Interview Thierry JAHIER – Chargé de mission EDF – Délégation Régionale Pays de la Loire

Electric-Road Electric-Road - il y a 6 mois

Marketeur de formation, Thierry JAHIER a commencé sa carrière chez EDF en 1999, comme Ingénieur d’Affaires en énergies pour les grandes entreprises et grands comptes. En 2006, il devient Directeur d’Efficacité énergétique et puis, en 2012, Directeur des Relations Extérieures et Innovation. Actuellement, M. JAHIER, est en charge des relations entre le Groupe EDF et la région des Pays de la Loire.

Passionné de la mobilité, de l’innovation, et de la région Pays de la Loire, Thierry JAHIER nous partage sa vision -très riche- autour de la rue et la route électriques.

Pouvez-vous nous décrire le contexte et les enjeux principaux entre mobilité et transition  énergétique ?
TJ : La contribution des transports de personnes et de marchandises à la transition énergétique est essentielle, tant en matière d’émissions de gaz à effet de serre, de baisse des consommations d’énergies fossiles que d’efficacité énergétique. A ces objectifs généraux s’ajoutent des enjeux d’environnement local (polluants, bruit …), de balance commerciale et de résilience, car le mix énergétique des transports est aujourd’hui peu diversifié.

Les dynamiques du changement dans les transports sont réelles, comme le montre la baisse des émissions unitaires de CO2 des véhicules neufs mis en circulation, sous l’effet des réglementations européennes. Elles peuvent être rapides, voire plus rapides que dans les bâtiments ou l’industrie, du fait du renouvellement naturel des véhicules : camions, automobiles, 2 roues … Des alternatives au moteur à combustion existent et certaines sont matures, dont l’électrification des transports. Les enjeux d’innovation sont forts, comme l’a reconnu à nouveau récemment la mobilisation nationale pour l’Industrie du Futur.

Face à l’urgence de la lutte contre le désordre climatique, cette dynamique de changement doit être poursuivie, voire amplifiée.

Quelle est votre vision autour du transport routier individuel électrique ?
TJ : Nous savons aujourd’hui que les batteries lithium-ion sont fiables et performantes dans le temps. Leur coût a été divisé par 4 en 10 ans, mais elles restent encore chères pour concurrencer les véhicules thermiques particuliers, ce qui explique le besoin de soutien actuel. Mais une nouvelle division par 2 est prévisible sur la technologie lithium-ion d’ici 2020. 

Or, les véhicules hybrides rechargeables (VHR) sont une modalité de VE qui permet de se contenter d’une batterie de taille moyenne pour couvrir la plupart des trajets du quotidien, tout en ayant la possibilité de parcourir de grands trajets. En parallèle, de nouveaux progrès se préfigurent dans le « lithium-ion avancé », et d’autres technologies, comme les batteries métal-air. Une concurrence mondiale est en train de se mettre en place sur cette technologie et sur les véhicules (Japonais, Américains, Coréens, Chinois, et bien d’autres). Il y a donc aussi des enjeux industriels clés pour l’Europe, au-delà de ceux relatifs aux transports propres.

Pouvez vous nous parler autour du réseau électrique et son rapport avec le véhicule électrique ?
TJ : Concernant le réseau électrique, le développement du VE implique une certaine vigilance, afin d’optimiser l’implantation du réseau de bornes de recharge et d’éviter la conjonction d’appels de puissance au même moment. Le premier point est traité dans les règles habituelles des raccordements par Enedis. Le second est traitable au travers des « smart grids » et des interactions avec les véhicules et bornes connectées. De plus, certains VE peuvent offrir des services de soutien au réseau qu’il faudra expérimenter.
 
Pouvez vous nous parler de la transition à l’électrique et le transport routier de marchandises ?
TJ : Pour le transport routier de marchandises, 46% de l’énergie est consommée par les véhicules utilitaires légers (VUL). L’électricité est bien adaptée aux types de déplacement des VUL, ainsi qu’à la problématique de la logistique du dernier km, en particulier en milieu urbain. En 2014, 0.96% des ventes de VUL étaient électriques. Une progression de la part de marché des VUL est à envisager sur la période de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Elle sera a priori plus rapide que celle des véhicules particuliers (car l’électricité est particulièrement adaptée à l’usage VUL), entre 10 et 20%. Pour les véhicules plus lourds, les petites distances peuvent être couvertes par des solutions électriques (éventuellement hybrides rechargeables). Le concept d’autoroute électrique, tel qu’il sera expérimenté à Los Angeles, permet d’envisager de couvrir de plus longues distances. Des démonstrations en France sur la période de la PPE sont de nature à ouvrir des pistes pour l’avenir.

Et le transport urbain de voyageurs, comment va-t-il évoluer?
TJ : Pour le transport urbain de voyageurs, l’électricité est une énergie adaptée aux besoins de silence et d’absence d’émissions de tout polluant en milieu urbain. Le développement prévu des tramways, trolleys et métros y contribuera clairement. Pour les mêmes raisons, les flottes de bus évolueront vers des énergies plus propres, comme le gaz et surtout l’électricité. D’après l’AIE, il y avait fin 2014  46.000 bus électriques dans le monde, dont 36.000 en Chine. L’offre, en provenance de plusieurs constructeurs, dont des français, existe, tant pour les mini/midibus (6 à 9m) que les bus « classiques » de 12m et articulés de 18m. Elle est en train de s’étoffer. Les modes de charge s’adaptent aux besoins (recharge en bout de ligne, biberonnage aux arrêts, induction …). En France, à l’échéance 2023 de la PPE, 40 à 50% des bus vendus pourraient être électriques.

Source : http://www.electric-road.com/interview-thierry-jahier-edf/

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