Arrêt de bus à la demande : le bilan à Nantes

France Bleu France Bleu - il y a 2 mois

C'est à partir de 22h30 que les femmes peuvent demander aux chauffeurs de s'arrêter entre deux arrêts © Maxppp

La ministre des Transports veut généraliser les arrêts à la demande dans les bus en France, pour que les femmes n'aient qu'à faire le trajet le plus court possible pour rentrer chez elle la nuit. Elle s'appuie pour ça sur l'exemple nantais.

La ministre des Transports veut généraliser l'arrêt à la demande dans les bus partout en France. Le principe c'est que, la nuit, à partir de 22h30, les femmes peuvent demander à un chauffeur de bus de les arrêter en dehors des arrêts prévus, pour qu'elles aient ensuite le trajet le plus court possible pour rentrer chez elle ou aller là où elles doivent aller.

La ministre Elisabeth Borne a estimé, hier, que "les bons résultats qu'on peut voir à Nantes ou à Bordeaux vont convaincre les collectivités qu'il est important de mettre en place ces arrêts à la demande la nuit". Ces arrêts à la demande ont effectivement été testés pour la première fois à Nantes entre novembre 2015 et avril 2016. Et maintenus par la suite. Mais peut-on vraiment parler de "bons résultats" ?

Un dispositif utilisé en moyenne une dizaine de fois par mois

"Oui", répond Alain Boeswillwald, le directeur de la Semitan, le réseau des transports en commun nantais. "C'est un dispositif qui est utilisé mais relativement peu", reconnait-il, "mais nous ne l'avions pas non plus ouvert avec un objectif de résultats en terme quantitatif. Nous n'avions pas voulu, non plus, trop communiquer sur ce dispositif, ne sachant pas comment il allait fonctionner. La notoriété s'est faite par le bouche-à-oreille. Ce que nous voulions, c'est offrir un dispositif supplémentaire à nos clientes. Et donc, elles savent aujourd'hui qu'elles peuvent faire cette demande auprès de nos conducteurs. Ça a aussi permis de clarifier les règles parce que c'était une pratique qui se faisait parfois, avant cette autorisation officielle, mais pas de la part de tous les chauffeurs. Donc, maintenant, la mesure est conforme à notre règlement. Elle est utilisée une dizaine de fois par mois en moyenne mais il faut dire aussi qu'à Nantes nous avons des arrêts relativement rapprochés les uns des autres, ce qui explique pourquoi ce dispositif est relativement peu utilisé".

Il ne faut pas mettre cette responsabilité sur le dos des conducteurs qui ont déjà beaucoup à faire

Et c'est ce qui fait dire à Gabriel Magner, délégué CFDT à la Semitan, que les résultats ne sont pas très bons. "Ça n'a pas vraiment rencontré d'écho et, aujourd'hui, les arrêts à la demande sont vraiment à la marge. Il n'y a aucune note de service, aucun texte légal, qui nous oblige à le faire. Ça mettrait une responsabilité sur le dos du conducteur qui est déjà bien occupé. Il doit circuler en toute sécurité, déposer les passagers, circuler à l'heure... avec des conditions de travail qui se dégradent de plus en plus. Maintenant, moi je suis aussi père de famille et, s'il y a une jeune femme qui me demande de m'arrêter au plus près de chez elle, il est évident que je ne vais pas la laisser se débrouiller toute seule. Et, à la CFDT, on est bien conscient que c'est un enjeu majeur de lutter contre les violences sexistes. Mais, à notre sens, il y a d'autres moyens de lutter contre ça comme l'éducation. Il ne faut pas rejeter la responsabilité sur une catégorie socioprofessionnelle en disant 'on laisse les conducteurs se débrouiller dans les bus et on va régler le problème'. C'est pas comme ça que ça marche".

Marion Fersing

Source : https://www.francebleu.fr/infos/transports/arret-de-bus-a-la-demande-le-bilan-a-nantes-1511849972

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