Jean-Philippe Doyen : «La fin d’Autolib’, excellente nouvelle pour Paris ?»

Le Parisien Le Parisien - il y a 2 mois

«Il y a fort à parier que plus personne ne regrettera feu Autolib’», estime Jean-Philippe Doyen. LP/Olivier Boitet

Dans une tribune au Parisien-Aujourd’hui en France, le président de Sixt France revient sur la rupture du contrat entre Autolib’et la mairie de Paris. Un «changement de système» qui permettra, selon lui, de favoriser la «mobilité partagée» et de rendre la capitale «plus respirable».

« La rupture du contrat entre Autolib’et la mairie de Paris a été unanimement dénoncée par les commentateurs comme une mauvaise nouvelle pour les Parisiens. Et si c’était une excellente nouvelle ? En effet, ceux-ci doivent faire face à un arrêt brutal du service depuis juillet et devront attendre de longs mois avant de voir arriver une offre de substitution d’une ampleur similaire. La situation des bornes, devenues inutilisables, a également de quoi exaspérer les automobilistes ayant fait le choix du véhicule électrique.

À court terme, la fin d’Autolib’ apparaît effectivement comme une sinistre nouvelle. Cependant, une fois passés les quelques mois de transition, il y a fort à parier que plus personne ne regrettera feu Autolib’. Un changement de système bienvenu. Si la délégation de service public pouvait apparaître comme un système adapté à l’époque de la conception du service, force est de constater qu’il n’a pas tenu toutes ses promesses. Jusqu’à récemment très à la mode, certains PPP (partenariat public-privé) se sont avérés de véritables gouffres financiers. Avec Autolib’, c’est une ardoise de près de 300 millions d’euros qui devra probablement être épongée par le contribuable.

La nouvelle approche retenue par la mairie repose sur un principe beaucoup plus sain : abandonner le statut d’organisateur pour celui de régulateur et laisser le soin au marché de répondre à la demande. Les acteurs de la mobilité partagée sauront ainsi prendre en charge l’offre de véhicules en libre-service, proposer des innovations de rupture, inventer de nouveaux modèles économiques et déployer, in fine, un service de meilleure qualité, plus accessible et sans aucun risque financier pour le contribuable.

L’offre créant sa propre demande, cet environnement concurrentiel sera le terreau idéal au développement de la culture de la mobilité partagée. L’impérative réduction du nombre de véhicules individuels. Aujourd’hui, dans les centres-villes urbains, les mobilités partagées au sens large vont s’imposer comme l’alternative incontournable au véhicule individuel. Incarnation de la société de consommation industrielle, le lent déclin de ce dernier ne peut qu’entrer en résonance avec l’air du temps qui voit s’affirmer le primat de l’usage sur la propriété.

Dans nombre de villes, et particulièrement dans la capitale, la prolifération des véhicules individuels est avant tout synonyme d’engorgement et donc de pollution atmosphérique, visuelle et sonore. Qui n’a jamais connu cette situation ubuesque de devoir parcourir le double de la distance nécessaire à son trajet pour parvenir enfin à garer son véhicule ? Selon la ville de Paris, une voiture en auto-partage permet de libérer six places de stationnement. Le développement des mobilités partagées répond aujourd’hui à l’impératif de réduction de nombre de véhicules pour des villes plus respirables et des trajets plus fluides.

Si le marché est dans la meilleure position pour proposer une offre de véhicules en libre-service attractive, il a cependant besoin du soutien des pouvoirs publics pour instaurer un environnement favorable. La mairie de Paris a annoncé vouloir déployer 1 000 places de stationnement réservées aux véhicules en auto-partage dans le courant de l’année 2019, contre un peu plus de 200 aujourd’hui. Nous pouvons saluer cet effort et espérer qu’il sera encore amplifié dans les prochaines années.

Pour une ville plus durable, n’entravons pas la mobilité, facteur d’émancipation, de progrès économique et de liberté, et retroussons-nous au contraire collectivement les manches, pour qu’elle soit chaque jour plus partagée. En favorisant l’émergence de solutions de mobilité partagées protéiformes (car l’auto-partage n’est qu’un élément du puzzle), afin que nos concitoyens puissent en confiance opter pour de nouveaux usages plus durables de la mobilité. »

Source : www.leparisien.fr



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