Voitures propres: la France rêve d'hydrogène

L'Express L'Express - il y a 5 mois

Il faudrait 400 stations, contre 20 aujourd'hui, pour mailler parfaitement le territoire.Il faudrait 400 stations, contre 20 aujourd'hui, pour mailler parfaitement le territoire. afp.com/ERIC PIERMONT

Le ministre de la transition écologique a alloué 100 millions d'euros pour faire de la France un pays leader de l'hydrogène.

"Un jour historique". Le président de l'Association française pour l'hydrogène et les piles à combustibles (Afypac), Philippe Bouchy, ne cache pas son émotion après l'annonce de Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique, de vouloir ériger l'hexagone en leader planétaire de l'hydrogène. Il faut dire que notre homme a jusqu'ici eu le plus souvent la désagréable impression de prêcher dans le désert. La France a en effet longtemps tenu une position très dogmatique, consistant à tout miser sur l'électrique. Logique, quand on possède un champion national, Renault, qui a investi plusieurs milliards d'euros dans cette technologie. Alors, qu'est ce qui a bien pu décider Nicolas Hulot à revoir la copie énergétique de la France et à débloquer une enveloppe de 100 millions d'euros rien que pour l'année 2019 ?  

Accélérer la transition énergétique
Cette technologie doit en premier lieu aider la France à réussir sa transition énergétique. "L'hydrogène rend possible le stockage à grande échelle des énergies renouvelables, permettant ainsi un monde où ces dernières viennent se substituer petit à petit aux énergies fossiles et au nucléaire", a-t-il déclaré lors de la présentation de son plan, vendredi dernier. En clair, cela permettra de stocker l'énergie produite par les éoliennes et les panneaux photovoltaïques par grand vent ou grand soleil, pour la réinjecter lors des pics de consommation (en hiver) ou lorsque vent et soleil ne sont pas au rendez-vous.  

"Nicolas Hulot nous a également martelé que cet effort budgétaire devait permettre à la France de ne pas refaire la même erreur que dans la batterie électrique", raconte Philippe Bouchy. La France, longtemps en pointe dans cette industrie en plein boom, a en effet été littéralement balayée par la Chine, faute d'avoir su structurer sa filière. On se retrouve de fait aujourd'hui dans une situation analogue, avec une France pionnière dans l'hydrogène, et une Chine prête à saisir la balle au bond. Une étude récente du cabinet de conseils Sia Partners montre ainsi que sur 70 projets européens 10 étaient Français. "Notre grande force, c'est de pouvoir à la fois nous reposer sur des géants internationaux comme Air Liquide, Total, Alstom, Engie, ou encore Faurecia, ainsi que sur un réseau de petites et moyennes entreprises particulièrement innovantes", se félicite le président de l'Afypac. Une étude commandée par l'association montre que, moyennant un investissement de 8 à 10 milliards d'euros (privé et public) d'ici 2030, l'industrie française pourrait dégager 12 milliards d'euros de chiffre d'affaires par an (réalisé pour moitié à l'exportation), et créer 45 000 emplois.  

500 000 euros minimum par station de rechargement
Enfin, bien évidemment, le développement de moteurs à hydrogènes, que cela soit pour les véhicules de particuliers, les bus, les camions, les trains..., doit contribuer à réduire la pollution. S'il est lui-même produit à partir d'énergies renouvelables, l'hydrogène ne rejette en effet que de l'eau. Un pari qui est toutefois loin d'être gagné. Il n'existe en France que 20 stations pour recharger ce type de motorisation. Or, pour avoir un maillage efficace, il en faudrait 400 réparties sur l'ensemble du territoire. A 500 000 euros la station (minimum) cela fait au moins 200 millions d'euros à mettre sur la table. "Il faut seulement une centaine de voitures pour rendre rentable une station, assure Lionel French Keogh, directeur général de Hyundai France. Maintenant c'est l'histoire de l'oeuf et la poule : tant qu'il n'y a pas de station on aura du mal à vendre des voitures, et on ne pourra donc pas baisser le prix (tarif de base 70 000 euros) et vice-versa". Une bonne partie de l'enveloppe allouée par Nicolas Hulot devrait d'ailleurs servir à amorcer la pompe en élargissant le maillage des stations de rechargement. Et 50 millions d'euros serviront pour aider les collectivités et les entreprises à acheter des véhicules à hydrogène. Un premier objectif vise la mise en fonction de 5 000 véhicules d'ici 2023. 

Source : https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/la-france-en-championne-de-l-hydrogene_2013666.html#iCHOF6uc9VQTe47A.41

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