Neige : les transporteurs réclament une «indemnisation» à l'État

Le Figaro Le Figaro - il y a 6 mois

Certains conducteurs de poids lourds se sont trouvé jeudi dans des situations absurdes. MICKAEL TASSART/AFP

La Fédération nationale des transporteurs routiers estime les pertes liées aux interdictions de circulation à «au moins 60 millions d'euros par jour». Les magasins, pharmacies, hôpitaux et restaurants sont en rupture de stock.

Alors que les flocons ont recommencé à tomber ce vendredi sur la capitale, le week-end est compliqué pour les commerces et les établissements publics d'Ile-de-France, dont les livraisons se font au compte-gouttes depuis mardi à 16 heures, au début de l'épisode neigeux. Entre les routes bloquées, les bouchons et l'interdiction de circuler mardi soir et mercredi toute la journée à Paris pour les poids lourds de plus de 7,5 tonnes, les réassorts de magasins, restaurants, pharmacies, hôpitaux et cantines sont très difficiles depuis trois jours.

La bonne nouvelle du week-end? Les poids lourds ont été autorisés à circuler tout le week-end, annonce la fédération nationale des transporteurs routiers. «C'est un soulagement, même si beaucoup d'entrepôts logistiques seront fermés ce dimanche», explique Florence Berthelot, sa déléguée générale citée par Franceinfo. La fédération des transporteurs routiers, qui estime les pertes à «au moins 60 millions d'euros par jour», réclame à l'État une «indemnisation». «Nous avons trois jours de retard dans les livraisons, à rattraper en début de semaine». Les professionnels ont fait savoir à la ministre des Transports Élisabeth Borne que les blocages instaurés de manière extrême et sans anticipation étaient «inadmissibles». Les entreprises critiquent le manque de coordination entre les régions et les départements et le fait que les textes d'interdiction ou de levée ne soient centralisés nulle part.

Certains conducteurs de poids lourds se sont trouvé jeudi dans des situations absurdes avec des décisions préfectorales contradictoires alors que la météo s'était adoucie. En Ile-de-France l'interdiction avait été levée mais ce n'était pas le cas dans l'Oise ou le Loiret où le préfet du département conserve l'autorité sur le réseau routier secondaire. «On a parlé des naufragés de la route pour les particuliers mais les conducteurs de poids lourds qui partent le matin et rentrent le soir aussi l'ont été», souligne Elisabeth Charrier de la FNTR.

Chez les distributeurs, les principaux problèmes portent sur les produits frais, dont leurs entrepôts n'ont pu être livrés par leurs fournisseurs. À la dégringolade du trafic et du chiffre d'affaires due à l'absence de clients (-58% chez Auchan Velizy mercredi et jeudi, -40% chez Auchan Velizy ou Villebon-sur-Yvette...), s'ajouteront ce week-end des ruptures de stocks dans certains rayons. L'hyper d'Auchan Velizy ainsi que le centre commercial attenant a même été fermé sur décision du Maire vendredi à 16 heures, jusque samedi 7h30. Chez Carrefour, malgré la livraison de tous les magasins en frais et sec jeudi, certains commençaient à manquer de produits.

Double peine

Les conséquences des interdictions sont doubles, car elles affectent d'un côté la livraison des produits en amont aux entrepôts, puis la livraison des entrepôts vers les magasins. «Même là où il n'y a pas de neige, nos magasins peuvent manquer de produits. Plusieurs de nos fournisseurs ont en effet des entrepôts en région parisienne, et ne nous livrent que partiellement», explique Thierry Desouches, porte-parole de Système U. C'est le cas pour Herta, Andros, ou Novandie (Mamie Nova...). Dans les hypermarchés franciliens de l'enseigne, la baisse de fréquentation a atteint 30% mercredi.

Sur les routes, les interdictions de circuler prises très rapidement ont laissé des conducteurs de poids lourds sans solution. «Ceux qui transportaient des denrées périssables dans des camions frigorifiques n'avaient que quelques heures d'autonomie. Ils ont dû mettre leur chargement à la poubelle, témoigne Elisabeth Charrier secrétaire générale de la région île de France à la FNTR. J'en ai eu un au téléphone ce matin. Il transportait des pommes qui ont gelé. Son stock entier est foutu».

En Ile-de-France, les magasins de proximité ont profité de la situation (+20 à 30% de fréquentation toutes enseignes confondues), les gens venant y faire des courses d'appoint le temps que le gros temps passe. «Cela ne compense pas les pertes dans les hypers. Dans notre métier, ce qui est perdu est perdu», déplore-t-on chez Auchan, dont aucun magasin de la région francilienne, proximité comprise, n'a pu être livré entre mardi 16 heures et jeudi matin. Comme ses concurrentes, l'enseigne nordiste a profité jeudi d'une accalmie pour regarnir un peu ses linéaires. Elle a livré ce jour-là 6100 palettes de produits de grande consommation dans ses magasins, soit trois jours de vente, et l'équivalent d'une veille de Noël.

Gestion très contestée

Au final, l'effet de report des courses sur le week-end restera limité, les livraisons en produits frais étant dépendantes des interdictions préfectorales, qui tombent au fil de l'eau. Une gestion de la situation qui a provoqué la colère des transporteurs et grossistes, qui dénoncent un manque de coordination et de concertation. «Nous sommes stupéfaits des décisions prises, qui ont été excessives à la fois au vu de l'état de la chaussée mercredi et vendredi, et surtout de la spécificité de nos produits, qui sont des denrées périssables et des médicaments. Normalement, pour ces produits-là, il y a toujours des dérogations aux interdictions de circuler», tonne Laurent Grandin, le porte-parole de la CG, qui représente les grossistes. Sa seule entreprise transporte 250 tonnes de produits par jour, et livre 1500 restaurants. «Depuis deux jours, nous sommes submergés d'appels d'établissements scolaires, de prisons, de maisons de retraite qui ont besoin d'être livrés».

Olivia Détroyat

Source : http://www.lefigaro.fr/societes/2018/02/10/20005-20180210ARTFIG00026-neige-un-week-end-encore-complique-dans-les-commerces-et-les-transports.php

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