Quand la RATP roule aux économies d'énergies

L'Usine Nouvelle L'Usine Nouvelle - il y a 5 mois

Transition énergétique En 2025, 100 % des bus de la RATP à Paris et en Ile-de-France rouleront à l’électricité, au gaz renouvelable ou avec une motorisation hybride.

La RATP est bien décidée à faire de sa transition énergétique un atout concurrentiel. L’an passé, elle s’est dotée d’une feuille de route avec un objectif global de 20 % de réduction de la consommation d’énergie par voyageur-kilomètre entre 2015 et 2025 et de 50 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et 80 % des gains sur les émissions seront atteints grâce à son plan bus 2025, lancé en 2014, qui prévoit 100 % de véhicules propres roulant à l’électricité ou au gaz renouvelable (bioGNV) d’ici à 2025. Quelque 800 bus hybrides diesel et électrique circulent déjà sur son réseau francilien. Les trois quarts des objectifs de réduction de la consommation concernent le transport de voyageurs, via le plan de renouvellement des équipements du métro et du RER. Sur les lignes 2, 5 et 9, les nouvelles rames, grâce à la récupération d’énergie au freinage, consomment 30 % de moins que celles qu’elles remplacent. Sur le RER A, l’économie procurée par le nouveau matériel atteint entre 20 et 50 % de l’énergie consommée jusqu’ici. D’ici à 2032, l’ensemble des rames bénéficiera de cette technologie. En attendant, des algorithmes aident déjà les conducteurs à mieux réguler leur vitesse pour consommer moins. Mais la technologie ne fait pas tout. La RATP milite aussi pour l’écoconduite des bus, avec des trophées internes.

Le quart des objectifs restant est à chercher ailleurs, du remplacement des éclairages LED dans toutes les stations, à la télérelève des consommations d’énergie dans les bâtiments industriels, en passant par la géothermie dans les gares. Ces initiatives sont autant de savoir-faire que la RATP entend bien valoriser. Le groupe s’est lancé, fin 2016, dans une certification ISO 50001, pour généraliser son système de management de l’énergie à toute l’entreprise. Et ce n’est pas seulement pour entraîner les équipes à faire des économies et à lutter contre le réchauffement climatique.

Se préparer à l’ouverture à la concurrence
Ce certificat est d’abord un message pour les clients de la RATP à commencer par le premier d’entre eux, Ile-de-France Mobilité, contrôlé par la région et chargé de l’organisation des transports, mais aussi ceux de RATP Dev, la filiale qui répond aux appels d’offres en France et à l’étranger. "Il s’agissait d’avoir un projet différenciant, reconnaît Sophie Mazoué, la responsable du service développement durable. Il est important, dans le cadre d’ouverture à la concurrence des bus en 2024 et du tramway en 2029, de montrer que l’on se soucie de la performance énergétique et que l’on emmène tout le monde." En clair, faire comprendre que la transition énergétique à la RATP, ce n’est pas que son plan bus 2025. Ce sont aussi des actions dans la maintenance, les infrastructures et l’exploitation. "Devenir le premier opérateur de transport multimodal au monde certifié ISO 50001 renforce notre position de partenaire privilégié des villes intelligentes et durables", a commenté Catherine Guillouard, le PDG du groupe RATP, fin janvier, lors de l’obtention de la certification après l’audit de Bureau Veritas.

Reste à faire ses preuves. La RATP revendique avoir une politique énergétique depuis 2006. C’est une initiative individuelle de la direction de la maintenance et des équipements qui a donné le déclic. Entre 2013 et 2016, tous les éclairages en station, soit 250 000 points lumineux, ont été remplacés par des LED, permettant de réduire de 52 % les consommations. Un nouveau LED lancé en 2018 doit encore réduire la facture de 50 %. "Cette opération a permis d’entraîner les autres départements. La démarche est exemplaire. On a rentabilisé l’investissement au bout de deux ans au lieu des quatre années prévues", explique Marie-Claude Dupuis, la directrice stratégie, innovation et développement du groupe.

Mais l’exemplarité ne suffit pas. Pour mobiliser le reste de l’entreprise, il fallait passer dans un mode de management de l’énergie transverse, via la certification. "L’idée est d’accélérer le benchmark, de partager les initiatives et de les généraliser dès qu’elles sont bonnes, explique la directrice stratégie. Quand, sur la ligne 14, le chef de projet pense à intégrer des systèmes de géothermie dans deux stations pour les chauffer et alimenter à 40 % en énergie le bâtiment d’à côté, on cherche à le généraliser." Ce serait une bonne chose, car la RATP va devoir convertir 17 dépôts de bus à l’électrique et 8 au gaz renouvelable [NDLR. Et non 16 et 9 comme indiqué dans notre magazine suite à une mauvaise information]. "Nous avons créé des fiches actions pour que les bonnes pratiques soient déployées le plus largement possible", précise, pour sa part, la responsable développement durable.

La certification a aussi permis de lancer de nouveaux projets. "De mener des expérimentations et d’identifier des gains potentiels en matière de télérelève des compteurs d’énergie dans nos sites industriels", observe Sophie Mazoué. La RATP veut installer un pilotage intelligent de ses dépenses d’énergie. Après avoir expérimenté en 2017 trois techno­logies de capteurs connectés pour remonter les consommations de gaz, d’électricité, de chaleur et d’eau dans un atelier de maintenance du métro et du RER et dans deux centres bus, la RATP a décidé de lancer une consultation. Elle étudie également des pistes pour stocker l’énergie lorsqu’elle est la moins chère.

Aider les parisiens à laisser leur voiture
Sur ses bâtiments, la Régie veut continuer le travail engagé il y a dix ans. Au siège à Paris, où travaillent 2 600 personnes, la RATP a déjà réduit de 60 % ses consommations d’énergie entre 2007 et 2013 grâce à un système de récupération de chaleur sur un nouveau groupe froid. Plus globalement, l’entreprise a réduit ses consommations d’énergie dans le tertiaire de 22 % entre 2010 et 2017. Elle est signataire de la charte d’efficacité énergétique Plan bâtiment durable depuis 2013. Mais la priorité est d’aider les Parisiens à laisser leur voiture au parking, voire à la vendre. Elle s’intéresse de très près aux nouvelles solutions de mobilité. Son fonds RATP Capital innovation a déjà pris quatre participations minoritaires en 2017 dans des start-up pour nouer des partenariats stratégiques. Elle a ainsi investi dans Communauto pour l’autopartage, Klaxit pour le covoiturage, Cityscoot pour les scooters électriques et Cityzen Mobility pour le transport des personnes fragiles. Souvent seul industriel au capital, la RATP espère, comme pour les bus électriques, dynamiser ces marchés. 

Aurélie Barbaux

Source : https://www.usinenouvelle.com/article/la-ratp-roule-aux-economies.N677464

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