Réforme ferroviaire : Edouard Philippe renonce à la fermeture des "petites lignes"

Le Moniteur Le Moniteur - il y a 9 mois

Les "petites lignes" ferroviaires les moins circulées représentent 9000 km de voies © Florian Pépellin

Le Premier ministre Edouard Philippe a assuré que la fermeture de 9000 km de « petites » lignes ferroviaires, préconisée par Jean-Cyril Spinetta dans son rapport du 15 février 2018, ne ferait pas partie de la réforme que le gouvernement entend boucler d’ici à l’été.

Edouard Philippe ne compte pas suivre à la lettre toutes les recommandations du rapport de Jean-Cyril Spinetta sur l’avenir du transport ferroviaire. Le 26 février, le Premier ministre a annoncé le calendrier et les objectifs de la réforme de la SNCF. Il entend la mener à bien d’ici à l’été, en recourant aux ordonnances. S’il souhaite bien mettre fin aux recrutements sous le statut de cheminot et transformer la SNCF en « société nationale à capitaux publics », pas question cependant de toucher aux « petites lignes » ferroviaires.

« On ne décide pas de la fermeture de 9000 km de lignes depuis Paris sur des critères administratifs et comptables, a fait valoir le chef du gouvernement. Dans bien des territoires, le rail est au cœur de la stratégie des régions pour le développement des mobilités. »

Les élus locaux soulagés

Les élus locaux, très mobilisés depuis la remise du rapport Spinetta le 15 février sur cette question, sont en partie soulagés. A l’image de l’association Régions de France: « L’avenir des petites lignes ne sera pas traité dans le cadre de la loi d’orientation des mobilités à venir. […] Ce sont les territoires qui sont les plus à même de savoir si les lignes doivent être ou non préservées ».

Interrogée par « Le Moniteur », la présidente de Villes de France Caroline Cayeux se dit également satisfaite : « Nous venons d’obtenir un plan important pour redynamiser nos villes moyennes, leur centre-ville et leur activité commerciale. Beaucoup de nos communes ne sont pas dans l’orbite d’une métropole et pour elles, la suppression ou le ralentissement de lignes ferroviaires seraient une catastrophe. Nous avons besoin d’un aménagement du territoire équilibré ».

Décision impopulaire

Pour autant, cette décision gouvernementale ne résout pas tout. En effet, le rapport Spinetta souligne que ces petites lignes (appartenant aux groupes 7 à 9 de la classification de l’Unin internationale des chemins de fer) accueillent moins de 10% des trains (avec une moyenne de 30 trains par ligne et par jour), et moins de 2% des voyageurs. Or, 16% des concours publics attribués au secteur ferroviaire leur sont dédiés, soit 1,7 milliard d’euros par an. Malgré tout, ces lignes continuent de se dégrader. « Nous avons souvent des pannes, des retards, des annulations…, reconnaît Caroline Cayeux. Pendant trente ans, nous avons sous-estimé les travaux d’entretien nécessaires ».

Si certaines lignes sont à la fois vétustes et déficitaires, les fermer reste une décision politiquement difficile à assumer (ce qui explique sans doute leur maintien jusque-là). L’Association des petites villes de France souligne d’ailleurs : « le Premier ministre ayant indiqué qu’il n’y aurait pas de fermetures décidées de Paris, [il] laisse supposer que des suppressions pourraient être décidées ou encouragées par les conseils régionaux, au risque pour l’échelon régional d’endosser l’impopularité de telles décisions ».

Intensifier les efforts pour maintenir ces lignes

Le rapport Spinetta estime que le maintien de ces lignes les moins circulées implique, pour les pouvoirs publics, de tripler l’effort de renouvellement des lignes les moins circulées pour atteindre environ 500 millions d’euros par an (contre 150 millions actuellement dans le cadre des contrats de plan Etat-régions 2015-2020). L’Etat assure pourtant qu’une enveloppe de 1,5 milliard d’euros d’investissement est prévue dans le cadre des CPER pour remettre à niveau ces lignes. Et surtout qu’il tiendra cet engagement.

Au global, sur tout le réseau national, l’Etat promet de consacrer 3,6 milliards d’euros par an durant la prochaine décennie à la rénovation du réseau. « C’est 50% de plus que les dix dernières années », précise le gouvernement. Ce qui, cette fois, correspond aux recommandations de l’ancien patron d’Air France. Il observait en effet dans son rapport que, malgré la relance des investissements de régénération déjà opérée depuis douze ans, « il faudra encore au moins dix ans d’effort, avec une dépense moyenne d’au moins 3 milliards d’euros annuels, pour rattraper le retard accumulé depuis 1980 » en la matière. 

Jessica Ibelaïdene

 

Source : https://www.lemoniteur.fr/article/reforme-ferroviaire-edouard-philippe-renonce-a-la-fermeture-des-petites-lignes-35364516

Partager

Laisser un commentaire :