Transports en commun dans la métropole : "On ne ressent pas d’ambition démesurée"

La Voix du Nord La Voix du Nord - il y a 9 mois

Gilles Laurent préside l’Union des voyageurs du Nord.

Faire mieux avec moins ? C’est le tour de force promis par Keolis, qui a remporté en décembre le contrat de concession de service public des transports en commun de la métropole. Sauf qu’il y a toujours un truc, selon Gilles Laurent. Le président de l’association d’usagers Union des voyageurs du Nord critique un « manque d’ambition », alors que la MEL peine déjà à sortir du tout-voiture.

Alors que les objectifs du Plan de déplacements urbains semblent hors de portée, et que le président de la MEL Damien Castelain a fait de l’accessibilité une «priorité», le projet de Keolis est-il à la hauteur des enjeux ?
« C’est mitigé. On ne ressent pas d’ambition démesurée dans ce contrat. Et le communiqué de presse de la MEL nous a achevés : ça parle de fraude, de recettes et de frais d’exploitation, ce sont des considérations de gestionnaire qui ne parlent pas des usagers. »

Keolis affiche pourtant des objectifs de trafic ambitieux (27 millions de voyages annuels en plus, + 14,3 %, à l’horizon 2024), cela devrait vous plaire ?
« On préfère un opérateur aux objectifs ambitieux, bien sûr. Mais on ne comprend pas bien comment Keolis va réussir à augmenter le trafic : aux heures de pointe, le réseau est déjà plein, et aux heures creuses, l’offre va être réduite. C’est la quadrature du cercle. »

En quoi l’offre sera-t-elle réduite ?
« Keolis va réduire la voilure sur tous les modes : un peu moins de 2 % de baisse sur le métro et le tram, et surtout plus de 10 % sur le bus. On n’est pas forcément contre des adaptations, mais tout dépend où sont retirés les bus : sur des troncs communs desservis par plusieurs lignes ? Ça se comprend. Dans les heures creuses ? C’est déjà plus gênant, car le service deviendra moins attractif, et attirera encore moins d’usagers. En fin de journée ? Attention, avancer l’heure de fin du service aurait plus d’impact qu’il n’y paraît sur la fréquentation. »

Avec ce nouveau contrat, la MEL va faire des économies d’environ 17 M€ par an selon elle. Le président Castelain s’est engagé à ce que ces sommes soient réinvesties dans les transports en commun. Cela peut donc bénéficier, à long terme, aux usagers ?
« On ne peut pas mélanger les dépenses de fonctionnement et d’investissement. Quand on construit une ligne pour les cinquante prochaines années, on est sur d’autres montants. Ce n’est pas en rognant les dépenses d’exploitation qu’on mettra de côté de quoi faire un tram vers l’aéroport. Ou alors, on va construire un kilomètre par an ! C’est petit bras. Depuis 1999 et l’achèvement de la ligne 2 du métro, il n’y a pas eu la moindre création de transport en commun en site propre. Il ne faut pas s’étonner, après, de l’échec du plan de déplacements urbains de la métropole, et du manque de report modal (de la voiture vers les transports en commun, le vélo, etc.). »

Sébastien Bergès

Source : http://www.lavoixdunord.fr/298534/article/2018-01-16/transports-en-commun-dans-la-metropole-ne-ressent-pas-d-ambition-demesuree

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