Sécurité routière : l'éthylotest antidémarrage, un potentiel inexploité

Le Point Le Point - il y a 8 jours

Son efficacité est unanimement reconnue mais son application reste inachevée en France: le gouvernement a annoncé mardi une amplification du recours aux éthylotests antidémarrage (EAD) pour les particuliers coupables d'alcoolémie au volant.

La pose d'un EAD, branché sur le circuit d'alimentation du véhicule et dans lequel son conducteur doit souffler pour pouvoir le démarrer, sera obligatoire pour les récidivistes - pris plusieurs fois avec une alcoolémie supérieure au taux autorisé (0,8 g/l) - qui devront également s'astreindre à un suivi médico-psychologique.

Elle pourra également permettre à un non-récidiviste dont le permis a été retiré de conduire en attendant la décision de justice le concernant. Il devra payer lui-même l'installation du dispositif.

Les EAD existent déjà aux Etats-Unis, au Canada, en Suède, en Finlande, aux Pays-Bas et en Autriche. "En Finlande, le taux de récidive est de moins de 6 %, au lieu de 30 % normalement", souligne le Dr Philippe Lauwick, président de la commission "Santé et déplacement sur la route" du Conseil national de sécurité routière.

La mesure est bien acceptée par la population et son efficacité "est reconnue", souligne-t-il, rappelant qu'un quart des alcoolémies positives sont des récidives.

Depuis le 1er septembre 2015, les EAD sont obligatoires en France sur les bus et autocars.

Mais leur recours est "un échec" chez les particuliers, admet-on à la Délégation à la sécurité routière (DSCR): "A peine quelques dizaines ont été installés".

Depuis la loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi 2) de 2011, l'installation d'un EAD peut être proposée par un juge à une personne responsable d'un délit routier impliquant l'alcoolémie, en alternative notamment à une suspension de permis. La personne peut ainsi continuer à se déplacer et à aller travailler.

Et depuis décembre 2016, les commissions médicales administratives de quatre préfectures (Nord, Marne, Drôme, Finistère) sont autorisées à délivrer à titre expérimental un permis de conduire provisoire si l'automobiliste fait installer un EAD tout en acceptant un suivi médico-psychologique.

Mais leur coût élevé, au moins 1.500 euros par an, est un "frein énorme", selon Philippe Lauwick: "Pour beaucoup, y compris les juges, ça s'apparente à une double peine".

"Ce n'est pas obligatoire, alors quand on dit à une personne +Vous payez 2.000 euros ou vous prenez le bus+, beaucoup prennent le bus", confirme Charles Mercier-Guyon, médecin du Centre d'études et de recherches en médecine du trafic.

Pour les récidivistes, l'EAD sera efficace "à partir du moment où ça devient obligatoire", se félicite M. Lauwick. Et "si on multiplie les installations, le coût devrait baisser de manière significative", espère-t-il.

Quant au suivi médico-psychologique, obligatoire pour les récidivistes, il ne l'est pas pour les autres coupables d'alcoolémies délictuelles.

"Il faut un contrôle et un suivi", insiste Charles Mercier-Guyon. Or depuis 2011, souligne-t-il, "les rares installations ont échoué: on a retrouvé une personne au volant d'une autre voiture, une autre avait démonté l'appareil..."

"Il y a un effet le temps où l'appareil est installé" mais qui s'estompe après sans suivi médical ou psychologique, souligne-t-il; or "chez ceux qui ont eu un véritable accompagnement, comme en Autriche, en Finlande, en Suède, un pourcentage important de personnes améliore de façon durable ou définitive leur gestion de l'alcool". 

Source : http://www.lepoint.fr/automobile/actualites/securite-routiere-l-ethylotest-antidemarrage-un-potentiel-inexploite-09-01-2018-2185226_683.php

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