InOut à Rennes. Comment le numérique transforme la mobilité ?

Ouest France.fr Ouest France.fr - il y a 1 mois

Le numérique révolutionne les secteurs du commerce ou des médias. L’impact sur les mobilités est moins évident. Pourtant, des acteurs (Uber, Blablacar…) apportent des changements de comportement. Le numérique acteur du changement de la mobilité ? C’est ce que pense Gabriel Plassat, Ingénieur Energies et Prospectives, Transports & Mobilités à l’Ademe. Fondateur et animateur de La Fabrique des Mobilités, il estime que ces outils vont permettre de résoudre les problèmes non résolus des transports.

Quels sont les changements observés dans la mobilité avec l’arrivée du numérique ?

Le numérique commence par s’immiscer dans ce secteur par des services de mobilité qui peuvent se déployer assez vite. Comme le covoiturage avec Blablacar. Ça montre que quand une solution répond à un besoin, qu’elle est simple, elle peut être utilisée par des millions de personnes. Cela a alors des conséquences sur les autres acteurs du train, de l’autocar, de la voiture… Avec le numérique, on peut donc changer de comportement à grande échelle à travers le monde.

Des acteurs comme ça, au début de leur développement n’ont pas besoin, voire ne veulent pas, travailler avec les collectivités. Mais actuellement, on passe dans une phase où il y a besoin de travailler avec les collectivités, pour la compatibilité avec les transports publics par exemple. Ça ouvre une nouvelle phase qui s’observe à l’échelle mondiale. Uber a des partenariats avec des collectivités aux États-Unis. On peut donc imaginer des partenariats public/privé qui vont amener ces acteurs à travailler avec les collectivités, et à ces dernières à apprendre comment travaillent ces acteurs-là

Est-ce que le numérique n’est pas là juste pour faciliter le contact ?

Les entrepreneurs du numérique vont s’insinuer dans tous les problèmes non résolus des transports. Le numérique rend cela plus facile à tester, à expérimenter. Cela abaisse les barrières.

Uber seul ne change pas grand-chose, mais s’il y a plein de solutions individuelles qui viennent renforcer les grandes solutions de transports publics, alors on crée une alternative à la voiture possédée. Quand on aura agrégé ces services, des ménages vont se séparer de leur seconde, voire de leur première.

On est dans une phase où les effets ne sont pas au rendez-vous sur la vie quotidienne, on est en train de changer. Quand on est passé de la calèche à la voiture, on a inventé des industries et là on invente des industries nouvelles. On n’a pas encore toutes les briques et le dispositif simple pour l’utilisateur.

Qu’est ce peut imaginer ?

On peut imaginer, qu’en réduisant la possession de la voiture, tout en permettant aux citoyens de rester mobile, ça augmente l’usage de la marche, du vélo, des transports publics. Ça peut permettre de réduire la place de l’automobile. En 2050, si on développe des services de ce type-là, on peut avoir un parc automobile 2 fois plus petit ! On peut donc reprendre de la voirie pour les bus, le vélo, les piétons.

J’ai écouté la Maire de Göteborg, elle parlait de villes sans conducteurs. Si on dit que la ville est sans conducteur, on est tous passagers. On est tous sur un pied d’égalité. Il y a alors une ré-allocation de l’espace. Si on prend une carte de la ville, moins de place sera dédiée à l’automobile. Qui va l’investir ?

Comment on opère ces changements ?

Le dire et en faire un enjeu, c’est déjà progresser. On va combiner un certain nombre de mesures, à la fois monétaire, pour donner un avantage à ceux qui covoiturent par exemple, avec un accès à des voies dédiées. On peut imaginer une multitude de petites mesures qui vont se retourner en contraintes pour ceux qui ne covoiturent pas. Les changements de comportement dans la mobilité, c’est compliqué. Cela se fait surtout par l’expérience. Il faut donner aux gens les outils pour les faire changer. C’est l’expérience du covoiturage, satisfaisante, qui fait que les gens développent un discours pour légitimer ce choix. Bref, ça passe par une combinaison d’avantages et de petites contraintes.

Pourquoi opérer ces changements ?

Les enjeux sont plutôt liés à la dépendance à l’automobile. Il y a une question de précarité en matière de mobilité, si on est dépendant de sa voiture d’occasion car on est loin son lieu de travail. Des personnes n’accèdent pas à l’emploi pour des questions de mobilité. Il y a donc aussi des enjeux sociaux, il n’y a pas que l’aspect écologique. L’enjeu c’est donc à la fois d’avoir des gens qui sont mobiles pour des questions d’accès à l’emploi, d’équité sociale et pour l’aspect environnemental.

Comment se situe la France sur ces sujets ?

On a un écosystème très riche avec tous les acteurs : des constructeurs équipementiers, de l’énergie, des infrastructures… Mais nous n’avons pas de plate-forme de type Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple), on a pas fait émerger de géants. Ça va poser des problèmes car Google investit le transport, la Chine aussi. Pour faire quelque chose face à ces entreprises, il me semble que ça doit se jouer au niveau de l’Europe.

Source : www.ouest-france.fr
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