La filière gaz redoute un scénario « tout électrique »

Les Echos Les Echos - il y a 17 jours

La filière du gaz mise sur l'essor du biométhane, produit à partir de déchets agricoles. - Photo Gilles Rolle/REA

Engie, GRDF ou GRTgaz défendent la place du gaz vert dans la feuille de route énergétique que prépare le gouvernement.

La France peut-elle se passer du gaz ? Alors que le gouvernement met la dernière main à la feuille de route énergétique du pays,[1] la filière redoute un scénario où l'électricité, forte de son empreinte carbone favorable, dominerait, au détriment des autres ressources. « Pour certains la voie à emprunter est simple, elle est monolithique et consiste à miser exclusivement sur un vecteur énergétique qui est l'électricité, a critiqué la semaine dernière Isabelle Kocher, la directrice générale d'Engie. Je ne crois pas à un scénario tout électrique[2]  ».

Chute de la consommation

Si la filière se mobilise, c'est que les premières versions de la stratégie nationale bas carbone et de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) que prépare le gouvernement prévoyaient une chute drastique de la place du gaz en France. Pour 2050, les premiers documents tablaient sur une consommation légèrement supérieure à 100 terrawattheures, contre environ 500 aujourd'hui.

Les services de l'Etat seraient revenus à un scénario moins radical, avec une consommation annuelle « comprise entre 200 et 300 terrawattheures en 2050 », selon plusieurs sources du secteur.

Les acteurs du gaz français, qui s'inquiètent du pouvoir d'EDF,[3] ne sont pas totalement rassurés pour autant. Ils tentent de faire passer le message suivant : viser une électricité 100 % décarbonée n'est pas réaliste.

D'abord parce qu'une partie est produite par des centrales à gaz ou au charbon, en particulier pendant les pics de demande. Si tous les chauffages au gaz étaient remplacés par des radiateurs électriques, la part des énergies fossiles dans la production d'électricité serait amenée à progresser... à moins d'augmenter la part du nucléaire, ce qui n'est pas le but du gouvernement. « Et il faudrait complètement redimensionner les réseaux de transport et de distribution d'électricité », pointe un expert du gaz, qui dénonce « la violence du lobby électrique, EDF en tête ».

« La solution la plus économique »

Engie, GRDF, GRTgaz... Tous les acteurs du gaz français mettent en avant le potentiel du gaz vert dans la transition énergétique[4] , en particulier le biométhane produit à partir de déchets agricoles. Ils se targuent d'avoir le soutien de l'opinion publique et celui des agriculteurs qui voient là une source de revenus.

Pour Jacques Archimbaud, qui a présidé le débat public pour préparer la PPE, les participants aux débats ont envoyé « un message clair : donnez au gaz une place plus importante que ce qui est prévu dans la trajectoire actuelle ». La campagne de la filière pour que le biogaz représente 30 % de la consommation de gaz en 2030 « a rencontré un fort écho », a-t-il déclaré cet été. « Le gaz vert est la solution décarbonée la plus économique pour répondre aux besoins de chauffage en hiver », ajoute Edouard Sauvage, le directeur général de GRDF. Au gouvernement d'en tenir compte.

Vincent Collen

Source : https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0302335188749-la-filiere-gaz-redoute-un-scenario-tout-electrique-2210479.php

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