Thierry Mallet, PDG de Transdev : «On lance un compte mobilité»

Le Parisien Le Parisien - il y a 2 mois

Pour Thierry Mallet, PDG de Transdev, le numérique va jouer un grand rôle dans la mobilité. LP/Olivier Lejeune

Pour Thierry Mallet, PDG de Transdev, les modes de déplacement devront être innovants, personnalisés, connectés et autonomes. Il se pose en concurrent sérieux face à la SNCF.

Transdev est-il un acteur public ou privé ?
La majorité de son capital est publique avec la Caisse des dépôts et consignations (CDC) qui en détient 70 %. Veolia possède les 30 % restant. Toutefois cette dernière doit sortir du capital d’ici la fin de l’année. Et plusieurs candidats privés sont prêts à reprendre sa part.

Quelles sont vos activités ?
Notre cœur de métier, c’est la mobilité du quotidien, dans tous les modes de transport : bus, cars, tramways, métros et trains, ferrys, taxis… Nos 82000 collaborateurs, dont 50 000 chauffeurs, transportent 10 millions de personnes par jour : 85 % dans les transports publics, 8 % dans des services commerciaux comme les cars Macron par exemple et 7 % pour des services industriels : navettes qui transportent les passagers dans les aéroports ou transport sanitaire.

En France, dans quelles villes êtes-vous présent ?
Nous sommes notamment au Havre depuis plus de 100 ans, à l’origine du lancement des tramways mais aussi à Rouen ou Reims. A Nantes et Grenoble, nous le sommes par le biais de sociétés d’économie mixte, en partenariat avec les collectivités locales. En région parisienne, nous opérons des cars et des bus en grande banlieue, dans la zone non couverte par la RATP. Sur les appels d’offres, les deux acteurs sont majoritairement Keolis et nous.

Et à l’international ?
Notre chiffre d’affaires s’élève à 6,7 Mds€ en 2017 dont 60 % dans 20 pays. Hormis la France (40 % du CA), nos plus gros marchés sont les Etats-Unis, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou la Suède.

Quelle est votre stratégie ?
Nous sommes rentables (76 M€ de bénéfice net), notre dette est réduite (NDLR : de 528 M€ contre 2 Mds€ environ en 2012) et nous visons une croissance de 5 % à horizon 2020.Notre marge de manœuvre est importante pour réaliser des acquisitions ou participer à des appels d’offres dans lesquels il y a besoin d’acheter du matériel roulant.

Comment voyez-vous le futur de la mobilité ?
Nous poursuivons quatre objectifs. La rendre plus personnalisée, en accompagnant par exemple les passagers du point de départ au point d’arrivée, en insistant sur le premier et le dernier kilomètre, avec du transport à la demande. Grâce à une application, vous pouvez réclamer un bout de trajet en bus à la demande. Nous avons déployé ce service à Saint-Nom-la-Bretèche (Yvelines), dans la région d’Avignon (Vaucluse), aux Pays-Bas, aux Etats-Unis et en Australie. Ces courts trajets souvent utilisé pour desservir une zone industrielle le matin à la sortie d’un métro.

Mobilité et numérique sont désormais très liés ?
Il faut des solutions plus connectées, des outils pour connaître toutes les offres de mobilité. La plate-forme Moovizy est un exemple (NDLR : prix 2016 de l’innovation transport public). A Mulhouse (Haut-Rhin), on va plus loin avec un compte mobilité en pleine expérimentation, lancé en septembre. Un seul compte et une seule plate-forme permettent d’accéder à tous les moyens de déplacement, même ceux qui ne sont pas exploités par Transdev, et payer son titre de transport. Cela intègre pour l’instant les parkings, les vélos et voitures en libre-service, les transports publics. Il y aura aussi les trains et les taxis.

Quel est l’intérêt d’une telle solution pour Transdev et son modèle économique ?
On rémunère tous les acteurs qui participent à ce compte mobilité, d’après un accord conclu avec la collectivité locale qui permet de refacturer et reverser à chacun grâce à des clés de répartition pré-établies. Nous ne décidons pas de travailler avec untel ou untel. C’est ouvert à tous. Il s’agit de solutions locales qui collent au terrain et intègrent toutes les mobilités. Pour nous, cela permet aussi de voir en temps réel les endroits dans lesquels il y a de la demande sans offre de transport.

Combien investissez-vous pour l’innovation ?
Entre 20 et 25 M€ par an. Aucune de ces plates-formes de mobilité n’est équilibrée financièrement. Par exemple, le contrat de Mulhouse porte sur environ 50 M€ par an et l’investissement sur cette plate-forme est de 500 000 €.

Quid des transports écologiques ?
Notre troisième priorité est le passage à l’électrique, notamment pour l’urbain. Aux Pays-Bas, on vient de redémarrer un nouveau contrat de 15 ans au sud d’Amsterdam avec une flotte de 100 bus électriques articulés de 18 m. Notre filiale locale travaille sur ce projet depuis 2012 et nous allons investir près de 250 M€.

Et en France ?
On attend le feu vert des collectivités sachant qu’ici, ce sont elles qui achètent le matériel. Nous sommes toutefois dans des phases pilotes avec une centaine de véhicules électriques.

Les véhicules autonomes, ça vous tente ?
C’est notre quatrième objectif. Ça existe déjà mais sur des trajets protégés. Demain, ce sera au milieu de la circulation (lire ci-dessous).
Ces objectifs vous préparent à l’ouverture du transport ferroviaire à la concurrence…
On a une expérience de près de 20 ans en Allemagne. Nous y sommes numéro deux derrière la Deutsche Bahn (NDLR : entreprise publique des chemins de fer) sur les lignes régionales. En France, notre savoir-faire et notre expérience vont nous permettre d’être une alternative à l’opérateur historique (NDLR : la SNCF), pas sur les TGV mais sur les TER et les Transilien.

En quoi cette ouverture va-t-elle bénéficier aux voyageurs ?
Cela va assurer une meilleure qualité de service grâce à des fréquences et une organisation plus adaptées. Je souhaite une responsabilisation forte des équipes. Les contrôleurs doivent tourner sur la même ligne, les conducteurs aussi.

Pourra-t-on constater un effet sur les coûts ?
L’ouverture pourra se traduire par une baisse du coût du billet si la collectivité le souhaite ou par des trains plus fréquents et plus réguliers. En Allemagne, cela a permis de relancer les petites lignes. Les cars peuvent permettre de rabattre des passagers autour de celles-ci et éviter de prendre sa voiture. Il faut un vrai travail de synchronisation des cars régionaux et des trains.

Vous êtes aussi président de l’Union des transports publics. Vous êtes chargé de négocier la future convention collective des cheminots. Ça donne quoi ?

On commence à bâtir cette convention depuis 2014 pour l’ensemble des entreprises ferroviaires, y compris la SNCF. Il reste 3 accords à signer sur les neuf prévus. Il ne s’agit pas d’un copier-coller de ce qui existe à la SNCF. Sur l’organisation du travail par exemple, nous souhaitons mettre en place quelque chose de plus souple, plus moderne et plus performant.

Vous recrutez facilement ?
En France, on n’a pas de mal à recruter. Quant aux futurs transferts, une fois la concurrence ouverte, Transdev sera attractif. A la demande des syndicats, il y aura des clauses sociales dans les appels d’offres. Je suis prêt à payer mieux les collaborateurs de la SNCF qui rejoindraient Transdev à condition qu’ils acceptent de travailler de manière différente et plus polyvalente.

Virginie de Kerautem

Source : www.leparisien.fr
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