Covoiturage courte distance, la tendance qui monte

Les Echos Les Echos - il y a 5 mois

Après le succès du covoiturage sur distances longues, en particulier pour les départs en vacances, est venue l'heure du covoiturage pour les trajets du quotidien. Une formule qui séduit peu à peu les Français.

 Le covoiturage, dont la pratique s'est accélérée ces dernières années, a su se structurer pour devenir, aujourd'hui, une solution de transport qui compte dans les choix de mobilité des Français. 

La théorie, qui se vérifie entre autres par le succès de plateformes comme BlaBlaCar, valait au départ surtout pour les longues distances. Celles qui mènent, en général, à des vacances bien méritées.Pourtant le covoiturage a pu, en un temps relativement réduit, se faire une place sur des trajets plus courts. Ces « trajets du quotidien » qui mènent au bureau ou à toute autre activité où les transports en commun sont peu pratiques. 

La SNCF s'est intéressée à la question et a lancé sa filiale dédiée IDVroom fin 2014. Celle-ci flirte aujourd'hui avec la barre des 450 000 utilisateurs, qui parcourent des distances, en moyenne, de quarante kilomètres. 

Sa directrice générale, Frédérique Ville, se félicite du dynamisme d'un service qui « double [sa] base d'utilisateurs tous les ans ». Elle analyse, pour Nouvelles Mobilités, le développement du covoiturage courte distance en France.


Nouvelles Mobilités : Comment le covoiturage a-t- il évolué ces dernières années en France ?

Frédérique Ville : Dans un premier temps, il y avait surtout des « militants » du covoiturage, qui le pratiquaient par forte conviction. Puis l'essor du covoiturage longue distance -avec un trajet moyen de 300 kilomètres- a permis de toucher un public beaucoup plus large. C'est la même chose pour le covoiturage courte distance, avec un public lui aussi beaucoup plus large depuis 2015. Nous avons ainsi sept fois plus de «covoitureurs » au dernier trimestre 2017 qu'au premier trimestre 2017. 

Le recours[1] au covoiturage s'est donc démocratisé aussi sur la distance courte, avec beaucoup de trajets domicile-travail, beaucoup de visites chez des proches ou de trajets pour les loisirs. Le covoiturage courte distance est désormais davantage perçu comme un mode de transport 
complémentaire aux transports en commun.

NM : Qu'est-ce qui a décidé un certain nombre de Français à franchir le pas ?

F.V. : Le premier facteur, toujours et encore, reste celui des économies réalisées, car la voiture représente un coût important. Ce qui vient ensuite, c'est l'envie d'apporter sa propre contribution à ce qui peut être fait pour la planète : « je covoiture, donc ma dépense en Co² est mieux amortie, surplus de personnes. »Il y a une réelle volonté de contribuer à la réduction de « l'auto-solisme ».

NM : Quelles sont les clés du succès du covoiturage ?

F.V. : Le fait de travailler avec tous les acteurs. Nous travaillons avec les collectivités territoriales pour la desserte des territoires et le complément aux transports en commun. Avec les entreprises aussi,car elles génèrent énormément de trajets domicile-travail.Il y a aussi le travail fait directement avec le grand public. C'est d'ailleurs cela qui fait la spécificité d'iDVroom : être à la fois une marque forte auprès du grand public mais oeuvrer également avec les entreprises et les collectivités, en marque blanche. On peut ainsi s'inscrire sur iDVroom et covoiturer avec quelqu'un qui vient d'un site dédié, celui de Nantes Métropole, par exemple. 

Nous travaillons aujourd'hui avec 200 entreprises -gestionnaires de parkings ou d'autoroutes, entre autres- et collectivités. Pour un grand nombre, sous forme de sites dédiés ou de communautés, car beaucoup aiment avoir leur identité et leur marque associées à l'effort qu'ils font pour promouvoir le covoiturage.

NM : Dans quelle mesure le covoiturage peut-il bénéficier du plan de mobilité en entreprise ?

F.V. : Par toute une gamme d'animations physiques et digitales. iDVroom propose aux entreprises un service clés en main, comprenant toute la mise en relation -communauté, interface technique qui peut être intégrée à un intranet...- mais aussi l'intervention terrain ou des animations lors de la Semaine de la mobilité... 
NM : On parle beaucoup du développement de la voiture autonome, de l'amélioration des réseaux de transports en commun... Dans ces "nouvelles mobilités", où va se situer le covoiturage "du quotidien" celui de la courte ou moyenne distance ? 


F.V. : Le covoiturage est complémentaire des transports en commun, en particulier dans les zones très denses. Toutes les nouvelles mobilités vont commencer par se déployer dans ces zones car c'est là qu'elles pourront atteindre leur rentabilité maximale. 

Dans les zones de moyenne densité, le covoiturage aura du sens pour les trajets « pas pratiques » en transports en commun ou en navettes autonomes, celles-ci allant d'abord sur les axes ultra-denses. Le covoiturage, lui, se développera sur les zones où les navettes autonomes ne seront pas rentables et où le VTC sera trop cher. 
On pourra aussi très imaginer le partage de voitures autonomes. Là, notre technologie pourra servir lorsque, plus tard, la voiture autonome ira dans des zones géographiques moyennement denses.

NM : En quoi le covoiturage peut-il encore être amélioré ?

F.V. : Beaucoup de choses ont été proposées lors des Assises de la mobilité. A cette occasion, nous avons soutenu l'idée selon laquelle les différents échelons administratifs doivent promouvoir le covoiturage. Il s'agit de quelque chose de « multi-local », que chaque échelon des collectivités doit s'approprier. 

Un point important qui est ressorti des Assises, c'est la notion d'infrastructure : il faut faire des voies dédiées sur autoroute et se poser la question, plus généralement, de la façon dont on utilise l'espace public. Si l'on veut faire du covoiturage quelque chose de massif, il ne faut pas que le covoitureur attende son passager. Il ne faut pas seulement des aires de covoiturage mais aussi des espaces dédiés pour faciliter les trajets entre l'agglomération et sa zone périphérique.

Nous travaillons également avec les constructeurs automobiles pour faciliter le parcours de l'utilisateur. Il faut aller chercher les utilisateurs passagers mais aussi conducteurs. La loi de transition énergétique et les Assises de la mobilité ont contribué, au bon moment, à rendre le covoiturage courte distance connu et compris. Nous doublons notre base d'utilisateurs tous les ans et 2018 va encore être une année de très belle croissance.

Source : https://www.lesechos.fr/partenaire/macif/partenaire-1422-covoiturage-courte-distance-la-tendance-qui-monte-2159086.php

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