Les bus gratuits sont-ils «la» solution?

Le Courrier picard Le Courrier picard - il y a 6 mois

Nicolas Leday, adjoint en charge des transports à Compiègne.

Le système des bus gratuits a séduit plusieurs villes de l’Oise il y a déjà bien longtemps de cela. Pas toujours pour les bonnes raisons que l’on croit.

Ah, les bus gratuits ! Adieu, cartes d’abonnement et tickets perdus. «  La gratuité attire. Même en heure creuse, on a beaucoup de monde sur le réseau qui est donc mieux optimisé  », se félicite François Molle, directeur du transporteur Acary à Compiègne (Oise). Malgré tout, Alain Letellier, président du Syndicat mixte des transports collectifs de l’Oise (SMTCO), ne court pas après. «  Quand on utilise un service public, on doit en payer une partie  », estime l’élu.

N’empêche, dans les années 2000, plusieurs villes de l’Oise ont rejoint le club restreint des communes ayant abandonné la billetterie. De petites cités, comme Chantilly, Senlis, Pont-Saint-Maxence. Mais quatre ans après Colomiers (Haute-Garonne) en 1971, Compiègne, alors peuplée de 37 000 habitants, a été la première ville moyenne à tester le système. «  À l’époque, les gens utilisaient moins la voiture. La volonté était de les faire venir au centre-ville  », explique Nicolas Leday, l’élu en charge des transports.

Quatre décennies plus tard, le réseau transporte gratuitement 5,8 millions d’usagers par an. En matière de déplacement urbain, le nerf de la guerre c’est le « versement transport ». Une taxe dont s’acquittent (dans de nombreuses villes) les entreprises de plus de onze salariés. «  Le service nous coûte 6 millions par an. La taxe nous rapporte 5,65 millions…  », résume Nicolas Leday, bien conscient que sa ville a la chance d’accueillir des géants de l’industrie et de gros sièges sociaux. Au 1er janvier 2018, l’agglo s’est même offert le luxe d’augmenter la taxe de 0,6 % à 0,7 %.

On le sait moins, mais depuis 2008 Noyon a également opté pour la gratuité. La cité de Calvin faisait partie de ces villes où les recettes de la billetterie couvraient mal les frais de la régie municipale. La suppression des tickets n’a pas fait que régler le problème. Elle a boosté la fréquentation. La CAP, l’opérateur, transporte désormais 400 000 voyageurs par an. Soit 26 fois la population locale.

«  On est passé de 3 à 8 lignes, un tour de force  », aime se rappeler Xavier Robiche, adjoint à la mobilité. Grâce au « versement transport » (ici 0,5 %), le « reste à charge » pour la collectivité sera de 175 000 euros seulement en 2018. «  Mais l e SMTCO paiera encore la moitié de cette somme  », précise Xavier Robiche.

Le non-payant, une solution idéale ? Pas pour Pascal Rifflart, en charge des transports à Amiens. «  La gratuité réduit les capacités d’investissement  », considère l’élu. Par ailleurs, la métropole ne veut pas toucher aux impôts pour son nouveau réseau tout électrique. Les 6 millions annuels de billetterie sont donc les bienvenus. De leur côté, les associations estiment que la gratuité a surtout séduit «  les cyclistes et les piétons.  » L’argument écologique serait donc faux. À ce jour, une vingtaine de villes en France ont malgré tout choisi le libre accès.

Pascal Mureau

Source : www.courrier-picard.fr


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