Quimper. Qui veut la peau de l’usine de biométhane ?

Ouest France.fr Ouest France.fr - il y a 3 mois

L’unité produit du gaz à partir d’effluents d’élevage, de déchets de l’industrie agroalimentaire (Doux, Socopa, etc.), de farines, de marc de pomme ou encore de tonte de pelouse. | BÉATRICE LE GRAND/OUEST-FRANCE

Des habitants et des militants remettent en cause l’unité de méthanisation du Grand Guélen, à Quimper, qui produit du gaz à partir de déchets agricoles et agroalimentaires depuis un peu plus d’un an.

Ils sont inquiets et, certains jours, incommodés par des odeurs nauséabondes. Certains habitants du quartier du Guélen, à Quimper (Finistère), regardent de travers l’unité de méthanisation, installée depuis un peu plus d’un an, entre l’abattoir de Bretagne Viande et la cuisine centrale, non loin de leurs logements. Une usine pilote de la société Vol-V, où des déchets agricoles et agroalimentaires fermentent pour produire du gaz, utilisé ensuite dans les moteurs, pour produire de l’électricité et de la chaleur ou encore injecté dans le réseau de GrDF.

Mécontentement général
Mais l’installation d’un tel équipement en zone urbaine ne va pas de soi, pour ceux qui vivent à côté. Déjà, lors de l’enquête publique, plusieurs riverains et des militants s’inquiétaient de la qualité de l’air à proximité du site. Aujourd’hui, une pétition a été diffusée par l’association de quartier, Au Fil du Jet, puis adressée à l’autorité environnementale. « Nous tenons à vous faire part du mécontentement général des riverains incommodés de façon récurrente par les odeurs délétères qui émanent de cette installation », écrivent les membres de l’association à la préfecture. Ils n’ont pas reçu de réponse.

Un site pilote
« L’unité du Guélen est très particulière puisqu’elle est l’un de nos premiers sites, explique Cédric de Saint-Jouan, PDG de Vol-V. C’est le premier, en tout cas, qui intègre de la matière animale, qui est plus odorante que la matière végétale et nécessite un process de traitement beaucoup plus complexe. »

D’où quelques ajustements au cours de l’année passée. « Les odeurs sont apparues vers août-septembre (soit cinq mois après l’inauguration du site). Nous prenons le sujet extrêmement au sérieux. Nous avons fait venir des experts. »

La relation n’est pas mauvaise
L’usine a redimensionné ses filtres à air, revu ses points de ventilation et ses quais de réception, adapté ses camions-citernes, « de façon à ce que tout ce qui est très odorant - sang, abats - arrivent directement dans les trémies ». La matière traitée est destinée à être épandue dans les champs pour les fertiliser. Ce digestat était, pour sa partie solide, stocké à l’extérieur du bâtiment. « Désormais, on l’envoie directement vers les sites d’épandage. »

Selon le PDG, le problème de l’odeur est en passe d’être réglé. Clotaire Martine, le président de l’association Au Fil du Jet, reconnaît que l’entreprise fait un effort de dialogue. « Notre relation avec Vol-V n’est pas mauvaise », dit-il. En janvier, un coup de vent a arraché une bâche qui protégeait la cuve à digestat liquide. Les riverains se sont impatientés. « Il a fallu l’enlever, la réparer, il y a eu des problèmes d’assurances, de responsabilités, ça nous a pris trois mois et demi », explique Cédric de Saint-Jouan. « La bâche a été remise en place », reconnaît Clotaire Martine.

Élevage industriel
Mais d’autres critiques se font déjà entendre. Ceux qui les formulent rejettent la méthanisation industrielle. « Elle favorise l’élevage industriel car a sans cesse besoin d’être alimentée en lisier », estime Pascal Got. Riverain, il a créé la page Facebook « Les dangers de la méthanisation à Quimper », où il partage des infos sur l’usine et sur les autres collectifs opposés à des unités de méthanisation.

« La monoculture qui se développe en même temps que la méthanisation ne laisse aucune place à l’agriculture paysanne », poursuit Martine Petit, d’Attac, qui craint le développement de la culture destinée à la production d’énergie.

« Sur ce point il y a débat, mais la France a tranché, répond Cédric de Saint-Jouan. Il n’y a pas de culture énergétique. » La loi de Transition énergétique interdit en effet la culture à destination des méthaniseurs, qui ne doivent être alimentés que de déchets. « Aujourd’hui, il y a de tels monceaux de résidus de culture et d’élevage qui ne sont pas valorisés, il suffit de faire avec. Demain, il en faudra peut-être plus… Ça dépendra de la politique énergétique de la France. » Une politique qui se tourne toujours plus vers le « gaz vert » au point de viser les 10 % en 2030.

Flora CHAUVEAU

Source : www.ouest-france.fr
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