L'après Autolib' déjà en marche

L'Express L'Express - il y a 6 mois

Pour remplacer Autolib', les élus parisiens plaident pour un marché "à plusieurs acteurs". Pool/Kovarik Isore Morissard/IP3 PRESS/MAXPPP

Constructeurs automobiles et spécialistes de la mobilité lorgnent le marché parisen de l'autopartage. Place au collectif !

Branle-bas de combat dans la capitale. Alors que le Syndicat Autolib' Vélib' Métropole vient de prononcer la sortie de route des voitures en libre-service de Bolloré, se laissant le temps, "dans les jours à venir, de négocier avec le groupe un protocole de sortie de contrat", en coulisses tout s'accélère. Autour de la Mairie de Paris, constructeurs automobiles, start-ups et spécialistes de la mobilité s'activent pour trouver une nouvelle solution à proposer aux Parisiens. Et vite ! 

Fini le prestataire unique
Début juin, au moment où le divorce se faisait de plus en plus pressant entre le syndicat et le fabricant des Bluecars, les principaux protagonistes du secteur ont été conviés par les équipes d'Anne Hidalgo à venir présenter leurs offres. "Ils nous ont convoqué un peu en dernière minute, mais tout le monde était là", indique à L'Express l'un des participants.  

Les appelés à la rescousse se nomment Renault, PSA, BMW, Volkswagen et Daimler côté constructeurs ; Drivy, Car2Go, Ubeeqo, Zipcar, chez les spécialistes de l'autopartage ; Sixt et Hertz chez les loueurs traditionnels. Une diversité des profils qui en dit long sur la nouvelle ligne directrice que compte tenir la mairie.  

Exit le prestataire unique qui contrôlait la fabrication des voitures, la gestion de la flotte et l'interface utilisateurs. Le nouveau service parisien se composera "de solutions complémentaires (...) Il ne s'agira pas de remplacer Autolib' par un seul acteur mais par plusieurs", ont vite tranché les élus peu après la réunion. "Ils ont repris pas mal des argumentaires qui leur avait été présentés", ajoute un membre d'une des sociétés présentes ce jour-là, "signe que le message est bien passé".  

Fini donc le modèle 100% intégré où les clients Autolib' devaient réserver leur point d'arrivée et brancher le véhicule. Très innovant au moment de son lancement, ce modèle rigide est aujourd'hui dépassé. Il faudra jongler entre les solutions. La mairie, dont les contacts sont très avancés avec Renault et PSA selon une source proche du dossier, compte passer la seconde en proposant du "free-floating", un service permettant aux clients de déposer leur voiture où bon leur semble.  

Comme à Madrid ?
Ce système, plus en phase avec les usages du moment, existe déjà à Madrid. Certes à moindre échelle mais il a fait ses preuves. De l'autre côté des Pyrénées, le groupe PSA y exploite depuis décembre 2016 avec un partenaire local une flotte de 600 Citroën C-Zéro sous le nom de code Emov.  

"Ça fonctionne très bien. Nous avons séduit plus de 180 000 clients, surtout dans le centre-ville qui est une zone de circulation restreinte, indique à L'Express une source interne chez PSA. La durée moyenne d'utilisation est de 20 minutes et la fréquence d'utilisation oscille entre 8 et 10 trajets par jour, par voiture". Un démarrage suffisamment encourageant pour pousser PSA à dupliquer son modèle à Lisbonne en mars dernier, avec une flotte un peu plus réduite (150 voitures) cette fois-ci. 

Cependant, il n'existe pas encore de solution miracle sur le marché. Le principal écueil du "free-floating" est sa gestion du parc automobile. En effet, si les voitures ne sont pas stationnées à des bornes comme chez Autolib', l'exploitant doit s'occuper lui-même de la recharge. "A Madrid, nous avons une équipe de 90 personnes qui est sur le pont tous les jours, ajoute notre source chez PSA. Nous centralisons les données de toutes les voitures sur une plateforme. Dès qu'un véhicule passe sous les 15% de batterie, un opérateur passe la récupérer et l'amène sur l'un de nos deux hubs de recharge".  

Cela nécessite donc un effort important en termes de personnel. A Madrid, si le ratio est à peu près d'un salarié pour six voitures, chez Autolib' (250 salariés, 4000 voitures), grâce aux bornes, il n'était que de 1 pour 16. "C'est pour cela que dans le prochain Autolib', il faudra créer un système suffisamment incitatif pour que les utilisateurs fassent une partie du travail", note un observateur avisé du secteur. 

Potentiel de marché de 20 000 voitures
En effet, "à Paris, l'enjeu ce sont les bornes, ajoute Grégory Ducongé, le patron de Vulog, entreprise spécialisée dans l'autopartage qui édite des logiciels utilisés aux quatre coins du globe. A la grande différence de Madrid, la ville dispose déjà d'une infrastructure existante de 6000 points de recharge. Rien qu'avec ça, on peut estimer le potentiel de marché à 20 000 voitures".  

Selon lui, la solution de free-floating serait donc "plus facile à installer à Paris qu'à Madrid" et pourrait même "s'avérer rentable". De quoi faire sursauter les services de la mairie dont le divorce avec Bolloré pourrait se chiffrer à plus de 200 millions d'euros.  

Aussi, pour que la succession d'Autolib' soit une réussite, Vulog recommande aux élus de respecter trois éléments-clés. 1/ Avoir une taille critique et une diversité dans la flotte automobile, "pas besoin d'opter que pour des voitures à quatre places". 2/ Travailler sur l'expérience utilisateur, "en développant un esprit communautaire grâce au marketing, avec un effort important sur la propreté. Des études ont montré que si le client monte dans un véhicule propre, il le respecte plus". 3/ Optimiser la flotte, "en utilisant le machine learning, on peut davantage prévoir les flux de déplacement et anticiper les demandes en fonction des jours et des heures".  

Pour assurer la succession d'Autolib', les solutions ne manquent pas. Les opérateurs, nombreux sur la ligne de départ, sont tous très motivés pour conquérir un marché vitrine pour leur activité. Ne reste plus qu'à mettre tout cela en ordre pour éviter un nouvel accident industriel dans les rues de la capitale.  

Sébastien Pommier

Source : https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/l-apres-autolib-deja-en-marche_2019264.html

Partager

Laisser un commentaire :