter ailleurs qu'à la gare routière du Quai de Bercy, et à celle, en travaux, de la Porte Maillot. Deux points situés tout deux dans la zone d'exclusivité de la Sageb, qui n'a pas manqué de demander l'annulation du feu vert de l'Arafer.

Depuis, la situation n'a guère évolué. Si le Conseil d'Etat a rejeté en juillet le recours de l'aéroport, la mairie de Paris a refusé d'accorder la moindre dérogation à Flixbus et autres candidats à la desserte de Beauvais. « Pourtant, les bus Air France repris par Transdev peuvent desservir l'aéroport de Roissy-CDG depuis le centre de Paris, note l'un deux. On nous a fait comprendre que les cars Macron ne sont pas du goût de la mairie, même si nous amenons 15.000 touristes par jour à Paris ».

Des tarifs dissuasifs en dernier recours

Et si cela ne suffisait pas à dissuader les concurrents potentiels, l'aéroport de Beauvais leur a aussi concocté des tarifs bien étudiés, avec un prix de stationnement fixé à 90 euros par passage. « La mauvaise foi est évidente, estime un autocariste. En moyenne, en France, le coût d'un arrêt pour un autocar est de 3 à 4 euros ». Là encore, une procédure est en cours auprès de l'Arafer, mais elle mettra plusieurs mois à aboutir. En attendant, les passagers devront continuer à prendre le car de l'aéroport.

BRUNO TREVIDIC

Source : https://www.lesechos.fr/industrie-services/tourisme-transport/030504057634-autocar-laeroport-de-beauvais-saccroche-a-son-juteux-monopole-2108977.php

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