Les lignes ferroviaires régionales doivent être mieux exploitées

La Croix La Croix - il y a 5 mois

Des petites lignes de chemin de fer laissées pour compte / pixabay

Jean-Cyril Spinetta dans son rapport sur l’avenir du rail, l’économiste Yves Crozet (La Croix du 19 février 2018) et même le président de la SNCF proposent de fermer massivement les lignes régionales peu fréquentées : selon eux, ces « petites lignes » ne servent pas à grand chose et sont un fardeau financier pour la collectivité. Mais aucun d’eux ne s’interroge sur la faiblesse de la clientèle, alors que les routes parallèles sont souvent surchargées : le rapport Spinetta évoque ainsi ces trains « peu fréquents et peu fréquentés », sans percevoir la relation de cause à effet.

Une offre bas de gamme pour certaines petites lignes

Cette faiblesse de la fréquentation, qui est loin d’être observée sur toutes les lignes régionales, n’a rien de structurel. Elle résulte de la médiocrité de l’offre (fréquences squelettiques, horaires souvent inadaptés aux besoins, correspondances mal organisées), de la vitesse insuffisante (1h10 pour parcourir les 52 km qui séparent Roumazières d’Angoulême), de la dégradation des infrastructures (les trains sont ralentis sur plus de 5 000 km de lignes), de la mauvaise qualité des services (les trains sont en retard quand ils ne sont pas supprimés).

Les Régions sont sans moyens financiers nouveaux pour rénover des « petites lignes »

Le rapport Spinetta déplore la pollution des autorails diesel, mais oublie qu’en cas de remplacement par l’autocar, 40 % des usagers reprennent leur voiture… Il ignore les innovations techniques et commerciales qui expliquent la croissance du trafic ferroviaire observée en Suisse, en Allemagne, en Grande-Bretagne, même sur les lignes qui desservent des zones faiblement peuplées. Il propose de confier la rénovation des « petites lignes » aux Régions, mais sans moyens financiers nouveaux alors qu’elles doivent déjà financer l’exploitation des TER. Enfin, force est de constater que, depuis les années 1920, des milliers de km de « petites lignes » ont été supprimés au détriment du maillage du réseau sans pour autant rétablir la santé financière du rail.

Il faut mettre en concurrence des opérateurs ferroviaires

Un moratoire sur les fermetures de lignes est donc indispensable tant que les infrastructures n'auront pas été modernisées et qu'une offre de qualité et adaptée aux besoins locaux n'aura pas été mise en place, ce qui passe par une mise en concurrence des opérateurs ferroviaires, publics et privés, et une exploitation en délégation de service public, comme le sont les transports urbains de la plupart des agglomérations françaises.

Les Régions conservant la maîtrise de l’offre (horaires, fréquences…) et de la tarification, cette concurrence régulée ne serait en rien une privatisation. Elle permettrait une sérieuse réduction des coûts d’exploitation des trains et de maintenance des voies. Très répandue en Allemagne, elle a bénéficié aux usagers – la qualité de service s’est améliorée -, aux contribuables – les subventions publiques ont diminué – et même aux cheminots, dont l’emploi s’est développé : depuis 2000, 500 km de lignes régionales et 300 gares ont été remises en service.

Alors que les services se regroupent peu à peu dans les grandes villes, supprimer les « petites lignes » régionales dégraderait les « transports du quotidien » des habitants des villes moyennes et des zones rurales, montagneuses en particulier. Le gouvernement déclare que ces transports doivent recevoir la priorité mais il préconise un enclavement ferroviaire… et, par ailleurs, un désenclavement routier.

Jean Sivardière, vice-président de la FNAUT

Source : https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/lignes-ferroviaires-regionales-doivent-etre-mieux-exploitees-2018-02-27-1200916930

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