François Piot, PDG de Prêt à partir : "L'humain est au centre de tout"

LaSemaine.fr LaSemaine.fr - il y a 9 mois

Il a fait de l'humour un outil de management. Mais derrière les traits d'esprit de François Piot se cache un homme libre et à contre-courant. Son entreprise a l'humain dans son ADN et ça fait toute la différence.

C'est dans Le Box, un caisson fait de bois et de verre planté au milieu du Paddock que François Piot nous reçoit. Ici c'est un peu chez lui. Il y a 5 ans, ce chef d'entreprise se lance dans l'aventure start-up aux côtés d'André Raoul et de Stéphane Thioly. Ils créent ensemble le Paddock[1] sur les rives de Meurthe. L'année suivante la Pépinière voit le jour à Gondreville puis l'Ecurie à deux pas de la gare de l'Est à Paris. « Au départ, j'ai pris des micro-tickets dans des start-ups locales pour 300 000 euros. Aujourd'hui j'ai investi pour 2,5 millions d’euros sur fonds propres dans 40 start-up dont une quinzaine sont hébergées sur l'un des trois sites », résume François Piot.

Son groupe a d'ailleurs donné naissance à une start-up développant un système de billetterie pour ses bus et voitures. Nuagile, c'est son nom, équipe déjà une flotte de 200 véhicules. Au-delà des chiffres, c'est l'aventure humaine qui le pousse aujourd'hui à ouvrir de nouvelles fenêtres sur son parcours d'entrepreneur. Il a gardé dans sa façon de faire son âme de chercheur.

Né à Neufchâteau, il se rêve dans un laboratoire. Il n'ira pourtant pas au bout de sa thèse en biologie moléculaire. Alors qu'il vient tout juste de rencontrer celle qui deviendra son épouse, François décide de racheter l'entreprise familiale, Prêt à partir. Nous sommes en 1998, François Piot a tout juste 25 ans et avoue ne rien y connaître en la matière. « J'ai tout appris en version accélérée. Je suis arrivé aux manettes d'une entreprise qui n'allait pas bien du tout », dit-il. Créée par sa grand-mère Rose puis reprise par son père, l'entreprise de transport et de voyage a connu la crise. « J'ai tenu grâce aux équipes », dit-il avec sincérité.

La holding de Neufchâteau

Il déploie alors toute son énergie à la protection de l'emploi. Il sort du tunnel avec la satisfaction d'avoir conservé tous les emplois. Avec audace et instinct, il redresse le navire et prend vite le large avec des méthodes managériales d'un temps nouveau. « Nous sommes dans un processus de décision décentralisée. Ici, chaque manager est considéré et sa voix compte dans un esprit d'entreprise libéré. » Ce management de confiance il le résume en une phrase: « Je suis très attaché à l'intention. La bonne évidemment. La pire des décisions c'est de ne pas en prendre. » Dans les métiers du voyage où le digital a laissé croire que chacun de nous ferait un bon agent de voyages, François Piot surfe à contre-courant. « Chez nous, l'humain est au centre de tout. C'est notre savoir-faire, notre marque. Chez nous les clients ne viennent pas acheter un voyage de tel ou tel tour operator. Ils viennent voir Nathalie, Valérie ou Nicolas leur agent de voyage. Ce service de proximité, ce rapport au client c'est notre marque ? Et nous avons su démultiplier cet esprit commerce de quartier dans toutes nos agences. » Et ça marche.

Il a conservé la domiciliation de sa holding à Neufchâteau mais n'a pour autant jamais vécu l'héritage familial comme un boulet au pied qui empêche d'avancer. Aujourd'hui, 80 % de la valeur ajoutée de l'entreprise sont dévolus aux charges salariales. Sa fierté. Piot, c'est 500 bus, une centaine d'agences de voyages dont six à Nancy et un siège social à Gondreville. De ses racines vosgiennes il conserve le bon sens, l'audace et l'humilité. Il sait qu'il faut chaque jour se dépasser, entreprendre et surtout ne pas s'isoler. Pense-t-il déjà à sa succession? Rêve-t-il de voir l'aventure familiale perdurer ? « Mes cinq filles sont déjà propriétaires à hauteur de 62,5% du capital et moi je détiens le reste. Si l'une de mes filles veut reprendre l'affaire, avec mes parts, elle sera majoritaire. Mais la passation se fera surtout sur l'envie et les valeurs communes. Je ne veux pas que l'une de mes filles le fasse par obligation. » Pour l'heure, François Piot poursuit sa route. Toujours avec une longueur d'avance.

Céline LUTZ

Source : http://www.lasemaine.fr/2018/03/06/francois-piot-pdg-de-pret-a-partir--l-humain-est-au-centre-de-tout

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